De la visite d’un noble dispendieux à la belle société de Bracce – Aventures dans le Consulat 4

Après une première visite dans le Dodécaedre, le monde développé par Nicolas Dessaux, l’envie restait d’y retourner épisodiquement, le temps de quelques one shots, toujours motorisés par la version Wastburg du système FU RPG, à peine modifiée. Comme d’habitude ça n’a pas tourné comme je l’attendais et l’espèce de petit scénario créé au débotté a donné lieu à cette première partie qui en appellera au moins deux autres derrière elle. On reste encore ici dans le registre des aventures picaresques et l’on retrouve la Spada Rossa coincée entre une mission mondaine pour le compte d’une grande famille et le paiement d’une dette d’honneur contractée lors de la précédente aventure. Le tout marqué de péripéties et de moultes disputes et moqueries fraternelles entre les membres du groupe.

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La session non montée peut être entendue sur Youtube par ici

Tirso de Sagliavocra
Trois mois se sont écoulés depuis que les compagnons de la Spada Rossa ont rendu à sa mère la jeune Tenelaïs Andrès, et la bourse que la patricienne leur avait offerte est désormais bien vide. Vide à tel point que le maître Erardo Rizzi s’en est allé frapper à la porte de la famille Baldo, le mécène traditionnel de l’école, pour en tirer quelques bien maigres subsides.

Quelques semaines après, la Spada Rossa connaît la visite de Sanella Baldo, fille aînée de la famille et sans doute l’une des plus fines lames de Bracce. La Famille Baldo a une mission pour la vieille école d’escrime dont elle s’entiche depuis de bien nombreuses années sans qu’elle ne lui rapporte rien. D’aucun dans la famille s’inquiètent d’un jouvenceau de Svuletti récemment arrivé en ville, Tirso de Sagliavocra, individu dispendieux entrainant une partie de la jeunesse patricienne de libations en libations et tournant d’un peu trop près de certaines des plus jeunes cousines de Sanella. A priori, rien de bien neuf, mais on n’est jamais trop prudent et la tête du jeune homme ne revient pas à Sanella. Et au cas où les intentions du jeune homme ne seraient pas pures, lui faire comprendre qu’il serait plus judicieux de ne pas rester trop longtemps. Maître Rizzi a rapidement fait comprendre à ses élèves qu’il était tout à fait impossible de refuser cette mission quand bien même elle ne répondait pas à leurs aspirations les plus nobles.

 Estiladra avait entendu parler du jeune homme, un de ses amis lui  parlé du dispendieux client fréquentant le bordel Le Nid des Muses. Il partage ses impressions avec Ciro Passeri et Vittoria Scorta à l’auberge du Sanglier Borgne. Le patron, Ziegler est un de ses anciens soldats et fait crédit à la petite équipe depuis quelque temps. D’aucun s’étonnent de l’absence de Lucio Zigarelli, qui serait parfait pour ce genre de mission dans les bordels, mais le bougre est introuvable depuis quelques semaines, tout occupé qu’il est à lutiner Lysia Andres. Ciro propose une méthode rapide et expéditive de se débarrasser de la corvée.

« Après tout, ça peut pas toujours aller mal ? »
Le jouvenceau habite un bel appartement donnant sur la place de l’Opéra, mais les spadassins pensent plutôt à le cueillir au saut du lit, au bordel, ou dans un autre lieu de plaisance. Fomentant leur plan, les jeunes gens sont rejoints par Aurelio, le chevalier Puceau – accompagné par une odeur pestilentielle de baumes médicinaux – qui leur fait la morale sur leur inactivité et les méprisant, comme à son habitude. Avec morgue, il annonce qu’il a croisé ce Tirso de Sagliavocra à la salle d’escrime de l’Astragale, où il sera encore le lendemain, dans l’après-midi, quand les gens y viennent plus pour discuter que pour se battre. Ciro, impassible lui annonce que la petite bande le savait déjà… Aurelio, désarmé par la remarque mensongère, est déstabilisé. Il accepte de les laisser exploiter cette piste. En échange, Andrea lui propose d’aller voir au Nid des Muses qu’il présente comme un cénacle de beaux esprits. « Là-bas les langues se délient ». Tout le monde se sépare satisfait…

