Les compromissions de Ciro Passeri -Aventures dans le Consulat 8

Retour dans le Dedecaedre, le monde inventé par Nicolas « Snorri » Dessaux, et une fois de plus dans le Consulat, version fantastique et fantasmée d’une Italie de la Renaissance propice aux intrigues et aux combats flamboyants. Et l’on retrouve une fois de plus les bretteurs de la Spada Rossa [Le lecteur nouveau trouvera le dramatis personae et quelques explications en suivant ce lien], engagés dans la poursuite des assassins de leur ami Livio Scorta [Le début de l’histoire est par ici]. Après les avoir identifiés et avoir rendu un service à la famille Baldo, les voici devant plusieurs dilemmes. La partie est aussi l’occasion de découvrir encore un peu plus profondément les mécaniques qui régissent la vie politique de Bracce, et les jeux d’influence entre les grandes familles. Aussi brusquement qu’il avait disparu, Ciro Passeri, un membre de leur équipe réapparait avec une histoire qu’il semble avoir du mal à avouer. Joie des coïncidences, quand l’absence et le retour d’un joueur influent gravement sur le scénario.

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Dans la salle de l’Astragale, bellâtres et jeunes prodiges rivalisent pour essayer d’impressionner Sanella Baldo

D’une petite victoire qui perd de son importance

 Lucio, triomphant, passe le seuil de l’auberge du Sanglier borgne… personne ne fait attention à lui. Tous sont épuisés qui ont passé la nuit à errer dans les rues à la recherche d’indices. Le regard de Vittoria est perdu dans son écuelle et soudain, Lucio se rappelle de la tragédie, que ses péripéties avaient momentanément occultée.

– La forme Camarades ? Lucio s’attable
– Où étais-tu cette nuit ? lâche froidement Estiladra dont le visage est toujours sérieusement amoché.
– Mais j’ai repris l’enquête là où nous l’avons laissée, au nid des Muses !

Lucio raconte ses mésaventures, la voix de plus en plus tremblante alors que l’humeur maussade de ses camarades l’envahit à nouveau. Estiladra finit tout de même à reconnaitre que Lucio leur a enlevé une épine du pied.

La porte de la taverne s’ouvre à la volée et la silhouette de Sanella Baldo se découpe contre la lumière du petit matin. Un sourire carnassier habille son visage. D’un pas preste, elle s’avance, lance une bourrade à Zigarelli qui en recrache sa bière, et s’installe à la table. Elle exprime rapidement sa satisfaction devant les résultats obtenus par la Spada Rossa. Tout en parlant, elle jauge Vittoria du regard, se souvenant de leur dernière rencontre. Elle finit par poser un ebourse bien remplie sur la table. Zigarelli la fait disparaitre.

– La Famille Baldo paye ses dettes et…
– … et la Spada Rossa est reconnaissante, complète Zigarelli
– Il s’avère que j’ai peut-être autre chose qui pourrait vous aider…
– Vous savez, entame Estiladra, que nous sommes en deuil ?
– Je le sais…
et elle continue de jauger Vittoria du regard

– Effectivement, si vous avez des informations à nous…
– … les informations en ma possession, je crois que vous les avez déjà : Il s’agit d’un complot, la famille Lauro y est mêlée, mais ils n’avaient certainement pas prévu de faire exploser un bâtiment en centre-ville. Néanmoins, vous comprendrez que la famille Baldo a intérêt à ce que le complot des Lauro échoue. Et, malgré le fait que nous ayons voté contre au conseil, c’est tout de même l’un de ses représentants qui se voit chargé de l’enquête.
– Le Capitaine Cortesi…
– Oui, mais ce n’est pas pour lui que je suis venu.

