D’un proche qui a fait le grand voyage et de ce qui en résulta – Aventures dans le Consulat 5

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Portrait de Livio Sangio par Dapertutto. Selon la mode de Bracce, le mort est représenté en dignité, et dans un décor champêtre

Nouvelle session dans le monde du Dodecaedre à la suite de l’école d’escrime La Spada Rossa. Une session assez dense qui fut employée à gérer les suites de la partie précédente. Je le retranscrit en deux posts, la suite ne saurait donc tarder. Lors de la dernière partie, une explosion dans le coeur de Bracce semait la panique dans les plans de nos personnages, et Vittoria avait le malheur de retrouver le corps sans vie de son frère Livio, atrocement brûlé et tailladé. On verra donc ci-dessous si la Spada Rossa préféra la voie de la justice ou celle de la vengeance, et si toute la vérité sur cette affaire fut levée.  Le registre est un peu différent des précédents épisodes, on est plus dans l’enquête et le drama que dans les aventures picaresques…

Petit point technique: j’ai porté quelques modifications au système concernant l’utilisation des aspects. Désormais, quand un joueur pose une question, il peut directement ajouter un ou plusieurs aspects pour faire changer le modificateur en sa faveur. Pour un test en opposition, j’attribue en malus les jets des adversaires. Comme les aspects ne servent plus pour déclencher les aubaines, je propose aux joueurs que celles-ci soient utilisables même sans aspect approprié, mais uniquement pour des actions cool, soit dans le ton de la partie, soit dans le ton de leur personnage.

Après les fracas

La fumée se dissipe lentement laissant voir le désastre. De la joyeuse assemblée qui, quelques minutes plus tôt écoutait encore le récital improvisé de Maria di Castra ne subsiste plus grand-chose : Troupes éclopées, robes de poussière, têtes commotionnées, la belle société de Bracce est sous le choc. Le fracas passé, la poussière retombée, la bonne foule apeurée s’extrait en courant de la chocolaterie où elle avait trouvé refuge, et la belle compagnie de s’égratigner les pieds encore un peu plus aux fragments de verre, de pierre et de bois décrochés de la façade.

Seule, une figure frêle et brisée contemple en silence le corps de celui qui fut son frère ; et l’amertume des mauvais traitements soumis « pour rire » qui remontent en une longue trainée acide dans la gorge de Vittoria. C’est la fin de la plaisanterie, c’est la fin de la compétition. Livio ne sera pas là pour la sacrer victorieuse, comme son nom la prédestinait depuis toujours, non, il est mort. Une flamme a dévoré ses chairs et creusé un grand trou dans son corps. Il fixe le ciel

« Livio, c’est pas drôle, allez, arrête »
Vittoria serre le corps de son frère, le plus fort possible.

Andrea, habitué au champ de bataille, constate froidement la mort. Poudre noire, arme à feu ou bombe, pour lui ça ne fait aucun doute. Regardant en hauteur, il distingue une silhouette grande, épaisse, se dégager de l’orifice dans la façade d’où s’exhale la fumée, et qui disparait subitement. Du palais Sangio mitoyen se déversent des hommes en armes qui viennent sécuriser la place, en n’oubliant pas de brutaliser encore un peu ceux qui s’y trouvent et qui, blessés, ne peuvent s’en dégager seuls. Andrea écarte difficilement Vittoria, prend le corps de Livio dans ses bras, et part, doucement en direction de la maison des Scorta. Ciro a disparu, encore ; aucune trace des Compagnons de la Roche. Les troupes Sangio investissent la demeure en feu où l’explosion a eu lieu.

Un deuil dans la famille Scorta

Andrea pose le corps de Livio sur une table qu’il débarrasse d’un large geste du bras. Vittoria, assise sur un banc à côté tient la main de son frère. Estiladra se penche à l’oreille de l’éplorée « Quand il sera temps, tu sauras où me trouver… » Et il s’en va dans un froissement de cape.