A l’Astragale
Il fait extrêmement chaud, début août à Bracce. Le soleil tape à plein lorsque les bretteurs pénètrent dans l’hôtel de l’Astragale, non loin des portes de la ville. La salle est aussi miteuse que celle de la Spada Rossa, mais bien plus fréquentée. Une trentaine de personnes échange des passes pendant que d’autres échangent en buvant de la bière et en prenant discrètement des paris sur les combattants. On y trouve une faune bigarrée, nobles, marchands et même quelques-unes de ces nomades de l’est, ou des gens avec du sang d’orc. Et beaucoup de ceux qui traînent de ci et de là, correspondent à la description que leur a donné Sanella – Un petit homme brun au nez brusqué… Sanella n’est pas très physionomiste. Ciro tente d’approcher quelqu’un, un petit homme très intéressé par les combats à qui il offre une bière. Conversation s’engage et rapidement, les deux hommes se trouvent un lien commun dans l’île de Bruigh [Jet pour que l’homme aide à repérer Tirso, résultat : Non mais. L’homme ne répond pas à la question, mais il sympathise]. L’homme, Jacinto, y a vécu avec une femme quelques années auparavant. Son regard tombe dans sa bière, mélancolique. Puis la conversation dérive sur les duels et l’homme commence à évoquer la possibilité d’un pari sur un duel. Il propose à Ciro de provoquer en duel trois gentilshommes se pavanant au premier rang. Lui misera sur la victoire de la Spada Rossa (une école inconnue !) et lui redonnera une part de la somme. Ciro jette un œil dans la direction des gentilshommes. Parmi eux, un individu au nez brusqué, petit, le cheveu noir est occupé à rire avec Ellana des Essarts, l’une des camarades d’école de nos spadassins.

Fils de Puterelles et gentilshommes
Ciro accepte le pari et propose à ses compagnons de se joindre à lui. Des nobliaux, seuls deux acceptent le défi : Sirino Baldo et Giacchino Lauro. Le jeune homme au nez brusqué reste sur son banc… sous la protection d’Ellana qui jette à ses compagnons un regard noir.
Andrea provoque le jouvenceau:
– J’aimerais combattre un adversaire venant de Svuletti. J’ai entendu qu’ils étaient couards et fils de puterelle !

Rumeurs dans la foule, on attend de voir comment l’étranger va réagir à la provocation [Jet de dés avec un bonus pour le joueur d’Andrea : oui].
– Il ne sera pas dit qu’on insulte la ville de Svuletti ici. Il se lève et se place face à Andrea
– Bien, je suis content qu’il y ait ici de cette progéniture de Svuletti.

L’homme ne semble pas bien doué, et son épée est bien trop dorée pour avoir jamais été utilisée en duel. En dessous de sa superbe, le jeune homme tremble dans ses chausses.

Ciro fait face à Sirino Baldo, Vittoria se prépare à affronter Giaccino Lauro. Les bretteurs s’échauffent, les lames battent l’air et s’apprêtent au fracas. Ciro et Vittoria restent sobres lorsqu’ils se mettent en position.
– Une femme contre moi ? C’est trop facile, clame Giaccino.

Sur ces entrefaites, entre Sanella Baldo qui vient s’asseoir sur les gradins. Le jeune homme ravale ses paroles, fait silence et se place en garde face à Vittoria qui lui fait un clin d’œil.

Andrea continue les provocations, ce qui a pour résultat de paralyser encore plus Tirso.

Ciro a du mal contre son adversaire qui adopte la posture défensive de l’école Corrodi, très pratiquée actuellement. Vittoria et son adversaire se scrutent jusqu’à ce que Giaccino lui fasse un signe de la main. La jeune fille entame son jeu habituelle de moqueries à ses adversaires, allant jusqu’à lâcher son épée. Giaccino est totalement décontenancé et ne voit pas les subterfuges de la jeune fille.

 Andrea joue avec son adversaire, le faisant s’enfoncer dans l’humiliation. Coups de pieds aux fesses, bousculades et déchirures de vêtements. [Jet avec un double bonus pour le joueur d’Andrea : Oui et. Pour l’intensité dramatique, je reporte l’exposition de la scène jusqu’au dernier moment.]