D’un secret bien gardé de la famille Baldo

Elle prend un air mystérieux
– Il se trouve que chacune des grandes familles de Bracce a ses petites ressources personnelles, qu’elle prend soin de ne pas ébruiter. On ne conserve pas son prestige pendant des siècles sans quelques accommodements, et quelques ressources cachées. Vittoria, j’aurais quelque chose à vous proposer.
Vittoria se relève
– quelque chose à me proposer à moi ?
– A vous et à votre famille oui. Il se trouve que lors de la guerre, un ancêtre à moi a mis la main sur l’une de ces personnes qui servaient ce seigneur démon qui a sévi sur ces terres. Une personne dotée de pouvoirs conséquents et qui, dit-on, serait à me^me de ramener à la vie quelqu’un qui serait trépassé.
Zigarelli laisse échapper un sifflement.
– Comment ça, ramener à la vie ? lâche Estiladra, avec en tête les nuées de morts vivants que la compagnie Bocanegra, dont il avait fait partie, avaient combattu lors de la libération de Brasse.
– Je ne parle pas d’une de ces mascarades de vies mort-vivantes.
– J’en ai combattu moi, dans les tranchées
– Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit d’autre chose, d’une magie blanche qui a été détournée de son origine pure. Pas d’une magie noire.
– J’ai du mal à y croire…
– Vous avez du mal à y croire car nous avons fait tout ce qu’il fallait pour que vous ne sachiez pas que ce type de pouvoir puisse exister. Il n’en est pas moins réel et… je vous fais là une confidence qu’il ne faudra pas ébruiter. Néanmoins, ce n’est qu’une proposition. Vitoria… si vous me le demandez…
– Vous vous moquez de moi à cause de l’altercation d’hier ?
– Je n’ai pas l’habitude de me moquer des gens autrement qu’avant de les pourfendre. Et vous voyez, mon épée n’a pas quitté son fourreau.
– Vous avez déjà tué quelqu’un ?
– J’ai déjà tué plusieurs personnes oui.
– Et avant de le faire, vous saviez que vous pouviez le faire ? Comment on sait si on va pouvoir le faire ? Comment on sait si au dernier moment on ne va pas reculer et… votre frère ne sera pas vengé… Comment vous savez ça ?
– Où veux-tu en venir ? demande Estiladra
– Je ne peux pas répondre à ces questions à ta place. Ce ne sont pas des questions qui trouvent une réponse générale. C’est à toi qu’il faut poser la question, et il faut que tu trouves la réponse dans ton âme. Dans ton âme et dans ta main.
Vittoria baisse les yeux.
– Moi la question que je me pose, poursuit Estiladra, c’est en échange de quoi… vous comptez ramener son frère à la vie.
– Je n’ai pas parlé d’échange. Je parle… eut égards aux services rendus… et à mes paroles malheureuses… je propose juste cela. Et il n’y a pas d’échange
– Ah oui… susurre Estiladra, toujours suspicieux
– Ramener un frère arraché à la vie trop tôt… c’est une sacrée promesse, renchérit Zigarelli.

Sanella commence à s’agacer de ces salamalecs. Elle se voyait porteuse d’une joyeuse nouvelle qui aurait apporté des sourires, et elle se heurte à l’indécision et la suspicion de la Spada Rossa…
– Bon, je n’ai pas de temps à perdre. J’ai fait ma proposition, vous savez où me trouver si vous voulez que cela advienne. Mais ne tardez pas trop : plus le temps passe, et plus les rituels sont difficiles.

Alors que Sanella s’en va, Ciro passe la porte de l’auberge.

De ce qui advint de Ciro Passeri alors que tout le monde le pensait à nouveau disparu.

– Tiens, tu es sorti de prison ? Lance Estiladra au retardataire, coutumier du fait.
– Ouais… on peut dire ça… j’ai appris ce qui s’était passé… je suis vriment désolé. C’est tragique… C’est terrible.
– Et toi, ça va ?
– Ouais…
Ciro tombe dans ses pensées…

[Note: Le joueur de Ciro était absent lors de la session précédente. C’était déjà arrivé auparavant, et plutôt que de faire jouer une fantôme, alors même que les persos se doivent d’être très typés, j’avais juste dit aux joueurs qu’il avait disparu. Lorsque j’ai préparé la partie, j’avais une vague idée de ce qu’il avait pu faire. Je pensais lui proposer d’accepter à l’avance une version toute faite, mais nous n’avons pas pu en parler. Ce qui suit est une grosse impro venue sur le moment, où je remobilise des éléments en suspens et des trucs que le joueur avait noté sur la feuille de Ciro, et notamment les liens qui le lient à la famille Lauro. Ce qui est chouette, c’est que ça renoue plein de fils de l’intrigue qui pendouillaient de manière plutôt convaincante!]

