Les tribus de la lune – sur les Frontières 1

(Merci à Julien Pouard pour le résumé)

Première session de Sur les Frontières, de Manuel Bedouet pour poser le décor, prendre les règles en main et laisser les joueurs se découvrir. La création du décor s’est déroulée en deux temps : une première partie qui a suivi la création de personnages et où j’ai imposé une situation de départ (ils vont apporter à l’un des plus grands défenseurs de l’empire une missive impériale lui demandant de rentrer pour gagner son triomphe après des années d’exploits) et où nous avons usé des tables pour tirer le peuple barbare établi à la frontière. J’ai ensuite posé des questions pour essayer de savoir pourquoi eux précisément avaient été choisis pour l’une des frontières les plus prestigieuses de l’Empire. On a procédé ensuite au jeu des rumeurs et enchainé avec l’intro. On n’a pas utilisé toutes les tables, ni répondu à toutes les questions. J’ai fait un certain nombre de propositions et des choses se sont vérifiées pendant le jeu qui ont été intégrées.

desertslf

Le casting :

Theosode l’immobile, qui mange les péchés, 10 ans, pusillanime
Devise : « Le Vent se joue des murs »
Destin : l’héritier et son ennemi s’entretuent
Corps 1 // Âme 2 // Esprit 0
Il pense que son père est très content de le voir partir sur les frontières : c’est une déception, en mourant honorablement il apportera enfin quelque chose à la famille. Comme son père est un personnage important de l’empire, il a eu droit de rejoindre la plus prestigieuse des destinations.

Johann le preux, qui devient le lion, 11 ans, téméraire
Devise : « Ne me touche pas, je pique »
Destin : L’Héritier sera tué par son Ennemi
Corps 2 // Âme 1 // Esprit 0
Il est anxieux de prouver sa valeur hors de la capitale. Il a été choisi parce qu’il est le meilleur de sa génération. Il a été adopté et ne connait pas son père biologique, mais il a quand même eu le droit de partir.

Lylla la vive, qui souffle le poison, 12 ans, fragile
Devise : « Pour ce qui me plait »
Destin : L’héritière se soumettra à son ennemi
Corps 0 // Âme 2 // Esprit 1
Elle est soulagée de pouvoir partir et d’échapper ainsi à toutes sortes d’obligations qui touchent les autres filles de son âge, genre un mariage arrangé. Elle a été infecte avec tout le monde pour pouvoir partir et là encore, certaines pattes ont dû être graissées pour qu’elle puisse partir ici plutôt qu’ailleurs.

Méléas l’autoritaire, qui dissipe les souvenirs, 13 ans, jaloux
Devise : « Plutôt rompre que plier »
Destin : L’héritier verra tous ses proches tués
Corps 1 // Âme 2 // Esprit 0
Méléas vient d’une importante famille de sénateurs. Il part avec le désir de prouver à tous les autres qu’il est apte à être chef. Il est très déçu qu’on l’envoie auprès d’un héros confirmé : il aurait préféré un endroit neuf où il aurait pu se faire un nom par lui-même.

Le décor

Les tribus de la lune, aux yeux insondables haïssant l’Empereur disputent la frontière, tenue depuis des années par Arlys le protecteur, grand défenseur de l’empire. On dit de ces barbares beaucoup de choses, et entre autres qu’ils mangent la chair de leurs ennemis, que l’on peut voir l’avenir dans leurs yeux quand ils sont morts, et qu’ils se fabriquent des colliers avec les oreilles de leurs ennemis qui les protègent ensuite des flèches.

La région est un désert rocailleux parsemé des ruines mégalithiques d’une civilisation ancienne. Dans des creux du sol et de petites vallées, autour de points d’eau s’organisent de petites exploitations agricoles en fermes fortifiées.

Le commandement de la région est situé dans une gigantesque forteresse de pierre, très ancienne, aux murs très épais.

Session 1 – Journal de Théosode l’immobile, (futur) héros de l’empire.
Sur des pages tâchées de larmes, d’une écriture très soignée…

Premiers jours.

