La Nuit des bananes 1/2 – Des nouvelles d’Itras By 5

De retour à Itras By (pour la partie précédente, c’est par ici) pour une nouvelle séance endiablée où l’on voit une nouvelle et mystérieuse figure: Marek, le docker quantique rejoindre quelques têtes connues: le blueseman Jonas StJones, l’artiste peintre Amandine Beaulieu et la cracheuse de flammes Ida Jerricane. Une belle banque de saltimbanques donc, pour, cette fois-ci un événement heureux: l’accouchement d’Ida Jerricane… Mais ses enfants ne ressemblent pas vraiment à ce qu’elle attendait. Je vous laisse découvrir ces nouveaux rebondissements palpitants et tout aussi surréalistes que d’habitude.

itras-banana

Dramatis Personæ

Jonas StJones, (joué par Julien Pouard) joueur de blues malchanceux.
Qualités dramatiques : Poissard, Inspiré, Optimiste désabusé
Aimants à intrigue : La recette de la gnôle du Père Shade, Les prophéties du gorille, La malédiction de l’Ange de Church Hill
Personnages connus : Ida Jerricane (rencontrée chez le père Shade), La fille de joie (ma cousine), un inconnu qui lui a proposé de devenir le meilleur joueur du monde à une croisement de rue un soir. Ils ont fini par boire un pot à la part du diable.
Description : costard usé, une clope au bec, chapeau de feutre, un regard fatigué mais rieur.

Ida Jerricane, (jouée par Eugénie) cracheuse de feu dans un cabaret
Qualités dramatiques : se rêve en grande artiste
Aimants à intrigue : rend des services à tout le monde (logeur, voisine, Père Shade, Gorille)
Description physique : brunette, coupe à la garçonne et accroche-coeurs, tutu de danseuse et veste d’homme

Amandine Beaulieu, (jouée par Guylène) pseudo-artiste défoncée sans le sou,
Qualités dramatiques : débauchée, optimiste
Aimants à intrigue : Vie sexuelle libérée, dépendante à plusieurs substances
Personnage connus : des parents, qui l’ont reniés. Sa voisine, avec qui elle entretient une relation cordiale… Du moins jusqu’à la semaine dernière.
Description :  chatain-rousse aux yeux verts cheveux courts, maigre comme ceux qui n’ont pas assez mangé, pas très féminine. Un rire cristallin qui fait tout son charme malgré sa dégaine.

Marek Docker magouilleur quantique, n’a pas peur de se mouiller
Courte description : Un physique imposant et très tatoué au demeurant, mais qui change au fur et à mesure des voyages hors d’Itras.
Qualités dramatiques :N’a pas conscience de son côté quantique; Est cupide et violent; Est très superstitieux
Aimants à intrigues : Revend de la gnôle du Père Shade aux filles de la rue des Nymphes; A des vues sur le trafic de Jeff l’Usurier
Personnages connus :  Le Gorille Prophétique, Les filles de la rue des Nymphes, Le Père Shade

Quelque temps plus tard…

 

Amandine au mitard

Amandine est amenée en cellule par l’un des gardes gris qui l’a interrogée pendant plusieurs heures, en attendant son avocat. La pièce est petite ; à quatre, on n’a pas de place pour s’asseoir, ni pour réfléchir à ce qu’on a raconté à propos d’une contrefaçon de prophétie. À côté d’elle, un chauve se gratte l’énorme cicatrice qui lui barre le visage avec le crochet qui lui sert de main gauche.
« Grattez pas, si ça démange c’est signe que ça cicatrise…
– Nan, ça m’gratte à cause des fourmis ! Celles qu’ils m’ont mises pour me surveiller ! »