Vingt-quatre heures plus tôt, alors que la place de la Chocolaterie est emplie de fumée, de plâtras et que la foule hurle et se rue à l’intérieur du bâtiment, un épais nuage noir vient se perdre dans le ciel bleu de Bracce. Ciro, au bout de la ruelle jouxtant la chocolaterie, voit de loin Vittoria s’agenouiller auprès d’un corps, tombé du ciel. Se tournant brusquement, comme alerté, il jette un regard aux deux sœurs Lauro qui, non loin de lui, contemplent la scène avec un sourire gourmand. Leurs regards se croisent et les jeunes filles, toujours accompagnées de leur protecteur, quittent le théâtre de la tragédie. Sans hésitation, Ciro leur emboite le pas discrètement.

Ciro connait bien la famille Lauro. Lorsque quelques années plus tôt, il était arrivé de l’Ile de Bruigh (où l’attend toujours sa famille), la famille l’avait pris sous son aile, lui confiant travail et considération. Juan di Lauro [un PNJ officiel, vieil hédoniste pratiquant le culte d’Aphrodite], notamment, un vieil homme sans enfants, avait éprouvé pour le jeune homme une grande compassion, allant jusqu’à lui offrir une épée, et à payer ses cours à la Spada Rossa.

C’est vers lui que se dirige Ciro, le vieil homme saura certainement fournir des explications à ce qui vient de se passer. On fait attendre longtemps Ciro dans un salon couvert de peintures de famille. Il se remémore ce qu’il sait de la famille. Autant les Sangio et les Baldo sont des familles étendues, avec nombre de cousins, parfois très éloignés vivant tous dans le même palais, autant la famille Lauro est restreinte. A peine quelques membres peuplent un palais devenu trop grand : un oncle sans enfants et la famille principale, les enfants de son frère. Les deux jumelles posent sur l’un des tableaux, diaphanes, leurs têtes très fines tournées l’une vers l’autre, une longue robe blanche habillant leur corps longiligne.

A la fin de la journée, excédé, Ciro fait mine de se lever. C’est à ce moment que le vieux Juan apparait, l’air fatigué dans son costume noir à fraise. Il prend la main de ciro et l’amène à sa suite dans sa pièce préférée. De nombreuses épées au mur, un bureau modeste. Cori s’agenouille, tire son épée et la tend au Vieillard.

– Monseigneur, appuie-t-il, je vous suis redevable de beaucoup, mais je ne comprends pas ce qui s’est passé, et je crois que je ne suis pas digne de cette épée. Je… il y a eu un attentat terrible en centre-ville et je crois que votre famille est liée… je dois… je dois comprendre… mes amis…

Le vieil homme prend l’épée en main, pose la lame sur sa manche pour ne pas toucher l’acier nu, et effectue quelques passes avec.
– Elle est toute simple cette épée, mais il y a tout un tas de détails qui échappent au regard à première vue. Regardez, vous avez-vu ça ?