L’adversaire de Ciro ne bouge pas et attend la faute. [Jet sans malus ni bonus : Non et. L’équipe gagne une aubaine] Echaudé par son adversaire, Ciro devient de plus en plus nerveux, laissant apparaitre des trous dans sa garde. Il se retrouve bientôt coincé contre un mur en fâcheuse position, puis, poursuivi, il tombe sur Vittoria alors que celle-ci venait de récupérer son épée et allait terrasser son adversaire [Conséquence du Non et, je donne à la joueuse de Vitoria un malus pour son jet : Non mais. Elle dépense une aubaine pour transformer le résultat en « Oui mais »]. Déséquilibrée, elle lâche son arme, mais poursuivant sur sa lancée, elle se saisit de celle de son adversaire à pleine main pour la détourner. Vittoria parvient à récupérer son arme, tout en maintenant celle de son adversaire et à le dominer, mais sa main est salement coupée. Le jeune homme abandonne. Ciro, lui, à moins de chance et Sirino Baldo pose sa pointe contre sa pomme d’Adam.

Terminant sa leçon, Andrea finit par acculer Tirso dans un coin de la salle. Il profite d’un échange rapproché pour lui glisser à l’oreille
– Noble de Svuletti, je serais toi, je prendrais mes chausses, et je quitterais cette ville. Suis non conseil.

Et il lâche le jeune homme par terre pour recueillir les applaudissements. Sanella Baldo lui témoigne son estime alors qu’Ellana, dépossédée de son compagnon, crache au sol.

Ciro et son adversaire se congratulent mutuellement et vont prendre un verre ensemble… Giaccino est parti sans demander son reste. Tirso se relève et veut serrer la main d’Andrea, mais celui-ci le remet à sa place en lui battant froid. Il lui rappelle au creux de l’oreille ses menaces. Tirso se retire pendant que les autres trinquent avec Jacinto et Sanella. Ellana lui emboîte le pas tout en maudissant Andrea. Nos amis fraternisent au cul du tonneau avec les Baldo, puis tout le monde rentre se préparer à aller à l’Opéra

Murmures et fanfreluches
Un peu plus tard dans la soirée, alors que nos amis dégustent un verre sur la terrasse, Tirso rentre avec, à son bras, une très jeune fille qu’il comble d’égards. Les compères ne peuvent pas s’empêcher de comparer les tenues de la demoiselle à celles que Vittoria ne porte pas. La jeune bretteuse prend la mouche et commence à s’énerver alors qu’elle apprend que ses compagnons ont parié sur sa capacité à porter la robe, et si cette inaptitude n’aurait pas conduit Salto di Marenzo à fuir sa compagnie – Il faut dire que les Lames d’argent ont disparu depuis longtemps. Bientôt le ton hausse et la compagnie s’échauffe. Le poète Durante de Aglieri vient s’en mêler dans une belle scène de quiproquo… qui permet à leur cible de discrètement s’absenter.

Quelques heures plus tard, dans un quartier plus sordide que la place de l’opéra, Vittoria pénètre dans le Nid des Muses. Décorations en stuc dorés, tentures rouges, quelques fenêtres ouvertes donnent sur un jardin aromatique. Dans le hall, quelques filles passent en riant. Dans une salle qui sert d’auberge, une douzaine d’individus masqués batifolent ave des filles seulement vêtues de masques et de perruques poudrées. Tirso et ses deux compagnons de débauche fait ruisseler du vin sur le corps d’une prostituée. Les autres hommes vont et viennent en direction des chambres.

Aurelio est accoudé au comptoir, devant un verre de vin vide. Il contemple les frusques qui le couvrent et jette de discrets regards vers les filles. D’abord amusée, la pitié envahit finalement Vittoria qui va s’asseoir à côté de lui. La pitié n’empêche pas la jeune fille d’interroger Aurelio sur ce qu’il ressent, et surtout savoir s’il aurait participé à un quelconque pari la mettant en cause. De dénégation outragée en regards peinés, Aurelio essaie de dissiper ce qui lui semble un malentendu… et c’est à ce moment-ci que Livio Scorta, le frère de Vittoria et membre de la troupe d’aventuriers concurrente des Compagnons de la Roche pénètre dans Le Nid des muses. Vittoria court se cacher dans une autre pièce, une alcôve où l’on partouze abondamment. Elle emprunte une fenêtre qui donne dans le jardin aromatique. Livio s’énerve et crie dans le bordel à la recherche de sa sœur.