Amandine se rend compte que des fourmis jonchent en effet le sol, et qu’elle vient de casser la patte de l’une d’entre elles par inadvertance. La fourmi, en réponse, lui mord le doigt.
« Et pourquoi on vous a collé des fourmis ?
– J’suis un prisonnier politique. J’ai r’fusé de dire c’que j’savais, et ils ont pensé me faire parler comme ça, mais j’en ai connu d’autres !
– Attention, il y en a une qui rentre dans votre oreille.
– Merci, dit-il en l’attrapant de son auriculaire droit avant de l’avaler. On nous sert jamais rien à manger, ici.
– Ça fait longtemps que vous êtes là ?
– Je sais pas… On est encore en été ? Ça fait bien quelques semaines, alors, depuis notre dernier coup. Mais vous qui v’nez d’arriver, vous savez un peu c’qui s’passe dehors ? C’est vrai c’qu’on raconte sur les adorateurs de Nindra ? Qu’ils ont un nouveau membre, un type super effrayant ? Il paraît qu’il a qu’une seule main, comme moi…
– Il paraît, mais vous savez, j’ai juste entendu ce qu’on en dit dans la rue…
– Si vous écoutez les rumeurs, vous avez dû entendre parler de ce musicien maudit, alors ! Jonas McJonas… Il paraît qu’il a encore tué trois personnes en leur chantant des chansons la s’maine dernière !
– Nan, je le connais bien Jojo, c’est pas un meurtrier… »

L’une des prisonnières se retourne et Amandine s’aperçoit que c’est une grimasque, dont seule la moitié du visage est figé dans un rictus atroce.
« Tu connais Jonas ? Comment y va ? Il a toujours sa belle gueule d’ange ?
– Vous le connaissez ?
– Un peu que je le connais… Quand on était petit, on faisait les quatre cent coups ensemble… Ça fait longtemps que je l’ai pas vu, mais un soir j’ai réussi à me faufiler pour assister à un de ses spectacles ; il était beau dans la lumière, avec son regard qui en disait long… On sent que c’est quelqu’un qu’a vu le monde… Y m’a fait rêver avec ses chansons… »

La porte de la cellule s’ouvre ; un garde gris vient chercher Amandine. Son avocat est arrivé, avec sa feta règlementaire pour prendre des notes.
« De la feta au basilic ? Parce que c’est ça qu’il faut pour les artistes, vous savez. J’ai ma carte d’affiliation à la guilde…
– Oui oui, tu nous l’as déjà racontée ton histoire… On est en train de vérifier. Quand Jeff l’Usurier voudra bien témoigner en ta faveur, on parlera. Pour l’instant, on n’a pas de traces de tes œuvres, donc tu la ramènes pas. Allez, c’est ici ! Vous avez dix minutes. »

Le garde pousse Amandine dans une petite pièce nue, à l’exception d’une table et deux chaises métalliques.
« Alors, ma petite Amandine… On ne s’est pas très bien comportée ces derniers temps ? Heureusement que le maître d’école est là pour te servir d’avocat… »

Jonas au crachoir

À la ligue de vertu, Miss Wellington fait monter Jonas sur scène. « Allez mon p’tit, dis-nous ce que tu as sur le cœur !
– Eh bien mesdames, il faut que ça cesse. Ça fait des années que j’ai pas été sobre plus de deux jours de suite ; mais avec votre aide, j’espère m’en sortir. Comprenez, j’ai grandi dans un quartier difficile : vous le savez peut-être pas, mais… Oh, et puis j’en ai pas honte ! Mes parents sont des grimasques. Je ne suis pas atteint moi-même, un signe d’Itras, je suppose. Mais mesdames, il faut m’aider. Je sais pas comment je vais m’en sortir dans les rues froides de cette ville sans rien à boire pour me réchauffer un peu le cœur. Autour de nous, tout est gris, et il me faut un peu de couleur…
– T’inquiète pas, mon p’tit, on va pas te laisser tomber, répond miss Wellington en lui pinçant la joue d’un air ambigu. La ligue de maman Wellington est là pour toi. Voilà ce que je te propose : on va t’attribuer un sponsor. Une de ces dames sera chargée de vérifier que tu bois plus, que tu te comportes bien, et surtout que tu aides les vieilles dames à traverser la rue. Qui est volontaire ? »