Et écartant la cordelette entourant la poignée, il révèle une minuscule scène de bataille gravée dans le métal invisible : un guerrier affronte un monstre volant.
– Cette épée appartenait à un grand guerrier. Elle est vieille mais a été conservée en bon état. On dit que le cœur de la dernière Wyvern des monts surplombant Bracce a été terrassée par sa lame.
Il rend l’épée à Ciro.
– Un cadeau est un cadeau, quels que soient tes choix. Et elle te va bien cette épée.
– Bon, cessons là les cérémonies. Tu as toujours été quelqu’un de fiable et… je ne regrette personnellement pas l’argent ni la protection que nous t’avons fourni
– J’ai toujours eu le plus grand et profond respect pour votre famille. Mais je ne comprends pas ce geste.
– Allons, tu crois vraiment que la famille aurait fait un attentat en plein Bracce ? Mais selon toi, à quoi servirait ce geste ?
– Je ne sais pas, je ne suis pas dans les secrets.
– Mais tu as une tête pour penser ? Quel bénéfice les Lauro retireraient-ils de faire exploser une maison en plein centre de Bracce.
– Je ne sais pas, je ne sais pas, mais un homme est mort, et un homme important. Peut-être est-ce cela qu’il ne faut pas perdre de vue.
– J’ai entendu cela malheureusement. Mais la situation est délicate et beaucoup de choses vont se passer dans les jours qui viennent. Plusieurs familles qui voient leur intérêt politique vont profiter de l’incident pour essayer de nous chasser du conseil. Et pour que nous puissions prouver notre innocence, il va nous falloir du temps. Et pour trouver le temps, il nous faut des coupables, rapidement… pas les vrais coupables certes, mais cela nous laissera le temps d’investiguer et de découvrir qui sont nos ennemis et ont provoqué ce carnage. C’est peut-être un accident… même si je n’y crois pas beaucoup…. Tu es mené de près ou de loin à ces compagnons de la roche ?

Les questions du vieillard se font plus pressantes et Ciro ne les esquive pas.
– Saurais-tu me dire qui est derrière cette mission que l’on a donnée aux Compagnons de la roche ? Plus vite je le saurai, et plus vite nous pourrons les disculper. Tu penses qu’eux-même n’auraient pas pu prendre part à une opération de sabotage et faire exposer cette poudre ?
– Je ne sais pas… ça semble farfelu…
– On paye les compagnies pour faire le sale travail. Certaines ne sont pas très regardantes. Tu ne penses pas qu’il pourrait y avoir l’un des compagnons qui aurait pu jouer double jeu ? Sans que ses camarades soient au courant ? Il y a bien cet étranger, dont le nom m’arrache la gorge et qui les dirige. Il n’est pas du Consulat… même s’il y est né…
– Elgio ? Elgio Gülad ?
– Ce doit être cela. Qu’en penses-tu, toi qu’il l’a rencontré ?
Mais la moue du vieillard ne laisse aucun doute sur ses préjugés.
– Je l’ai trop peu rencontré pour pouvoir en juger. Je ne saurais dire
– Rien que tu ne puisses m’apprendre et qui ferait avancer nos affaires ?

Pressions, aveux et prison dorée

Le jeune Ciro est largement dépassé par le vieillard, très persuasif et plus habitué aux subtilités de la politique. Juan fait tinter négligemment une bourse à son côté.
– Tu sais que je ne te poserais pas ces questions si ce n’était dans l’intérêt de la famille Lauro et celui de Bracce. Et même si certains nobles hiérarchiseraient famille et ville dans l’autre sens, c’est néanmoins la vérité que je te dis.
– Oui, maintenant que vous le dites… Il a peut-être eu des comportements un peu bizarres, un peu déviants, Elgio.
– Ça ne m’étonne pas, ça ne m’étonne pas !… Tu as assisté à la scène ?
– Oui
– Mes deux nièces m’ont dit t’avoir croisé.
– Oui, on essayait d’empêcher que quelque chose se passe, mais on ne pensait pas à un attentat.
– Tu vas me rendre un service ciro : Je t’ai expliqué clairement mes motivations et la position de la famille. Désormais il nous faut des preuves pour étayer ce que nous disons, pour pouvoir convaincre le Sénat que c’est à notre famille qu’il faut remettre l’enquête. Tu vas mettre ce que tu as vu par écrit, tu vas faire part de tes soupçons quant à Elgio Gülad, et nous produirons ta lettre devant le Sénat.

Il avance vers son bureau. Sa vieille main ridée fait glisser sur le plateau une feuille de papier, une plume et un encrier. Ciro raconte tout ce que le vieux Juan lui a dit d’écrire. Le vieil homme lui indique deux ou trois rectifications.

