Le ton et l’odeur de l’amour 2/2 – Des nouvelles d’Itras By 2

Suite de la deuxième session, où nos protagonistes improbables se rendent à une soirée chez un important homme d’affaire qui, pour son plus grand malheur est né avec une tête de buffle (ne riez pas, on aimerais bien vous y voir vous)

Letranger
Mais qui êtes-vous? Appelez-moi l’Étranger.

Soirée-Kidnapping

Une fois dehors, Cléanthe leur propose de se mettre en route : il y a une femme à kidnapper, après tout. Amandine accepte de l’aider pour le kidnapping, mais pas pour la suite ; malgré les admonestations de l’Étranger, Cléanthe continue de clamer qu’il n’y a pas de « suite ». Sur ces entrefaites, Chesterfield les rejoint, surprise de trouver Amandine en compagnie de l’homme qu’elle avait croisé ce matin. L’Étranger, bien sûr, ne la reconnaît pas : Amandine lui explique qu’il a des problèmes de mémoire depuis qu’il s’est pris un coup sur la tête. « Mon pauvre ami », soupire Chesterfield en posant sa main sur la poitrine de l’Étranger, « vous ne vous souvenez de rien ? Vous qui étiez si gentil…
– Si, je me souviens ! dit l’Étranger. Elle marchait dans la foule… elle était belle… elle était magnifique… et j’ai senti qu’elle avait quelque chose de spécial… »

La troupe continue d’avancer pendant que Chesterfield, tenant la main de l’Étranger, lui rappelle que Jeff l’Usurier lui a confié un boulot : retrouver un certain Cléanthe Brumaire. L’Étranger sent la peur dans les mots de Chesterfield, tout comme monsieur Brumaire, d’ailleurs, qui est devenu tout blanc. Cléanthe balbutie, et Amandine lui sauve la mise en le présentant comme Alexandre Brumaire, frère du précédent. « Alexandre Brumaire » propose à Chesterfield de transmettre un message à son « frère » ; secrètement, Cléanthe est ravi d’être enfin en danger. L’Étranger proteste : cet homme est bien Cléanthe Brumaire, il le lui a dit tout à l’heure… Chesterfield fait les gros yeux et prévient : « J’espère que vous ne me mentez pas. Je suis bonne poire, mais faut pas pousser.
– Je n’oserai pas vous mentir, vous êtes une charmante personne, répond Cléanthe en lui faisant un baisemain.
– Mensonge… mensonge… mensonge… mensonge… » répète l’Étranger, amenant Cléanthe à balbutier de plus en plus.

[Je demande à Épiphanie de tirer une carte « Résolution ». Mass lit « Non, mais… Le personnage échoue, mais une autre chose positive arrive à la place, sans rapport avec ce qu’il tentait de faire. »]

Cléanthe s’embrouille et regarde l’Étranger d’un air mauvais : son mensonge ne prend pas. Chesterfield s’apprête à protester lorsqu’une foule rentre soudain dans la rue : une foule de festival, composée de musiciens, de cracheurs de feu, de jongleurs… dans la bousculade, Chesterfield, poussée par la foule, perd de vue le reste du groupe. Cléanthe est furieux : non content d’avoir gâché son mensonge, l’Étranger lui avait caché qu’il travaillait pour Jeff l’Usurier (que l’Étranger dit ne pas connaître : si Jeff l’Usurier n’est pas gentil, il est impossible qu’il travaille pour lui).