Maman m’a confié ce journal en me disant d’y écrire mes pensées et mon voyage. Elle dit que lorsque je serai devenu un héros de l’empire, ces mots seront précieux. Je sais pas trop bien lire et écrire, mais Maman a dit que c’était important, alors je vais essayer.

C’est dur de partir. Surtout quand c’est parce qu’on veut plus de vous. Pourtant j’ai fait l’entrainement de Papa, j’ai couru pendant des heures, avec un sac de cailloux sur le dos et tout. J’ai tapé avec ma hache sur des tas de bûches, jusqu’à avoir mal aux bras et des ampoules plein les mains. Mais je crois que Papa, il a honte de moi. C’est un grand général et moi je comprend rien à rien. Rhapsode est beaucoup plus intelligent et Tigrane est tellement beau que tout le monde s’en fiche. Je crois que mes deux grands frères sont ses préférés, et que moi comme je suis arrivé plus tard, il sait pas trop quoi faire de moi.

Heureusement je ne suis pas tout seul, d’abord y’a Tilda et sa famille qui m’accompagnent jusqu’aux frontières. J’ai entendu Maman qui disait à Tilda de voyager avec moi et qu’une fois arrivés, ils seraient assez riches pour vivre confortablement et offrir un avenir à ses enfants. Tilda c’est ma nourrice, elle s’occupe de moi depuis que je suis tout petit. J’ai un peu peur de son mari Grégor, mais en fait il est assez gentil. Jack et Léa, les jumeaux de l’enfer, je les aime bien, c’est un peu comme mon petit frère et ma petite sœur même s’ils font plein de bêtises.

Et puis y’a aussi les autres héros. Ils sont vraiment impressionnants. Je suis sur que leurs parents sont fiers d’eux. Méléas l’autoritaire c’est un grand, il a au moins 13 ou 14 ans. Il passe plein de temps à faire des plans compliqués et quand il dit un truc, en général on l’écoute et on fait ce qu’il dit. Comme un adulte. Je crois qu’il m’aime pas beaucoup, mais en fait je crois qu’il aime personne.

Puis y’a Lila la vive, c’est une fille avec des serpes. Elle est vachement rapide et maline. Mais des fois elle dit des trucs méchants comme ça, sans raison. Bon et elle prend pas bien soin de ses affaires, y’a plein de trous dans ses vêtements.

Et y’a Johann le preux. Il est trop trop fort Johann. Il est super bien habillé, avec une super épée et plein de serviteurs. Et Johann il a un pouvoir incroyable. Il sait se transformer en lion ! Peut-être que si j’avais été aussi fort que lui, Papa m’aurait pas envoyé sur les frontières.

Ah et y’a moi, je m’appelle Théosode l’immobile, j’ai 10 ans. J’ai aussi un pouvoir mais je sais pas trop ce qu’il fait. Maman a dit qu’il était puissant et qu’un jour je saurai m’en servir. Faut juste que je sois patient.

On a une mission très importante avec les autres, on doit aller relever le grand héros Arlis le protecteur. Il a combattu les tribus de la lune pendant des années et maintenant il a le droit de revenir chez lui. Méléas boude un peu parce qu’il dit qu’on nous envoie dans un coin où tout a déjà été fait. J’ai peur, mais je me dis qu’avec eux, ça devrait aller.

Arrivée dans le désert rouge

On a marché longtemps, je crois bien qu’on arrivera jamais sur les frontières. Je ne pensais pas que l’empire était si grand. On a presque plus rien à manger ni à boire. Les autres disent que c’est ma faute, mais c’est pas vrai, j’ai pas piqué dans le garde-manger. De toute façon la viande séchée c’est pas très bon. Autour de nous c’est tout sec, la terre est rouge et quand on avance ça fait beaucoup de poussière.

Ce matin on a vu arriver une troupe de paysans éclopés. Enfin on a d’abord vu un nuage de poussière et comme on a cru que c’était les barbares. On s’est cachés derrière un tas de rochers pour pas se faire voir. Johann a dit que c’était pour avoir une position stratégique avantageuse, Méléas a dit qu’il parlait comme un lâche. Moi je sais bien qu’on s’est caché, mais que c’est pas grave. Papa dit toujours qu’il faut connaître son ennemi avant de le frapper.