Le juge Scorta entre. Son visage se décompose. Le masque du juge fond, laissant apparaitre la figure d’un homme fatigué, éploré. Vittoria est désemparée. Il se met à pleurer en silence.
« J’étais contrite, père, pour son séjour en prison, j’aurais aimé lui dire, père… mais je n’ai pas eu le temps.
– Il s’est passé des choses plus graves que quelques jours de prison, pour qu’il soit là, froid, mort sur la table, avec un trou dans la poitrine… et… pour une fois, je ne sais pas quoi faire. »

Les larmes viennent à flot, au père et à la fille, qui se cramponnent l’un à l’autre.
« Il faut qu’on trouve qui a fait ça.. ; pour une fois, mon cœur n’a pas envie de justice, il a envie de vengeance ».

Des serviteurs entrent qui se mettent en devoir de laver et préparer le corps.

Zigarelli refait surface

Estiladra file à la Spada Rossa, essayant de retrouver leurs compagnons, Lucio, Ciro, Ellana et Aurelio, le chevalier Puceau, qu’il somme de le retrouver à l’auberge du sanglier borgne pour une réunion d’urgence.

Partant de la place, la nouvelle de l’accident se répand comme… une trainée de poudre. Quelque part dans une pièce cossue, en belle compagnie, Lucio apprend les nouvelles, d’abord des rumeurs d’attentat, perpétrés par des espions d’une autre ville, puis celle plus inquiétante qui accuserait une compagnie d’aventuriers d’avoir tenté d’ébranler le pouvoir de Bracce par un attentat. Le nom des compagnons de la roche ne tarde pas à venir sur toutes les lèvres, d’ailleurs on parle de ce compagnon retrouvé mort sur les lieux. Lucio file à l’hôtel des Scorta.

Une fois le corps lavé, la plaie est encore plus terrifiante, étalée dans toute sa béance là où l’homme avait autrefois un cœur. Le dos de Livio n’est pas en reste, ses épaules et ses flancs portent les traces d’une sale maladie, résultat de coups de fouets mal soignés, infectés et purulents. Sans aucun doute les traces de sa séquestration, encore à vif après plusieurs semaines. Vittoria sent les larmes l’envahir encore. Lucio pénètre à ce moment-là dans la pièce et trouve la jeune fille, toujours en robe, toujours à moitié débraillée, couverte de sang, de suie, du plâtras plein les cheveux, au bord de s’effondrer. Il reste pétrifié. Remarquant sa présence, Vittoria se reprend.

« Tu… tu cherchais quelqu’un Lucio ? »
Zigarelli se précipite et la prend dans ses bras pour la réconforter
« C’est moi qui l’ai tuée, c’est à cause de mes bêtises… mais je pensais pas que… C’était pas sérieux »

La faconde de Lucio l’a quittée et il reste silencieux plus que de mesure.
« Un attentat… c’était un attentat. On s’en est pris à Bracce, murmure-t-il finalement.
– Un attentat ?
– Les rumeurs vont bon train, on accuse même déjà les Compagnons de la Roche… »

Un fracas provient du hall, cliquetis d’armures, pas de fer sur les parquets soigneusement entretenus. Un sergent éructe, la voix du juge Scorta tempête, mais malgré ses récriminations, un capitaine de la garde lui demande de s’écarter de son chemin, sur ordre de la consule. La porte bouge, Vittoria ouvre la porte. Le garde derrière, surpris, tombe au sol. Elle l’assomme avec un tabouret. Derrière, les autres gardes tirent leurs lames, de larges épées de guerre.

« Par ordre de la Consule, nous devons avoir accès à ce corps. S’opposer à nous, c’est s’opposer à la ville de Bracce toute entière ! ». Vittoria ne s’en laisse pas conter, une lame dans la main, le tabouret dans l’autre, la robe en train de tomber, elle protège le corps de son frère. Des palabres s’engagent.