La soirée de fête est presque gâchée par tous ces événements, mais les trois continuent tout de même de marcher jusqu’au manoir Oppheimer. Sur le chemin, Cléanthe demande à Amandine, dont « les croûtes ne cassent pas trois pattes à un canard », de lui indiquer au moment opportun la personne qu’il conviendra de kidnapper. « On peut changer l’avenir ? » leur demande l’Étranger. « Parce que si oui, j’aimerais éviter que cette personne se fasse couper en morceaux… ». Cléanthe commence à protester à nouveau, et comprend tout à coup que l’Étranger a raison sur le sort de la victime et qu’il n’y avait pas pensé jusque là. Peut-être y a-t-il cependant une bonne solution…

Le dialogue s’engage sur la femme magnifique que Cléanthe est supposé kidnapper : Amandine, avec son sens de l’esthétique, pourrait lui signaler une femme adéquate pendant la soirée… À ces mots, l’Étranger se remet à parler de la femme qu’il a croisé un jour, et comprend qu’elle est la voisine d’Amandine : il demande à être amené immédiatement à leur immeuble. Les deux autres lui proposent d’y aller après la fête.

Devant le manoir Oppheimer (que Cléanthe connaît bien pour y être souvent allé du temps où le père était encore en vie), toutes les lumières sont allumées et plusieurs voitures sont garées. Des gens mieux habillés les uns que les autres arrivent au perron par deux ; Cléanthe et Amandine avancent par deux alors que l’Étranger va seul, ce qui lui récolte des regards lourds de sous-entendus de la part des autres invités, malgré son irradiante beauté. Devant la porte, un homme en perruque vérifie le nom des invités dans un épais volume, en train d’écouter une femme vitupérer devant lui : « Mais puisque je vous dis que je suis invitée, avec un type étrange ! Enfin, il s’appelle “l’Étranger” ! »

Où Géraldine remplace Chesterfield

Géraldine reconnaît la petite troupe et, tout en pestant contre Amandine, leur explique qu’elle remplace Chesterfield, qui a eu un empêchement, au bras de l’Étranger. Celui-ci fait un sourire et un clin d’œil à Géraldine, avant de rentrer avec les autres dans le manoir. « Tu me refais un clin d’œil comme ça », prévient-elle à l’envers de l’Étranger en le menaçant de son couteau, « et la prochaine fois que tu cligneras de l’œil, tu verras plus rien. Parce que t’en auras plus qu’un, d’œil ». L’Étranger, sans se laisser démonter, pose un doigt sur ses lèvres et lui demande pourquoi elle est si méchante. Géraldine est furieuse : elle veut savoir où est Cléanthe, elle n’est pas là pour flirter avec un type qui la confond avec sa sœur jumelle.

« C’est quoi, des jumelles ? demande l’Étranger.
– Alors les jumelles, répond Amandine, c’est comme les cigarettes : si t’en mets une dans la bouche, c’est sympa, si t’en mets une dans la bouche et une dans le nez, c’est impossible. »

L’Étranger se met à masser Géraldine pour la libérer de sa tension ; malgré les coups qu’il se prend, il ne se départit pas de son sourire niais. Cléanthe et Amandine se tiennent loin de l’escarmouche et décident plutôt de s’orienter vers le buffet, pour en dévorer les crevettes tant qu’elles sont encore fraiches ; à peu près au même moment où ils se perdent dans la foule, l’Étranger explique à Géraldine que Cléanthe était avec eux, ce qui la fait fulminer plus encore.

« Tu vas m’aider à le retrouver immédiatement, si tu tiens à tes testicules.
– C’est quoi des testicules ?
– T’inquiète pas mon gars, si t’en perds un tu comprendras.
– C’est une menace ?
– Oh non mon gars, c’est une promesse. »

L’Étranger, sans vraiment l’écouter, lui propose de danser. Géraldine, noire de colère, lui réplique qu’elle n’a qu’une jambe, mais ça ne semble pas le déranger : il l’attrape par le bras et la fait valser de manière divine sans écouter ses protestations.

[Je demande à Mass de tirer une carte « Résolution ». Guylène lit « Oui, sauf si… Le personnage réussit, sauf si un autre PJ sacrifie quelque chose pour vous en empêcher ». Guylène décide que l’Étranger arrive à faire danser Géraldine, sauf si Cléanthe décide d’aller prendre une coupe de champagne et de se faire voir par cette dernière.]