Finalement c’était des pauvres gens, un peu comme la famille Bielar quand leur ferme a été ravagée par les sangliers enragés quand j’avais 5 ans. Je suis allé voir une vieille et je l’ai convaincu de nous donner à manger pour le voyage. Pendant ce temps-là, Méléas discutait avec eux et on a appris qu’ils avaient été virés de leur village par un groupe de barbares des tribus de la lune. Les autres disent que les tribus de la lune font des colliers avec les oreilles des gens, j’ai pas osé le demander aux paysans, ils avaient assez peur comme ça. On a décidé de s’occuper du problème et de rendre leur village aux paysans, parce que c’est ce que font les héros. On est donc partis tous ensemble vers leur village.

Lila est allé voir en éclaireuse parce qu’elle était cap de le faire. On a attendu tellement longtemps qu’elle revienne que j’étais sûr qu’elle avait été mangée par les barbares. Mais en fait elle est revenue et elle avait encore ses deux oreilles. Elle nous a dit que les barbares s’étaient installés avec des tas d’enfants et qu’ils avaient fait un sacré festin. Ils avaient même tué le cochon d’une vieille. Pourtant le village n’était pas abîmé, comme si les paysans avaient fui sans combattre. Méléas a expliqué que “c’était toujours compliqué quand on est paysan”, et avec Johann ils essayent de motiver les paysans à reprendre leur village. Y’en a deux qui sont assez énervés pour accepter.

Ensuite les autres ont discuté d’un plan, en dessinant le village dans la poussière. J’ai pas trop compris, alors j’ai pris ma hache pour faire ce qu’on me disait. Finalement c’est Lila qui a dit qu’elle voulait empoisonner les gardes et elle est allée les voir toute seule. Mais ça a un peu dégénéré, elle avait beau essayer de les attendrir, c’était des barbares et ils étaient méfiants. Pendant qu’elle parlait, on surveillait depuis le haut d’une butte avec Méléas et les deux paysans et Johann s’était transformé en lion et avançais dans les herbes.

Puis d’un coup Lila s’est mise à courir et la cheffe des gardes l’a blessée avec sa lance dans le dos. Elle a déchiré ses vêtements et on voyait même un peu ses fesses. Comme c’était pas juste j’ai pas réfléchi, j’ai pris ma hache et j’ai couru en criant pour aider Lila. Les deux paysans m’ont suivi. Méléas a attendu un peu, parce qu’il est plus rusé.

Pendant que Lila est par terre et que les gardes la regardent, d’autres apparaissent sur le mur d’enceinte et commencent à armer leurs frondes. Je me suis mis à les insulter pour qu’ils tirent pas sur les autres. Et je me suis mis en posture de défense dans les herbes pour résister aux pierres, comme Papa m’a montré. Ils étaient nuls ils n’ont même pas réussi à me toucher.

Et puis avec un gros rugissement, Johann a sauté sur les gardes qui attaquaient Lila, il en a mis deux à terre d’un seul bond ! Méléas en a profité pour escalader le mur, mais il s’est fait cassé le nez par un des gardes. Pourtant il a pas pleuré et il a fini par balancer le garde du haut du mur.

Lila en fait, elle faisait un peu semblant d’être morte et elle a profité du rugissement de Johann pour couper les tendons de la cheffe des gardes. “Pas de tendons c’est tendance” c’est ce qu’elle a dit. Là c’est allé très vite, Johann et la cheffe se sont battus, et elle a perdu. Quand elle est morte, y’a un de ses copains garde qui a voulu attaquer, mais Lila lui a soufflé du poison dans la tête. Il est devenu tout rouge avec une langue bleue. Lila a vu un truc super bizarre dans ses yeux quand il est mort. Méléas a tué un autre garde et a ouvert les grandes portes, puis tous les paysans ont dévalé la pente pendant que les Barbares fuyaient avec leurs enfants.