Alors qu’il ne reste que la signature de Ciro à apposer sur le papier, on frappe à la porte. Les deux jumelles rentrent l’une à la suite de l’autre, un sourire mystérieux, vaguement cruel toujours peint sur leur visage alors qu’elles toisent Ciro, pas du tout à son aise. Elles portent toujours les robes de l’après-midi, maculées de suie. Les taches sont au même endroit sur les deux robes. Les jumelles tiennent conciliabule avec leur oncle, presque sans bouger les lèvres, puis ressortent aussi vite qu’elles étaient venues. En sueur, Ciro contemple le papier. La plume tremble dans sa main.
– Alors garçon, où en es-tu ?
Juan se penche au-dessus de son épaule, comme un maître attentif.
– Je… est-ce une bonne chose de mentir à la justice ? Un innocent va être condamné.
– Premièrement, je ne t’ai pas demandé de mentir. Une présentation subjective des faits, ce n’est pas un mensonge : c’est un point de vue. Et crois-tu que le sénat ne comprendra pas la subjectivité de ton témoignage ? Il n’est pas suffisant pour faire condamner quelqu’un. Sur la base d’un témoignage, on a des présomptions. Après, il faut des preuves, et c’est pendant l’enquête pour rechercher ses preuves que nous confondrons le réel coupable. S’ils ne savent pas qu’on les cherche, les vrais coupables se relâcheront. Quant à l’autre, il ira pourrir quelques jours en geôle et il sera relâché. Il me semble que ces spadassins ne souffriront pas trop d’une semaine à la diète qui leur fera oublier leurs excès alcoolisés. Tu as ma parole que ça n’ira pas plus loin.

Ciro signe la lettre d’aveux.

La journée ne se passe pas trop mal pour Ciro, mais on insiste pour le conserver à domicile les prochaines vingt-quatre heures. Il bénéficie d’une leçon avec le maître d’armes de la famille, de deux excellents repas, et de la conversation de Juan qui l’entretient de sa famille sur l’ile de Bruigh, à qui il vient de faire partir une lettre de change à la somme avantageuse. Le lendemain, à cinq heures du matin, un serviteur tire Ciro du lit et on le colle à la rue…

De retour à l’auberge du Sanglier Borgne

– Alors mon vieux Ciro, tu es bien livide, demande Lucio Zigarelli
– Ah oui… ah oui *soupirs* C’est une bien triste chose qui est arrivée. Nous devrions enquêter pour trouver le coupable
– Mais tu ne nous as pas dit ce qui t’était arrivé ? Ils t’ont mis sous clé ?
– En quelque sorte… Ciro est nerveux… c’était une prison dorée… je nous ai surtout fait gagner du temps
– Je… je comprends pas, une prison dorée, lance Vittoria ?
– T’étais pas à la prison centrale ? renchérit Estiladra ?
– … ouais la vraie prison, termine Vittoria.
– Non, non, j’étais euh… j’étais là-bas, dans la famille qui m’a toujours aidé… chez les Lauro. Et on parlait avec eux comme ça, ils m’ont proposé de rester, et de témoigner dans l’enquête, mais tout ça, c’est juste pour gagner du temps le temps qu’on trouve les coupables et que…
– Mais on les a trouvés les coupables ! Pendant que tu étais dans ta prison dorée on les a trouvés : c’est la famille Lauro. Vittoria est énervée
– Avec l’Astragale, n’oublions pas l’Astragale, complète Estiladra
– Je peux t’assurer qu’il y a de fortes chances que ça ne soit pas eux. Est-ce que vous avez des preuves ?

L’atmosphère se tend, la belle cohésion de la Spada Rossa semble loin.
– On n’a pas besoin de preuve, siffle Vittoria, on parle de provocation en duel
– On parle donc de vengeance et de mise à mort, pas de justice. La vengeance, tu n’en auras qu’une. Il faut le faire sur le vrai coupable… Dois-je te rappeler que ton sang a coulé ?
– … si tu répètes ça encore une fois… !
– Toutefois, Ciro n’a pas totalement tort, tempère Estiladra. Il faut faire des vérifications
– Une enquête approfondie s’impose, complète Ciro. Et la vengeance est un plat qui se mange froid. Sous le coup de la colère, à provoquer n’importe quel émissaire, ton frère n’en sera pas plus vengé.