Cléanthe ne cesse de parler à Amandine de la femme qu’il doit kidnapper : il lui demande si, à son avis, parvenir à faire un kidnapping tout en étant recherché par quelqu’un qui lui veut du mal avec un petit couteau était plus excitant. Il décide que c’est une bonne idée : vidant d’un trait sa coupe de champagne, il traverse la salle et brise le tango de l’Étranger et Géraldine, qui était anormalement calme depuis quelques minutes. Elle repousse son partenaire à la vue de Cléanthe et se dirige à grands pas vers lui, tandis qu’Amandine prend sa place dans les bras de l’Étranger. Cléanthe jette un coup d’œil à la foule : aucune femme magnifique là-dedans, seulement des héritières qui se sont maquillées pour le paraître mais ne trompent personne. « Oui », lance Cléanthe à Géraldine, « je suis Cléanthe Brumaire, et je suis ici pour… ». Il attrape la première femme à sa portée et la prend sous son bras pour tenter de s’enfuir avec.

À cet instant, une cloche résonne et un serviteur s’avance sur scène. « Mesdames et messieurs, s’il vous plaît, veuillez vous retirer dans le salon bleu. Nous allons à présent commencer les narrations. » Un mouvement de foule s’engage, qui permettrait à Cléanthe de s’enfuir ; il décide de rompre à toutes les règles de bienséance et de quitter la soirée au lieu d’obéir et de se rendre au salon.

[Mass demande à Épiphanie de tirer une carte « Résolution ». Je lis « Non, parce que… Un ou plusieurs facteur(s) imprévu(s) vous empêchent d’arriver à vos fins ».]

Alors que Cléanthe atteint la porte d’entrée du manoir, cette même porte s’ouvre à la volée et laisse entrer Alfred, complètement ivre. « Eh, mon pote ! » hurle Alfred en prenant Cléanthe – et la femme qu’il transporte – dans ses bras. Le temps que Cléanthe se ressaisisse, Géraldine lui pointe son couteau dans le dos. « Tu vas poser cette femme », susurre-t-elle entre ses dents, « dégager cet homme, et me suivre tranquillement, sans faire d’esclandre ». C’est le moment que choisit l’Étranger pour l’embrasser.

[Épiphanie demande à Mass de tirer une carte « Résolution ». Épiphanie lit « Oui, malgré que… Un ou plusieurs facteur(s) imprévu(s) vous barrent la route, mais vous réussissez malgré tout ».]

Alors que l’Étranger tire Géraldine vers lui pour l’embrasser langoureusement, le majordome planté à côté de la porte d’entrée lui tape sur l’épaule pour lui rappeler que c’est l’heure des narrations. L’Étranger ne sait pas ce qu’est une narration et continue donc son baiser. « Tu vois », lance Amandine à Alfred, « il embrasse quand même sacrément mieux que toi ». Géraldine est surprise et finit par repousser gentiment l’Étranger. « Non, je ne peux pas », murmure-t-elle. « Je… Ma sœur est amoureuse de toi.
– Et alors, où est le problème ? »

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Amandine Beaulieu, Autoportrait (?)

Les orphelins d’Itras ne nous méritent pas

Cléanthe, Amandine et Alfred décident pendant ce temps d’aller assister aux narrations : de toute façon, le serviteur a barré la porte d’entrée avec de lourdes chaines en fer, ainsi que les fenêtres. « Il vaudrait mieux qu’on assiste nous aussi à la narration », marmonne Géraldine, « pour… pour… pour retrouver Cléanthe, oui, voilà. » L’Étranger, sans l’écouter, l’entraîne vers les toilettes.