Parcourant le cloitre intérieur, Vittoria s’infiltre dans la buanderie du Bordel et y subtilise une robe… légère. Mais alors qu’elle tente de repasser discrètement dans le hall, elle se fait surprendre en fâcheuse position [Jet avec un malus : non et. Le groupe regagne une aubaine].

Un bras la tire dans le bar et Livio, d’une voix impérieuse (et devant tout le monde) demande à Vittoria de s’asseoir : il a à lui parler. Les masques des trois gentilshommes rencontrés l’après-midi se tournent vers Vittoria et s’esquivent en direction des chambres. Vittoria cache la robe dans son dos, mais Livio la remarque

Un service prêté, un service rendu
– Les compagnons de la roche m’envoient pour la dette d’honneur que vous avez à régler [les personnages l’avaient contracté lors de la résolution de L’Escapade de Telennaïs]. Nous avons besoin des services de la Spada Rossa.
– Oh… alors ce n’est pas du tout pour te venger de t’avoir laissé moisir en prison [Là encore une conséquence de leurs actions lors de l’Escapade de Telenaïs].
– Pourquoi t’en voudrais-je pour ça, c’est le quotidien des aventuriers ; et c’était bien joué.
– C’est vrai que… euh… nous ne sommes pas rancuniers dans la famille.
– Absolument pas… Mais nous avons besoin de vous dès demain pour nous épauler dans une mission.
– Très bien
– Retrouvons-nous dans une heure, tes amis et les miens, à l’auberge du sanglier Borgne.
– Très bien, mais… euh… pourrais-tu éviter de raconter à Père les détails de l’endroit où tu m’as retrouvée ?

Livio s’en va sans répondre. Mais pas de raisons de s’inquiéter, il n’est pas rancunier !

Aurelio, en panique, rejoint Vittoria à la Porte. La jeune fille, sérieuse et considérant pour la première fois le jeune homme comme l’un des leur, l’enjoint à retrouver les jeunes gens et à les surveiller consciencieusement. [Au regard de la manière dont ils traitent le PNJ habituellement, je demande un jet, que la joueuse de Vittoria réussit]. Aurelio s’engage à respecter la demande de la jeune femme. Il retourne à son verre vide et ses frustrations. Vittoria part chercher ses camarades.

Une heure plus tard à l’auberge du Sanglier Borgne, les amis – sauf Lucio Zigarelli, toujours introuvable – sont attablés, devant Elgio Gülad, Lina Tabora et Livio Scorta, les Compagnons de la Roche [le groupe d’aventuriers est décrit p. 20 du recueil de scénarios L’Escapade de Telanaïs et autres aventures dans le Consulat. J’ai juste remplacé Bardo Faustino par Livio Scorta pour pouvoir me servir du background de Vittoria].

En règlement de leur dette d’honneur, les Compagnons de la Roche demandent à la Spada Rossa de retenir un groupe de personnes durant une vingtaine de minutes, alors qu’elles palabrent dans un café. Le Lendemain, cinq personnes vont discuter à La Chocolaterie, l’un des établissements les plus en vue de Bracce. Ils ne doivent pas quitter l’établissement avant une certaine heure. Ils attirent l’attention sur le fait qu’il s’agit de dignitaires et prient donc les personnages d’éviter autant que possible de blesser les individus à retenir. D’autant plus que la Chocolaterie se trouve sur la place de l’Opéra et reçoit la visite de la meilleure société de la ville. Elgio n’en dit pas plus, ni sur leur employeur, ni sur les raisons qui les poussent à demander ce service à la Spada Rossa, ni sur les personnes qu’ils sont sensés retenir. Il invoque la dette pour garder ses raisons : puisqu’il s’agit d’honneur, il n’est pas question de tergiverser. Les bretteurs de la Spada Rossa acceptent, bien contents de pouvoir rembourser leur dette. Rendez-vous est donné en milieu de journée pour organiser les détails. Tout le monde repart se coucher. Seule dans sa chambre, Vittoria essaie la robe récupérée au bordel