Zigarelli, lui, a gardé le silence et récapitule ce qu’il sait de la famille Lauro. Certes, ils ont tenu leur place pendant les guerres, sans doute de manière plus discrète, mais la famille a toujours été moins nombreuse. Il se dit surtout que le prince Démon a maudit l’ancêtre pour que sa lignée dégénère. Et songeant aux terribles jumelles, Lucio ne peut s’empêcher de penser que cette malédiction n’était pas que mots en l’air… Ils en gardent la réputation d’être marqués par le sort, mais leur pouvoir politique et économique est toujours vivace.

Ciro ne fait pas le fier. S’il soutient ce qu’il a fait, il n’en mène tout de même pas large devant la suspicion de ses camarades. Heureusement Zigarelli fait cesser les discussions. Un grand silence envahit la table.

Finalement, Andrea soulève l’idée d’aller à l’Astragale enquêter sur les personnes que Lina et Elgio leur ont indiqués, Florian Anconetti en premier lieu. Décision est prise d’aller enquêter du côté de l’hôtel de l’Astragale. Mais une pensée murit en Lucio Zigarelli quant à l’offre de Sanella Baldo. Il voudrait convaincre Vittoria d’accepter que son frère revienne à la vie, mais la jeune fille ne veut pas l’entendre de cette oreille, toute à ses idées de vengeance, et bien vite, il abandonne l’idée de lui en parler. Un remord nouveau et étonnant nait en son for intérieur.

[Il faut rappeler que les meurtres sont sévèrement châtiés au Consulat si le coupable n’a pas une excellente explication. La mort n’est pas anodine sur ces terres, et bien malheureux celui qui n’a pas pris la mesure de ses actes avant de les commettre.]

D’une entourloupe qui finit bien

L’Astragale est la plus grande compagnie commerciale de cette face du Dodécaèdre. Elle importe au Consulat des marchandises de l’Empire, de la Gallicorne et de certains espaces encore mal connus se situant sur d’autres faces. Commandée par la Chevalière elfe Isil Oromë, elle s’est aussi fait une spécialité de commercialiser poudre noire et armes à feu. A Bracce, où le commerce des armes est sévèrement règlementé – La famille Sangio, qui a ses propres approvisionnements voyant d’un mauvais œil ce commerce concurrentiel -, cette activité reste marginale et la compagnie se rattrape sur les marchandises de luxe, tapisseries, objets manufacturés et matières premières en provenance du nord. Elle occupe un grand bâtiment pourvu de deux ailes et donnant sur une grande cour intérieure où l’on charge et décharge à tour de bras les marchandises. La demeure est bien gardée.

A Bracce au petit matin, la vie semble enfin reprendre. Les quartiers pauvres voient les boutiques s’installer à nouveau dans les grandes artères. Les quartiers riches sont certes encore soumis aux rondes des soldats des grandes familles et des compagnies privées, mais le soleil s’est fait un peu plus joyeux et l’ordre règne : deux jours plus tard, nul ne semble plus se soucier de la mort de Livio Scorta.

Lucio Zigarelli et Andrea Estiladra s’engagent en direction de la cour. Lucio a l’air vraiment maussade désormais, déconcerté, agacé par toutes les petites attentions que les quatre peuvent lui prodiguer.

Estiladra prend Lucio par le cou. L’autre lui répond
– Je suis fourbu Andréa. Hier je démasquais un escroc… un prodige à la fois
– Tu sais mon ami, tu auras tout le temps de te reposer quand tu seras mort, glisse l’ancien soldat avec un sourire. Allons acheter… je ne sais pas quoi à ces marchands !
Zigarelli regarde Vittoria à la dérobée qui essaie, bien maladroitement de lui faire croise que tout va bien se passer.