Une fois dans le salon bleu, Amandine reconnaît la salle de théâtre qu’elle a vu en rêve. Les serviteurs distribuent des pyjamas aux invités et leur montrent dans quels lits ils doivent s’installer deux par deux, ainsi qu’un numéro, le 36. Elle et Cléanthe s’installent au lit pendant qu’Alfred est emmené ailleurs, et écoutent d’une oreille distraite les personnes qui parlent sur scène. Tout le monde l’applaudit une fois son discours fini, et le couple laisse la place à deux autres hommes qui commencent à raconter une histoire pour endormir les enfants situés au premier rang, des orphelins au visage noir de suie habillés en haillons. Le premier homme raconte la première partie du conte, et c’est sa moitié qui la conclut alors que quelques orphelins s’endorment. Quand ils ont fini, l’assistance applaudit, ce qui tire immédiatement les orphelins de leur sommeil ; la scène se répète plusieurs fois au cours de la soirée car les invités ne peuvent s’empêcher d’applaudir à la fin d’une bonne histoire, comme il est poli de le faire.

Lorsqu’arrive le numéro 36, Cléanthe et Amandine sortent de leur lit et montent sur scène. Amandine commence l’histoire : « Il était une fois l’histoire de la souris boule de suie. La souris boule de suie vivait dans un petit trou qu’elle avait aménagé dans un mur qui donnait directement sur les réserves d’un grand restaurant. C’était une petite souris qui habitait dans un mur qui avait été fait près de la cheminée, si bien qu’elle était constamment couverte de suite, et c’est pour cela que tous ses amis l’avaient appelée “la souris boule de suie”.

– Non, j’suis pas d’accord ! proteste l’un des enfants en levant la main. Moi, j’veux que la souris elle s’appelle Henriette !
– Non, c’est nul ! renchérit un autre. Henriette, c’est nul !
– Les enfants, qui raconte l’histoire ? demande Amandine.
– C’est toi… répondent-ils en cœur d’un air dépité.
– Alors écoutez calmement. La souris boule de suie avait donc pour habitude de sortir tous les soirs, une fois le service fini, et d’aller chercher des petits morceaux à grignoter : du fromage, des légumes, un peu de fenouil par-ci par-là…
– Moi j’aime pas l’fenouil !
– Moi non plus, ça fait faire pipi !
– Eh bien, la petite boule de suie, elle, adorait ça. Seulement, tous les jours, alors qu’elle allait faire son petit tour pour manger, elle laissait des traces noires derrière elle, et elle savait qu’un jour, les humains allaient finir par remarquer les traces, remonter jusqu’à son trou, et l’attraper… En effet…
– Madame, madame !
– Mais dis-donc, tonne Cléanthe, qui tu es, toi, pour interrompre tout le temps les histoires ? Qui t’a donc élevé ?
– C’est les dames de l’orphelinat… J’voulais juste dire qu’elle racontait pas très bien et j’préfère que c’est toi qui raconte.
– Ah ! Ah ah ! » Cléanthe part d’un faux rire. « Re… raconter une… histoire ? de… de souris ? »

Les lits de l’assistance grincent alors que tout le monde se redresse pour l’écouter parler.

« C’est l’histoire d’une souris, c’est ça ? Une souris qui s’appelle boule de suie ?
– Non, elle s’appelle Henriette !
– Donne-moi ton nom, toi.
– J’m’appelle Henri, moi.
– C’est bien, Henri : elle s’appellera Henriette, comme ta maman je suppose ? Enfin bref. Henriette, comme tous les matins, s’en allait traîner dans la maison en mettant d’affreuses taches de suie partout, car Henriette était une petit souris très pauvre et très malheureuse, et elle ne savait pas ce qu’était mettre les patins dans une maison. Terrible ! Enfin bref. Henriette se promène et traine, et comme tous les pauvres, elle finit par arriver au garde-manger, bien entendu, puisque c’est là qu’ils vont tous, n’est-ce pas les enfants ?
– Ouiiiiiii ! Les souris ça mange tout !
– Monsieur, monsieur ! Moi, une fois, à l’orphelinat, une fois, moi, y en a une, elle m’a mangé l’orteil, après j’avais le pied tout noir pendant une semaine !
– Comment t’appelles-tu, jeune homme ?
– Moi j’m’appelle Luc, mais tout le monde m’appelle “Tais-toi” !
– D’accord. Luc, tu sais ce que c’est que la démocratie ?
– Non, je sais pas…
– C’est très bien. La démocratie, c’est quand tout le monde parle. Et là, on n’est pas en démocratie, c’est moi qui raconte une histoire. Donc maintenant, tais-toi. »