Lucio tente de parlementer
[jet pour essayer de convaincre les gardes de laisser provisoirement le corps. Avec un +1 de bonus, c’est un « Oui » qui sort]

Le capitaine propose de faire venir l’expert judiciaire plutôt que d’emporter le corps au tribunal. Les gardes se retirent… provisoirement. Vittoria s’effondre ; le juge serre la main de Lucio en guise de remerciements.

Rappel des troupes

A l’auberge du sanglier Borgne, Estiladra a battu le rappel des troupes. Maître Rizzi est là aussi. Il leur annonce la mort de Livio.

« Livio Scorta a été assassiné, et il va nous falloir trouver le responsable. Il va falloir regrouper nos énergies pour épauler notre camarade. Finies les petites boutades et autres querelles qui rendaient la vie un peu plus douce, maintenant il va falloir se mettre au travail sérieusement. Et en premier lieu, il va nous falloir retrouver les compagnons de Livio, tâcher de savoir ce qui s’est passé.
– Sur ce point, je peux te renseigner, lui répond Ellana : ils ont arrêté Elgio Gülad dans la pièce qui a explosé. Il était assommé, les gardes l’ont emmené dans les geôles du palais Sangio.
– Alors il nous faut retrouver Lina Tabora, si l’on ne l’a pas arrêté. Quant à Elgio, il va falloir trouver le moyen de rentrer dans la prison pour lui parler. Mes amis, mettez tout en œuvre pour nous aider. »

Une larme tombe dans le verre – ridiculement petit – du Chevalier Puceau.
« Aurelio, les pleurs seront pour plus tard » dit Estiladra alors qu’il est déjà sur le pas de la porte. Il part à la pêche aux informations concernant Lina.

Sangio Corrodi, maître escrimeur en vogue

Estiladra se rend chez Sangio Corrodi, l’école d’escrime la plus prisée de Bracce, celle qui a la faveur de la noblesse ; celle des Compagnons de la Roche aussi. Allant à l’essentiel, il essaie d’approcher directement le maître. La fréquentation assidue de la Spada Rossa a fait oublier à notre ami les réalités d’une école en plein succès : beaucoup de monde, des salles claires et pleines, et un maître très occupé à régenter sa petite entreprise derrière un bureau plus que sur la piste d’escrime. Qu’à cela ne tienne, Estiladra sait changer ses manières de poète pour celles de soldat et se faire suffisamment rustre pour aller droit au but. Il fonce direct au bureau du maître.

Dans une pièce cossue et richement décorée, une douzaine de notables, hobelins et humains discutent argent.

Après une génuflexion, Estiladra réclame un entretien que le maître, un homme d’une soixantaine d’années qui ne semble pas avoir été beaucoup marqué par la guerre, le refoule froidement mais poliment. Mais lorsqu’Andrea évoque les Compagnons de la Roche, l’homme se braque et refuse de parler de ces « traitres à la ville ». On lui fait comprendre qu’il est temps de partir. Le spadassin obtempère non sans lâcher une petite pique au passage. Tout n’est pas si mal, à la Spada Rossa, et l’on n’a pas encore oublié le sens du mot « Fraternité » ; les salles de l’école Corrodi semblent bien froides, et vides de toutes personnalités. A peine quelques instructeurs hurlant leur méthode impersonnelle (mais infaillible) à des étudiants attentifs.

L’ambiance est la même dans l’auberge en face, un établissement de tenue où l’on vitupère sur les malheureux compagnons de la roche. Certains élèves se demandent si les péripéties récentes risquent d’entacher leur école. Les autres les rassurent comme ils peuvent, puisant de sérieuses doses de mauvaise foi dans le fond des cruches.

Où Maître Rizzi enseigne la philosophie à Zigarelli du revers de sa main.

