[RPGaNay] -Vrais dés, applications, ou sans aucun dé, quelle est votre préférence ?

Bousculons un peu les principes de ce blog. Durant tout le mois d’août se déroule la petite opération RPGaDay, qui consiste à répondre chaque jour à une question sur le jeu de rôle et à exprimer ses préférences propres. Les questions sont souvent quelconques, parfois propices au débat. La vérité, c’est qu’il est dur de parler de sa passion sans pontifier ou devenir un vrai emmerdeur qui barbe le pauvre spectateur obligé d’affronter les torrents d’anecdotes. Tentons quand même l’exercice, introspectons.

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Il a été récemment dit, que certains rôlistes (et je me reconnais dans le nombre) ne parvenaient pas à se réjouir de/pour leur passion, qu’ils avaient la critique facile, trop virulente, voire injuste. Bref, le monde se diviserait en deux catégories, les Trve rolists prêts à valider toutes les initiatives amenant à faire connaitre le JDR, et les autres, les aigris, les pisse froids, les Nay Sayers.

Essayons de positiver ce constat erroné et, pour une fois, plutôt que de critiquer, d’expliquer un peu ce qui nous fait frissonner lorsque l’on s’apprête à commencer une partie, ce qui nous anime, ce qui nous bouscule, ce qui fait que, malgré les contradictions, cette envie de dire Nay se bouscule derrière nos lèvres, on finit par y revenir, par (essayer d’) argumenter. Cessons donc un peu de nous défendre, d’expliquer. Bref, trouvons les moyens de dire ce qui fait que chaque jour l’on se demande à quoi, ou comment on jouera la prochaine fois. Charité bien ordonnée commence par soi-même, je vais essayer de raconter comment je vis ma passion par l’intermédiaire des questions du RPGaDay. Comme c’est la première fois que je vais essayer de mettre des mots dessus, on verra bien où tout cela mènera. Et comme il serait dommage de se départir d’une touche d’humour qui manque bien trop souvent, appelons cette déclaration d’amour (spoilers) d’un Nay Sayer: RPGaNay.

1- Vrais dés, applications, ou sans aucun dé, quelle est votre préférence ?

Je ne me souviens plus exactement de quand j’ai acheté mes premiers dés. Je ne devais pas être bien vieux, une douzaine d’années, et le voyage à la grande ville la plus proche pour faire une première expédition dans une boutique spécialisée revêtait pourtant un enjeu particulièrement important pour moi à l’époque. J’allais entrer dans un temple, un cercle de fées où se retrouvaient des gens, forcément plus grands, forcément plus expérimentés que moi, qui jouaient des aventures dont je n’avais pas idée. Je ne me souviens plus non plus de ce que j’ai alors acheté. Ce devait être le guide du joueur d’AD&D2, celui illustré par Jeff Easley et dont je rêvais depuis déjà quelques mois. Cette visite en boutique était un adoubement, j’allais être armé chevalier. Et quelle autres armes fourbir que les dés. J’achetai une poignée de tout, des translucides, évidemment, avec un plaisir semblable à celui des billes à peine abandonnées. Une poignée de plastique hypnotique pour compléter mes maigres ressources : quelques D6, une paire de D20 issus des boites de l’œil Noir et un D4 en piteux état volé discrètement à mon voisin et alors seul compagnon en Jidérie. J’avais trouvé une belle pochette, une sorte d’écrin pour les ranger, une trousse destinée à accueillir la façade de l’auto-radio parental, et je l’avais fourrée dans mon cartable pour trimballer ces dés dont j’étais si fier partout avec moi.

Vanité. Je dois dire que la source de mon bonheur laissait mes petits camarades de marbre et à l’engouement pour les billes a suivi celui pour les filles et la cigarette, à laquelle je cédai aussi, quand même dépité d’avoir fait fausse route, du moins à leurs yeux; du moins sur ce point.

Et pourtant, cette trousse, c’est toujours celle que j’emmène avec moi, que j’oublie dans ma sacoche quand je vais au travail et ces dés, ce sont ceux que je triture dans mes moments de désœuvrement. Le d4 volé est toujours là, l’une de ses pointes s’est émoussée et sa couleur marron qui faisait mon délice me répugne un peu désormais. L’accompagnent désormais un D10 volé lors de ma première convention – un vol par inadvertance – un D10 bleu translucide, souvenir d’une très belle partie d’Agône porte d’Auteuil, au Monde du Jeu, sur le stand Multisim – Je crois qu’il appartient à Muriel Algayres, qui nous a maîtrisé le scénario, si jamais quelqu’un la croise, dites-lui que c’est moi qui l’ai. Et puis quelques autres, ramassés ou échangés au gré des parties et qui me rappellent pour certains quelques excellents moments passés en excellente compagnie. Des joueurs qui ont cessé de jouer, d’autres qui ont pris la tangente, des D10 à jamais marqués de la Quintessence de nos parties de Mage, l’ascension, d’autres, vert et or qui rendirent joyeux certains duels épiques à Rokugan, et même ces enfoirés de D20 qui ne firent que des échecs critiques lors d’une funeste tentative de jouer à Stargate.

D’autres encore, les D8, les D12, ont longtemps trainé dans le fond de la trousse d’où l’on ne les sortait jamais. Je me demandai, en les triturant songeusement comment libérer ces mal aimés de leur condition. Quel système me les ferait utiliser. Et la rédemption arriva pour certains. Et elle eut pour nom Inflorenza, qui réhabilita leD12 comme jamais, à tel point que le Dodécaedre est désormais  (et à plus d’un titre !) le solide dont j’use le plus.

Longtemps, eux et moi avons été fâchés. Ils étaient trop mauvais, ils n’obéissaient pas assez à la volonté de leur propriétaires, instruments inconscients, inéluctables de la frustration. A tel point que je cherchai comment m’en débarrasser… sans succès. Quand ils n’étaient plus là, il semblait manquer quelque chose. Ironie du sort, la frustration avec et sans l’objet de la souffrance.

Mais l’inconstance fait loi, dans le jeu plus qu’ailleurs et alors même que je recommençai à les apprivoiser, ils finirent par perdre de leur pouvoir : je n’avais pas besoin qu’ils me soient favorables pour qu’ils m’apportent du plaisir : une mécanique bien faite et des compagnons de jeu rendaient les dés toujours propices, quel qu’en soit le résultat. Les dés rendus fertiles. Morale de Boy Scout ? Pourtant, et après plus de vingt-cinq ans de pratique, cette révélation m’apparait toujours comme fondamentale.

Depuis, eux et moi avons pacifié nos rapports. Certaines personnes ramassent un caillou lorsqu’ils vivent un événement important, quelque chose qui les marque ; une manière de préserver le souvenir sous forme matérialisée. C’est exactement ça qu’ils sont devenus, des souvenirs cristallisés sous forme plastique, usés parfois, l’écriture effacée, mais ce n’est pas grave. C’est que pour les lire, je n’ai plus besoin de les regarder. Il suffit de les presser entre le pouce et l’index pour que remonte à ma mémoire des visages, des figures, et un sourire à mes lèvres.

Et en jeu ? Est-ce que, comparé à ça, cela a encore une importance ?

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