Une session d’entrainement comme une autre
Vittoria et Ciro seuls sont à l’entrainement le lendemain matin. Ciro, ivre, a préféré dormir directement sur le terrain d’entrainement et s’est fait réveiller à coups de bâton par le maître Erardo Rizzi. La chaleur est déjà forte et le jeune homme a une sérieuse gueule de bois. Aurelio, très fatigué, arrive peu après. Vittoria, peu vaillante aussi finit par entrer dans la pièce. Aurelio se jette sur elle alors que maître Rizzi vitupère sur l’état de son école… et de ses étudiants. Le rapport d’Aurelio n’est pas vraiment éloquent : le jeune Tirso a passé la nuit en compagnie de deux prostituées. Aurelio n’en sait pas beaucoup plus, mais il semble avoir remarqué que le visage du jeune homme avait changé au petit matin, plus vulgaire, même pour un noble de Svuletti. Il songe à une doublure, peut-être, mais il n’est pas sûr. Vittoria s’énerve après Aurelio mais évite de le conspuer. Elle finit même par le remercier, avec une ironie qu’il ne perçoit pas.

Ellana, elle, est très remontée quant à Estiladra, qu’elle tient pour totalement responsable de sa tentative d’extorquer des informations à Tirso de Sagliavocra. Elle prend très mal les provocations viriles de la veille, à la salle de l’Astragale, alors qu’ayant déjà réussi pour part son jeu de séduction, elle allait en tirer des choses utiles à leur école. Les ordres qu’il lui a glissé à l’oreille après sont d’autant moins bien passés. Mais si elle a bien réussi à suivre Tirso, elle n’en rapporte rien d’autre que ses tentatives d’entreprendre la très jeune Sofia Baldo dans une loge.

Andrea arrive à midi et, un morceau de pain à la main, commence à s’entrainer contre Ellana et Aurelio, excédés de ses bons mots et de son attitude qui les contrarie en permanence.
– Je sens comme un contentieux, Aurelio…
– Tu ne m’as pas envoyé dans un cénacle, tu m’as envoyé dans un bordel, je vais te rosser !
– Mais… ces filles auraient pu t’apporter de la joie !

Les coups tombent drus et Andrea reste en difficulté [Jet avec un malus, échoué. Le joueur dépense une aubaine pour relancer (un bon moment, l’entrainement, pour dépenser les rares ressources du groupe !) : Non et, c’est pire ! Mais le groupe gagne une aubaine], il s’étouffe avec son morceau de pain sur le terrain, laissant le temps à Aurelio de le désarmer et de lui mettre sa lame sous la gorge. Rasséréné, Aurelio part se coucher. Mais Ellana n’en a pas fini avec lui et lui envoie immédiatement un coup de poing dans le ventre qui manque de le coucher avant de partir à son tour, en faisant un geste obscène à son adversaire. Vittoria, elle, boude encore sur cette histoire de pari.

[D’une manière générale, je laisse beaucoup de place aux péripéties et aux prises de bec internes au groupe. Déjà parce qu’elles ne sont pas stériles et donnent de beau moments de jeu, mais aussi parce que les joueurs sont très productifs à ce moment là et que c’est ce qui va se dire à ce moment qui va me permettre d’alimenter les résultats des jets en « et » et en « mais » plus tard: tout objectif secondaire permet des relances narratives intéressantes quand les petits agacements du quotidien viennent envahir les grands moments d’aventure.]

D’un plan approximatif et de quelques chamailleries supplémentaires
Livio finit par entrer et donne la description des personnes à retenir : deux sœurs jumelles de la noblesse, un ancien militaire qui est sensé les protéger, avec une grande balafre, et ce petit monde sera accompagné d’un Hobelin assez maigre (pour un Hobelin), dans la force de l’âge ; et le dernier est un type blond plus quelconque. En aucun cas ils ne doivent partir de la Chocolaterie avant 16h00.