Zigarelli a racompagné Vittoria jusqu’à L’hôtel de la Spada Rossa, où la jeune fille a sa chambre a sa chambre. Le joli cœur essaie de lui occuper l’esprit de ses bavardages. La nuit s’est mise à tomber, les établissements ont fermé leurs devantures, les marchands ambulants ont fui et les coquets se font discrets dans les ruelles envahies par les soldats des grandes familles. L’ordre règne à Bracce, les miséreux et les fâcheux se retranchent dans les ruelles les plus sombres.

Maître Rizzi sort de la salle, et serre le bras de Zigarelli alors que Vittoria est (enfin) en train de se changer.
« – J’aurais dû être là maître, j’aurais pu les aider. Rizzi décoche un taquet à son élève
– Ne refais pas dans ta tête ce qui est déjà fait. Pense plutôt à ce qui va se passer. »
Le maître est philosophe…
– Nous les traquerons, maître, nous les ferons cracher.

Dans le cœur de chacun des membres de la Spada Rossa, la soif de vengeance gronde désormais.
– Et quand nous aurons lavé leur honneur, les compagnons de la Roche auront leur place dans la Spada Rossa.
Rizzi récidive et envoie sa main en travers de la figure de son imbécile d’élève.
– Les Compagnons de la Roche ont déjà une école, ils ne vont pas trahir leurs maîtres et leurs enseignements. Mais ils sont louables comme compagnons de fortune, il n’y a pas de déshonneur à trinquer avec eux.

La leçon terminée et Vittoria redescendue, les deux élèves filent au Sanglier Borgne.

Assis à une table, Aurelio pleure en silence, devant son minuscule verre de vin vide. Lucio lui tape sur l’épaule. Ses yeux tombent sur Vittoria, et son regard fuit, gêné. La main du chevalier puceau posée sur celle de la jeune fille en un geste de compassion fait remonter en elle des souvenirs de son frère. Elle se confie à Aurelio sur la dernière fois qu’elle a vu son frère. En l’absence d’Andrea, Aurelio partage les dernières informations, l’arrestation d’Elgio, la fuite de Lina.

La jeune fille se remet à penser, puisqu’Andrea n’est pas encore là, autant agir : elle et Lucio repartent en direction de la maison Scorta pour tenter d’obtenir du juge une autorisation de voir Elgio Gülad.

A la recherche de Lina

Pendant ce temps Estiladra est toujours à la recherche de Lina Tabora, dernier membre des Compagnons de la roche encore en vie et en liberté.

[Jet pour savoir s’il trouve quelque chose. Je propose un malus. En dépensant une aubaine, le joueur d’Andrea se crée un contact, Pino, un gamin des rues, toujours bien au fait de ce qui se passe en ville. Il jette sans malus, mais le résultat est catastrophique : 1. Son contact nouvellement créé passe à 1, le groupe regagne une aubaine et une catastrophe est en approche]
Lorsqu’Andrea tombe sur Pino, le jeune garçon est tenu par trois soldats. Le gamin tend le doigt vers Estiladra en disant « Si, c’est lui, c’est lui ! »
Les soldats s’approchent, menaçants.
« C’est toi Estiladra
– Ça dépends, que lui voulez-vous»
Sur leur tabard, le blason de la famille Lauro. Sans sommations, ils se jettent sur le bretteur. Pino fuit sans demander son reste.

 [Non, et c’est la merde… Jet pour savoir si Andrea s’en sort à son avantage : il écope de deux malus (traits « Grosse brutes » et « obéir sans discuter ». Andrea opte pour ses trucs de soldats pour essayer de s’enfuir : il rétablit la balance à zéro. Il obtient un nouveau 1 « Non et ». Il regagne une aubaine]

L’entrainement militaire d’Andrea a beau être excellent, les trois soldats savent jouer de leur supériorité d’équipement et numérique. Après deux échanges de coups, le spadassin est jeté au sol et roué de coups de pied. La seule chose qui le fait sourire, c’est qu’il sait, aux coups qu’il endure, que les soldats ne le tueront pas. Après quelques crachats sanglants, il s’évanouit.

[Il inscrit un état « roué de coups –  » sur sa fiche.]

La suite par ici!

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