Où Géraldine devient Chesterfield… et vice et versa

Dans les toilettes, une fois que l’Étranger a donné du bonheur avec Géraldine, il partage une cigarette avec elle. Pour être exact, il se la met dans le nez, ce qui la fait pouffer. « T’es vraiment pas banal, toi. Écoute, j’préfère qu’on dise rien à ma sœur pour le moment. Elle pourrait le prendre mal que j’ai couché avec quelqu’un dont elle est amoureuse, surtout que c’est pas la première fois. Tu comprends, on veut plus les mêmes choses depuis la tempête.
– D’accord, si tu me promets d’être moins méchante, répond-il en lui caressant la joue.
– Avec toi, je veux bien, mais je peux pas me permettre…
– Tssk, tssk, tu en es capable », roucoule l’Étranger.

Soudain, Géraldine se sent mal, et vomit dans les toilettes. Tordue en deux par terre, elle se saisit le ventre à deux mains. « Arrête ça ! J’suis pas la gentille ! » L’Étranger rentre la main dans son ventre, et en retire une boule sanguinolente et noirâtre, qu’il avale d’un coup. Une aura dorée l’entoure.

Son amante se relève et semble très étonnée de se retrouver ici. « Mais… L’Étranger ? Où est-ce qu’on est ? Au manoir ? Oh mon dieu. Qu’est-ce que tu as fait à ma sœur ? Tu… tu nous as échangées ?
– Non, j’ai enlevé ce qu’il y avait de mal en toi…
– Oh non… Tu te rends pas compte ! C’est vraiment pas bien, ce que tu as fait ! Il y en a une qui est méchante, et une qui est gentille ! »

Chesterfield est toute blanche, et met quelques instants avant de se rendre compte qu’ils se trouvent dans les toilettes… et qu’elle ne porte pas de vêtements. « Mais qu’est-ce que tu as fait avec ma sœur, au juste ? »

Sur scène, Cléanthe est totalement dépassé par les orphelins qui se moquent de lui. « Le monsieur il sait pas raconter les histoires ! Ta veste elle pue, en plus ! » Quelques bourgeois de la salle sont choqués : décidemment, les Brumaire, ce n’est plus ce que c’était. Le majordome coupe court au désastre : « J’appelle à présent sur scène monsieur Étrange et Géraldine ! ». Amandine va les chercher aux toilettes, alors que Chesterfield est en train de réprimander légèrement l’Étranger pour son mauvais comportement. « C’est très mal ce que tu as fait là ! Je t’en veux beaucoup !
– Oui, coupe Amandine, allez raconter une histoire sordide à une bande de gamins imbuvables, je vous regarde ! »

L’enlèvement d’une femme charmante et consentante est un enlèvement quand même.

Chesterfield et l’Étranger montent sur scène. Ce dernier commence : « Il était une fois… plein d’enfants orphelins. Et ils grandirent, et tout le monde pensait qu’ils allaient devenir de méchants garnements, et qu’ils allaient faire le mal. Mais pas du tout. Car ils virent là-bas le bien. Et ils décidèrent tous ensemble de suivre ce qui était bon pour eux, d’aimer les uns et les autres ; et c’est comme ça qu’ils prirent le pouvoir dans cette ville, et ils en firent une ville magnifique où régnait la paix et la joie, et où plus aucun enfant ne serait malheureux.
– C’est tout ?
– Les enfants, enchaîne Chesterfield, je vais vous raconter une histoire, moi. Il était une fois une princesse dans un château… »