L’obligation de finesse demandée aux personnages leur pose un gros problème : le manque de finances pour pouvoir exercer une surveillance discrète dans l’un des quartiers les plus chers et les plus huppés de Bracce… du genre qui ne laisseront pas une femme en tenue de combat s’asseoir sur la terrasse (Sauf Sanella Baldo).

Au départ de Livio, la discussion roule à nouveau sur Tirso de Sagliavocra et sa soirée : les compte-rendu des uns et des autres divergent et laissent à penser que le jeune homme pourrait avoir une doublure. Les plans des deux opérations s’entrecroisent et sont encore prétextes à mille chamailleries. Vittoria, échaudée, s’esquive et revient après avoir revêtu la robe récupérée au bordel, ce qui lui donne un style certes plus féminin, mais pas forcément plus distingué qui laisse ricaner ses camarades. Discrètement, Andrea fait glisser quelques pièces dans la main de Ciro Passeri.

Des gens qu’on voit passer sur les places de Bracce
La Chocolaterie est à deux pas de l’opéra, sur l’une des plus belles places de la ville. On trouve à proximité l’échoppe d’un tailleur de luxe, le palais de la famille Sangio ainsi qu’une des plus dispendieuses auberges de la ville, une paire de restaurants et quelques dizaines de demeures toutes plus luxueuses et impressionnantes les unes que les autres. Alors que nos amis prennent position plus d’une heure à l’avance, qui dans une ruelle, qui à l’abri d’un étal marchand, la scène se met en place : Deux jeunes filles semblables en tout, avec la même robe blanche et argentée pénètrent l’établissement sous l’escorte d’un grand homme, colosse aux cheveux grisonnants et au visage marqué d’une longue cicatrice. Andrea reconnait un important homme d’armes, le capitaine Cortesi. On dresse la table devant elles, serviteurs et pâtissiers apportent nombre de mignardises et deux tasses de porcelaine contenant un épais chocolat chaud.

Vittoria, elle, a tenté d’aller voir son père, un juge important pour lui réclamer quelques pièces d’or qui leur permettraient d’adopter un meilleur point de vue, en terrasse ou à l’intérieur de l’établissement. Toujours habillée de sa robe très échancrée, elle s’est dirigée vers le palais de justice – bien décidée de prouver à tout le monde qu’elle peut passer une journée dans une robe. Les huissiers se retournent sur son passage, mais l’air impérieux de Vittoria sa propension à parler fort et son sens du scandale conduit le personnel à ne pas l’arrêter avant la porte du bureau de son père. Malheureusement, l’oreille paternelle est d’autant moins ouverte que la robe de Vittoria est ouverte. Il la gourmande gentiment (il n’a jamais pu la disputer vraiment) [Jet de contact à 0 : non. Après hésitation, la joueuse ne dépense pas d’aubaine pour améliorer ça], refuse de lui donner de l’argent et revient sur le mauvais tour que Vittoria a joué à son frère précédemment (et son passage prolongé dans une geôle de Chieso). Il parle des conditions d’emprisonnement rudes, des coups de fouet et de l’infection de ses blessures. Vittoria, voyant toujours ses vengeances comme des jeux innocents, en est sincèrement très affectée. Son père finit par la congédier.

Histoires de poudre et de chocolat
Pendant ce temps, Andrea devant la Chocolaterie a vu les deux autres interlocuteurs s’installer en face des jumelles. La conversation est cordiale, mais légèrement tendue. Finalement, le hobelin donne à l’une des jeunes filles une petite bourse de la taille d’une blague à tabac. Elle laisse glisser un peu du contenu dans sa paume. Andrea est loin, mais ses yeux sont bons [et ses jets de dés aussi, malgré un malus, il réussit avec oui, mais. Je conserve par devers moi la péripétie] et il reconnait de la poudre noire, cette arme terrible et extrêmement rare que peu utilisent dans le Consulat. La jeune fille remet rapidement et discrètement la poudre dans le petit sac.

Peu après 15h30, alors que Vittoria est revenue, marché semble être conclu : un parchemin est sorti, que tous signent et une grosse bourse bien garnie de pièces d’or change de main à destination de celles du Hobelin. Ils recommandent un verre.