Les paysans voulaient tuer les enfants mais Johann était pas d’accord, alors il les a empêché. On a quand même eu droit à un festin à la fin, mais c’était un peu froid comme ambiance, je pense que c’était parce que le cochon qu’ils gardaient pour fêter le jour de l’empereur était mort. Quand on est parti, le chef des paysans a jeté un vilain regard à Johann. Je me demande bien comment ça va finir…

Mon ressenti :
J’ai vraiment hésité à préparer plein de choses avant jeu ou à faire le strict minimum. J’ai finalement opté pour la deuxième solution, ce qui a eu pour effet positif de faire sortir des choses que je n’avais pas prévu, ais de laisser quelques longueurs et hésitations lors de la création du lieu et l’adaptation du peu que j’avais prévu. Ça sera beaucoup plus fluide la prochaine fois, maintenant que j’ai la base sur laquelle travailler, et que je connais les personnages.
Le système d’opposition ne m’est pas encore très clair et, lors de l’attaque de la ferme, je l’ai géré au doigt mouillé. On aura eu une paire de traumatismes tout de même avec une opposition relativement faible (2 Silhouettes à 1, 3 soldats à 1 et 1 officier 2), mais bénéficiant des circonstances favorables d’une position fortifiée. Pas de points de destin dépensés pour le moment.
Sinon les personnages sont chouettes et déjà s’esquissent des rassemblements et des lignes de fracture. On verra comment le groupe va gérer sa rencontre avec un vrai héros installé depuis longtemps sur les frontières.
En bref, pour ma part j’ai trouvé ça bien, mais c’était clairement une partie de chauffe et de découverte, la prochaine devrait être plus intense.

5 réflexions sur “Les tribus de la lune – sur les Frontières 1

  1. kiraen

    J’ai quand même une question : qu’est-ce qui va déclencher un jet de dé dans le jeu ? Par exemple, quand Théosode se met à parler à la vieille pour quémander du pain et de la bouffe, je n’ai pas de jet de dé, donc pas la possibilité de réussir vraiment bien et de revenir les bras chargés de vivres pour en mettre plein la vue aux autres PJ. Ou quand Théosode se met à hurler et insulter les gardes pour les distraire et potentiellement aider ses potes, c’était pareil.

    Je ne dirai pas que ça m’a vraiment gêné, ça allait bien avec le personnage de morveux de ne rien réussir de ce qu’il entreprenait. Mais je n’ai pas eu l’impression en tant que joueur que mes décisions avaient un impact sur l’histoire, autrement que comme ressort comique. J’ai une légère sensation d’opportunité ratée (soit de s’en manger une belle et donc de prendre conscience du danger du voyage, soit de réussir à impressionner les autres et de commencer à grandir).

    En fait je suis un peu dans le flou, mais je pense que ma compréhension s’améliorera avec la progression du jeu. (parce que ce qui m’intéresse dans ce personnage c’est sa progression, c’est de voir comment il va grandir ou mourir…).

    J'aime

    1. Alors clairement, tu as été victime du fait que je prenais le système de résolution en main et que je n’ai pas toujours su l’utiliser judicieusement d’une part; et d’autre part, je n’ai pas été explicite dans ma description parce que tu as eu une incidence sur l’action (en faisant que Meleas n’ait pas plusieurs adversaires sur le dos en même temps). Mais en voulant mettre la pression, j’ai tué les deux paysans un peu vite alors que tu aurais du attirer les tirs des adversaires. C’est donc une vulgaire erreur de maîtrise: tu aurais du avoir un jet, et j’aurais du respecter l’impact sur la fiction.
      Je vais mettre ça sur le compte de la gestion de l’adversité lors de la première partie, un truc qui me pose toujours problème. Et je note de rectifier ça pour la prochaine session.

      J'aime

      1. Et pour répondre plus précisément sur ce qui va déclencher un jet de dés. By the book: « Une épreuve est un test effectué par un Héritier lorsque ses objectifs sur une action ponctuelle sont au moins difficiles à atteindre. »
        Et je rajouterais qu’il faut que ça ait un intérêt, soit pour le personnage, soit pour l’histoire.

        J'aime

  2. Ping : Nuraghe – Sur les frontières 2 – La Partie du lundi

  3. Ping : Triomphe de Theosode – Sur les Frontières 3 – La Partie du lundi

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s