L’histoire de Chesterfield est si compliquée que les orphelins s’endorment les uns après les autres, ainsi qu’une partie de l’assistance. Le majordome, en chuchotant, demande à tout le monde de quitter la salle ; les gens s’étirent, enlèvent leurs pyjamas et quittent le salon un à un. Cléanthe recroise son collègue sectateur : « Mon cher », lui dit celui-ci, votre histoire était pour le moins… Je n’avais jamais rien entendu de tel ». Amandine se penche vers Cléanthe et lui montre la femme la plus laide de l’assemblée : « Tu vois celle-là ? Elle est magnifique, son bec de lièvre est du dernier cri. Tu peux y aller les yeux fermés ». Cléanthe préfère accrocher Amandine à son bras, qui feint l’horreur : « Oh non, ne m’emportez pas, mon mari, le gardien du zoo, m’attend ! ». Les deux s’enfuient en direction de la porte, suivis par l’Étranger et Chesterfield, qui lui explique en quoi consiste une relation exclusive.

« Avec tout ça, nous n’avons toujours pas retrouvé monsieur Brumaire…
– Si, nous le suivons. C’est lui qui rentre dans la voiture, là, regardez… »

Tous montent en voiture, alors que Chesterfield gronde Cléanthe pour son mensonge de tout à l’heure. Celui-ci est plutôt en train de réfléchir à ce qu’il vient de faire : on lui demande de kidnapper une femme magnifique, il enlève légèrement une femme charmante… Tout bien considéré, c’est presque pareil.

« Monsieur Brumaire, continue Chesterfield, vous devez beaucoup d’argent à monsieur Jeff l’Usurier. Je vous préviens, si vous ne le rendez pas, je suis autorisée à vous faire très très mal, même si ça ne me ferait pas plaisir.
– Attention, je suis un kidnappeur maintenant, je suis potentiellement dangereux. Je pourrais vous kidnapper comme je l’ai fait avec cette demoiselle…
– Monsieur Brumaire, vous m’êtes sympathique, je vais vous confier quelque chose : Jeff accepte aussi le troc. Il me semble d’ailleurs qu’Amandine y a eu recours.
– Tout à fait, le tableau que je vous ai montré plus tôt dans la journée est pour lui.
– Eh bien j’aurais peut-être quelque chose à troquer avec Jeff… J’ai justement une place toute neuve à l’intérieur de la secte des adorateurs de Nindra à lui fournir.
– Eh bien, écoutez, je vais lui transmettre la demande et je vous dirai sa décision.
– Nous pourrions peut-être discuter de cela autour d’un dîner la semaine prochaine ? lui demande Chesterfield avec un petit air qu’il ne lui connaît pas.
– Mademoiselle, je suis déjà en plein kidnapping avec cette demoiselle que voici, et il me semble malvenu tout de suite à une invitation si directe. Mais ce n’est pas l’envie qui manque. Je vous laisse ma carte. »

Chesterfield rosit et met sa carte dans son corsage, avant de descendre de la voiture après avoir jeté un dernier regard à l’Étranger…

L’Étranger est déçu : la femme magnifique n’était pas à la soirée Oppheimer. Néanmoins, ses problèmes de mémoire semblent s’améliorer puisqu’il reconnaît Cléanthe et Amandine (sans se souvenir, néanmoins, avoir couché avec cette dernière). Il a l’air si perdu que Cléanthe lui propose de le ramener chez lui : il dormira dans sa chambre d’amis.

Au moment de quitter la voiture, sa conductrice adresse un conseil à l’Étranger : « Crois-en ma vieille expérience : les femmes magnifiques, ça va, ça vient ».

La soirée se termine donc alors que les trois partagent un verre de champagne chez Cléanthe, le verre qu’il n’avait pas pu boire tout à l’heure. Le champagne est délicieux – il est toujours meilleur quand il est acheté à crédit – et la maison est bien vide de mobilier…

Un peu plus loin, Alfred est en train de finir une bouteille en se scarifiant, assis sur un banc. Quelqu’un s’assied à côté de lui, pose son chapeau sur ses genoux et une main sur le bras d’Alfred : « Alors mon petit ? on a des soucis avec ses petites amoureuses ? Raconte tout au maître d’école… ».

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