C’est le moment que choisit la célèbre Maria du Castra, première chanteuse de Bracce et ancienne maîtresse d’Andrea pour le reconnaitre dans la foule, s’en aller vers lui en criant son nom [… voilà pour la péripétie attachée au précédent jet].
– Andrea ! Andrea Estiladra, tu n’as pas recommencé à me suivre, j’espère, lui demande-t-elle avec un ton entre amusement et réprimande. C’est fini, tu comprends, je ne peux pas, je ne peux pas rester avec toi…

Andrea sort de l’ombre et lui fait un baisemain.
– Tu sais bien que l’amour ne se dicte pas.
– Tu as joué avec mon cœur… et tu en voyais d’autres
– Ce n’est pas vrai, mais la voix du spadassin n’est que peu convaincante
– Peu importe ; mais ça ne me dit pas ce que tu fais là, à rester dans l’ombre. Peut-être une de ces « missions » dont tu me parlais
– Tout à fait, et j’aurais peut-être besoin de toi… si tu le veux bien
– Pas une rixe entre ruffians j’espère.
– Non, pas du tout, une mission… Il faut que tu m’aides.

Un jeune homme est arrivé à leur niveau et regarde Maria
– Il faut que tu m’aides Maria
– Madame Di Castra, dit le jeune homme, j’aime ce que vous faites. Je viens à toutes les représentations vous écouter religieusement.

Andrea est contrarié, il le menace discrètement en soulevant la garde de son épée.
– Je crois monsieur que vous importunez dette dame…
– que dis-tu, voyons, il ne m’importune pas le moins du monde

Elle place la paume de sa main sur la poitrine d’Estiladra. Une dispute s’installe… entre Andrea et Maria. Le jeune homme, lui, a peu à dire dans l’affaire.

Vaudeville et tragédie

Pendant ce temps, les cinq personnes s’apprêtent à sortir de la chocolaterie. Ciro et Vittoria se placent devant la porte, non loin d’Andrea et Maria qui occupent le centre de la placette et de l’attention. Le hobelin et le blond essaient de passer sans y parvenir. Ciro prend à témoin le hobelin :
– Monsieur, que pensez-vous de cette robe : elle n’est vraiment pas adaptée à ce lieu, n’est-ce pas ?

[Jet de dés pour voir si le subterfuge prend, à zéro. Oui mais, là encore, je réserve la péripétie pour un second temps] Le Hobelin ne répond pas et essaie sans succès de forcer le passage. Le jeune homme blond lève la voix et demande à tout le monde de se pousser pour que les deux jeunes femmes de bonne noblesse puissent passer. Vittoria le prend à témoin à son tour. Il ne reste que dix minutes à les retenir. Ciro renchérit
– Regarde les robes de ces femmes : tu crois vraiment qu’elles ont quelque chose à voir avec la tienne ? Il prend à parti les jeunes filles jumelles.

Andrea, lui, est toujours occupé par son ancienne amante qui, la main toujours sur sa poitrine, a décidé de le rendre jaloux en flirtant avec son jeune admirateur. Il peine à se dégager de cette situation. Il pousse sans ménagement le jeune homme en le disputant vertement.

Le capitaine Cortesi sent que la situation lui échappe. Il prend les deux filles par les épaules et les dirige vers les portes de derrière. Le jeune homme blond, lui, pose un regard lunaire sur Vittoria qui, dans le même temps, sent les nœuds de son corsage sont délacés et que sa robe glisse [résultat de son jet ou d’un tour du jeune homme blond? On laissera l’ambiguïté sur  ce qui s’est vraiment passé]. Le Hobelin en profite pour sortir, mais Andrea lui fait tomber son « adversaire d’amour » sur le dos du hobelin. Le jeune blond, profitant de la diversion, a disparu. Les jeunes filles et leur garde du corps, sont passés dans l’arrière-boutique.

Ciro court en direction d’une travée s’ouvrant sur le côté de la Chocolaterie : les damoiselles en sortent justement. Ciro tente une diversion [Jet sans bonus ni malus : non mais, il dépense une aubaine pour transformer le jet en oui mais] en se faisant passer pour un employé de la chocolaterie prévenant ses clients qu’ils ont perdu une bourse dans l’établissement. Les demoiselles hésitent, Cortesi toise Ciro d’un œil énervé.