Alors que les deux grandes gueules franchissent le porche, Ciro et Vittoria font le tour du bâtiment, cherchant d’autres moyens d’entrer. Mais l’hôtel est bien gardé et protégé. Ils pourraient bien passer par les toits, mais l’écart entre les bâtiments est très large et particulièrement dangereux.

 Zigarelli s’énerve. Au milieu de la cour, il prend Estiladra par le col et lui demande quel est son plan. Estiladra se dégage délicatement.
– J’ai pas spécialement de plan. On entre et on regarde si Anconetti est là, et voilà.
– Elle veut le tuer. Et je ne veux pas que ça arrive. Elle veut le tuer ! Si je peux empêcher qu’elle le retrouve, je ferai tout pour que ça arrive, tu entends ?
Le sourire s’efface du visage d’Andréa. Sa voix se fait glaciale
– Alors tu n’as rien à faire avec nous, tu peux partir Lucio. Je crois que tu n’as pas compris en fait… que c’est sa décision à elle et que tu n’as rien à décider pour elle. Elle saura qui combattre et qui ressusciter. Nous, on lui amène juste cet homme. Tu comprends ? Est-ce que tu comprends Lucio, que tu n’es là que pour lui donner les choix ?
Zigarelli reste figé, et avec un temps de retard, il finit par se reprendre:
– Je te souhaite la bonne journée Estiladra… bonne chance. Et il sort précipitamment de la cour, laissant l’ancien soldat pantois.

Un marchand, qui a remarqué le manège des deux hommes s’approche, cordial, de spadassin esseulé. Il se présente, avec un accent à couper au couteau : « Marceau Genevoix, marchand de la Ville de Sombre » clame-t-il en tendant sa main pleine de bagues.

Les deux hommes échangent des politesses. Par vengeance, Estiladra décide de se faire passer pour Lucio et use de son nom lors des présentation. Le marchand, qui a remarqué la bourse épaisse qu’Andréa a à sa ceinture, lui fait visiter les entrepôts : un véritable trésor de matières précieuses, étoffes au kilomètre, tapisseries, tentures, mais aussi matières premières, or, argent et platine se côtoient sous l’œil de nombreux serviteurs et de gardes attentifs. Marceau conduit Andrea dans son bureau. Ne tournant pas autour du pot, Andrea annonce son désir d’acquérir des armes à feu, se recommandant de l’un des suspects de l’attentat. Marceau le jauge du regard et de la parole

[Je demande un jet au joueur d’Andréa, voir s’il n’éveille pas la suspicion. Je lui donne un malus… et Estiladra n’a presque trait pour l’aider. Il lance donc sans malus et obtient un magnifique « Oui et… »]

– A vrai dire, il ya deux malentendus : le premier – mais vous êtes au courant – c’est que le commerce de la poudre est règlementé dans la région. Vous êtes sans doute en possession d’une licence vous permettant d’user de la poudre ?
– Oui, bien sûr… quand ils nous payent pour faire leurs guerres…
– Je n’étais pas au courant du contexte de guerre du consulat, mais je ne suis pas vraiment la politique de la région, vous savez, je suis des Essarts… Mais l’autre problème, c’est que c’est Michka Séféris [un des noms qu’ils ont reçu d’Elgio Gülad, et qui correspondrait au Hobelin qu’ils ont gêné à la sortie de la chocolaterie] qui s’occupe de cette matière délicate… Et Monsieur Séféris n’est actuellement plus en ville depuis une journée et demie.
– Ah bon ? On m’avait pourtant dit…
– Non, lui et ses hommes sont partis, certes un peu précipitamment. Ils sont retournés à Ufficio, au siège de notre compagnie pour faire son rapport quant aux choses qu’il devait faire ici
– D’accord. on m’aurait mal informé. Il vaudrait donc mieux que j’aille directement à Ufficio ?
– Oui, les contrats de ce type se concluent généralement là-bas, comme ça nous ne transportons la poudre que lorsque tout est en règle. Il serait malvenu de stocker ici de la poudre noire, au-dessus de toutes ces richesses ! On a bien vu ce qui s’est passé…
– Vous savez, je viens juste d’arriver, je suis à peine au courant. Mais auriez-vous la possibilité de me faire une lettre d’introduction ?
– Bien sûr. Quelle est le nom de votre compagnie ?
– La Garde noire.
– Et votre nom ?
– Zigarelli, avec deux « l » et i à la fin.