Sur la place, Maria fait un scandale, moitié amusée, moitié énervée. Elle conspue Andrea, puis profitant du public, transforme sa diatribe en un air à la mode à Bracce : l’air de la femme outragée. Andrea s’enfuit comme il peut en direction de Ciro, lançant des baisers à la cantatrice.

Il enchaine, à peine arrivé dans la ruelle, dans une fanfaronnade à destination de Cortesi, qui a tiré son épée. Quelques minutes encore avant qu’ils puissent laisser passer les nobles. Estiladra brode, il se souvient de Cortesi durant la guerre. Les deux jeunes filles, elles chuchotent de manière étrange, comme si elles disaient la même chose au même moment. Cortesi fait un pas en avant, pas amical, l’épée levée. Il hésite à engager le combat, comprenant difficilement les motivations de ceux qui le bloquent. Une fois le temps écoulé, Estiladra et Ciro se dégagent du passage et laissent passer la petite troupe. Le jeune homme de Bruigh les reconnait comme étant Joana et Giulia Lauro.

Vittoria s’est dégagée de la place, laissant le Hobelin coincé sous le jeune prétendant. Toute la place applaudit Maria di Castra. Un sein à l’air, elle tente désespérément de remettre sa robe en place. Un bruit épouvantable se fait entendre. L’air se charge de poussière et une pluie de pierres et de verre s’abat sur la place. Une silhouette se fait expulser depuis la fenêtre de l’auberge non loin, enveloppée de flammes et d’une fumée noire, et s’abat au sol. Tout le monde s’enfuit en hurlant. Vittoria, elle, se précipite, fendant la foule en panique. Une fumée noire et des flammes s’exhalent de la façade crevée. Vittoria s’agenouille au-dessus du corps défenestré et reconnait, sous la couche de suie et le plâtras des murs tombés, la figure de son frère. Ses yeux sont ouverts, figés sur le ciel, et un trou béant, gigantesque et sanglant s’ouvre en plein centre de sa poitrine. Il est mort.

La suite par ici!

Mon ressenti:

Une bonne partie, surtout pour quelque-chose de peu préparé. J’avais prévu quatre ou cinq lignes sur ma fiche, avec un ou deux événements à chaque fois. Ce que l’on a joué en 3H et quelques correspond en gros à l’introduction. On reste dans l’aventure picaresque avec toutefois cette fin qui laisse présager un changement assez radical d’ambiance sur la prochaine partie. La mort du frère était prévue comme déclencheur « sec », mais les péripéties ont tiré vers une encore plus grande dramatisation de la scène finale, par le discours entre Livio et Vittoria, et surtout celui de la jeune fille et de son père.

Encore une fois, le jeu montre que le background a été bien pensé: je n’ai presque pas eu besoin de relire les éléments avant de jouer, tout est très bien calé et l’on peut s’approprier le décor très facilement sans le trahir. Ainsi j’ai repris la chocolaterie, succinctement décrite dans Le Consulat et qui me semblait un lieu suffisamment incongru pour obliger les PJ à y aller et à ne pas user de (trop de) violence. L’Opéra, évoqué aussi par Snorri est devenu un lieu emblématique. Je ne me vois pas faire une aventure dans le consulat, du moins à Bracce sans envoyer les personnages au moins une fois à l’opéra. Le Nid des Muses est de ma composition en revanche et il aura plutôt bien servi, ici et dans la partie suivante, en proposant un chouette cadre de péripéties burlesques.

Enfin, presque malgré moi, je repars sur une de mes marottes: les intrigues politiques et leurs dommages colatéraux. C’est à peine esquissé ici, ça constituera l’armature de la partie suivante… alors une fois encore que c’était à peine prévu dans mon esquisse d’aventure. On ne se refait pas…

En terme de système, ça tourne toujours efficacement, et je suis particulièrement content de mon utilisation des péripéties provoquées par les jets sur celle-ci. Ce n’est pas toujours aussi fluide, il faut croire que j’avais la cervelle en feu ce jour-là.

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