Et le marchand se met en devoir de rédiger la lettre de recommandation… Andrea se met en devoir de sortir, et retrouver ses compagnons.

D’une autre entourloupe qui, elle, ne s’annonce pas très bien

Pendant ce temps, Vittoria a entrainé Ciro sur le toit d l’une des baraques. Malgré ses réticences, Pass obtempère. Le jeune homme n’aime pas le vide et aurait été plutôt partisan d’une entrée dissimulée dans un chariot de linge…

Alors qu’ils sont sur le toit, Pass accroché à une Cheminée, il remarque la silhouette de Zigarelli s’enfuir de la cour et redescendre la colline en direction des quartiers riches. Pass soupire. Il a peur et peu l’envie de se rompre le cou. Vittoria elle est lancée dans son mouvement. Le vent matinal leur souffle au visage. Les cris des hommes qui déchargent résonnent. Les tuiles sont glissantes. Vittoria se penche pour évaluer la distance. Et après quelques tergiversations, la jeune fille prend son élan et saute.

[Je lui fais faire un jet, non pas pour savoir si elle tombe ou pas, je n’en vois pas trop l’utilité (et je ne voudrais pas gérer un « non et », mais pour savoir si elle se fait repérer. Je lui donne un malus. Elle fait jouer plusieurs aspects, et finit par lancer trois dés et gardes le meilleur : la joueuse obtient un « Oui ». Je lui demande d’expliquer comment ça se passe.]

Se raccrochant du bout des doigts à l’extrémité du toit d’en face, Vittoria se rétablit comme un chat. En dessous, une charrette de linge qui semble narguer un Pass pas du tout rassuré. La charrette passe le coin de la rue et sort de leur vue. Une bourrasque vient cueillir le bonnet de Pass, alors que Lucio s’en va sous ses yeux.
– Tu sais quoi ? Si tu veux pas venir Pass, c’est pas grave. Retourne chez les Lauro !

Et Vittoria tourne les talons et court sur le toit jusqu’à une trappe lui permettant d’infiltrer le bâtiment. Pass récupère péniblement son bonnet, glissant sur le toit, manquant de tomber. Il décide finalement d’abandonner et redescend à la recherche de Zigarelli.

A l’intérieur de l’Astragale, Vittoria fouille le bâtiment à la recherche d’une chambre pour les marchands de passage. Mais le bâtiment ne semble comporter que des bureaux et des entrepôts. Sa main farfouille dans les coffres et s’arrête sur une breloque tombante au toucher attirant.

[Je redemande un jet de discrétion, sans malus. La joueuse n’a pas de trait. Elle lance un dé et obtient un « non et »]
Alors qu’elle se faufile pour échapper à un garde, la breloque qu’elle avait dans sa poche se prend dans une poignée et la retient. La breloque se disloque, perles et pièces d’or tombent au sol dans un grand fracas. Un serviteur interloqué semble hésiter, mais la mise de Vittoria et ses cernes de deux jours ne trompent pas. Il donne l’alarme. Dans tout le bâtiment, la garde se met en branle.

Pendant ce temps, Andrea serre la main à Marceau Genève, à s’échanger des vœux de bon voyage lorsque l’alarme retentit. De nombreux gardes entrent dans le bâtiment. Marceau reconduit doucement Andréa devant la porte avant de retourner gérer la situation. Faisant mine de sortir, le spadassin tente de se faufiler ni vu ni connu dans le bâtiment. Dans la cour, le mouvement s’est arrêté, tout le monde attend la fin de l’événement.

[Je demande un jet sans malus au joueur d’Andrea qui réussit sans peine]
Andréa s’engouffre dans l’entrepôt

A suivre…

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