Plusieurs mains se lèvent, certaines hésitantes, d’autres gourmandes. Dans le fond de la salle, Jonas reconnaît une main moins ridée, moins poilue, celle de Géraldine. Miss Wellington sort ses petites jumelles pour scruter la foule.
« Bon mon Jonas, tu choisis qui ?
– Ça marchera mieux avec quelqu’un qui me connaît déjà. Madame Géraldine ? Si vous voulez bien m’aider, je vous en serais très reconnaissant.
– Oh, vraiment, tout l’honneur est pour moi…
– Eh bin voilà, c’est parfait ! Les jeunes pigeons vont roucouler ensemble… Tu verras mon p’tit, Géraldine aussi est passée par des temps difficiles, on peut pas rêver mieux comme sponsor. Et crois-moi, elle a l’air gentille comme ça, mais faut pas la faire chier. »

Marek au parloir

Une petite vieille vient chercher Miss Wellington pour une livraison. Elle se dirige dans l’arrière-salle à petits pas, et ouvre à un grand marin, costaud et tatoué, qui porte une grosse caisse lourde sous son bras
.« Ah, mon beau marin ! Tu m’apportes encore un p’tit cadeau ?
– Oui.
– Mais dis-moi, t’as pas un peu changé depuis la dernière fois ?
– La vie au port est compliquée, répond Marek dans son lourd accent.
– Sans doute… Tiens, pose-moi ça là. Bon, c’est comme d’habitude ? »

Miss Wellington sort cinq photographies de son portefeuille, qui représentent différents habitants de la cité d’Itras.
« Ça fait un moment que tu viens, toi, non ?
– C’est vrai.
– Ah, ce que j’aime bien avec toi, c’est que tu parles pas beaucoup.
– Vous par contre, c’est pas pareil.
– Ah, sacré toi ! »

Miss Wellington lui passe la main sur le torse.
« T’as toujours eu les mots pour me faire rêver, mon loup… Allez, file avant de me rendre complètement folle…
– Vous êtes déjà folle. »

Une fois Marek parti, Miss Wellington attrape une barre à mine dans un coin et ouvre la caisse. Elle en sort quelques auréoles pour les examiner à la lumière de l’ampoule.
« Encore du bon matos ! C’est l’autre qui va être content… »

Elle replace délicatement les auréoles dans la paille et retourne à sa réunion. Pendant son absence, Géraldine et Jonas se sont isolés dans une pièce plus tranquille pour discuter.
« Alors monsieur StJones, dites-moi tout. C’est grave, ce problème ?
– C’est pas tant que j’ai un problème avec l’alcool ; au contraire, on s’entend plutôt pas mal… C’est mon corps qui supporte plus. L’autre jour, je me suis mis à trembler…
– Vous savez, monsieur StJones, vous avez déjà fait le plus important : admettre que vous aviez un problème. Parfois on a l’impression que ce sont les autres qui ont un problème, et en fait c’est nous… C’est ce que me dit tout le temps ma sœur : “Géraldine, t’es trop gentille, tout le monde te marche dessus !”. Pendant longtemps j’ai cru que c’étaient les autres qui n’étaient pas assez gentils, mais récemment j’ai vu des choses, et maintenant, je pense qu’elle avait raison… Mais pardon, je parle de moi, mais on n’est pas là pour ça. Désolée, j’ai tellement de problèmes avec ma sœur en ce moment, je… Bon, monsieur StJones, qu’est-ce qui vous rend heureux dans la vie ? La musique ? Très bien, on va se concentrer là-dessus ! Elles parlent de quoi, vos chansons ?
– Elles parlent de la vie, quoi…. De ce qui arrive aux gens, la vie d’Itras By, quoi…
– Ah oui, il se passe tellement de choses magnifiques dans cette ville… Vous devez en avoir des choses à raconter… Tenez, ce soir pour la nuit de Murlon, on va encore avoir des feux d’artifice magnifiques…
– Qui vont foutre le feu à trois-quatre maisons, ouais. On y pense aux gens qui habitent ces maisons ? C’est facile, quand on est privilégié, et qu’on a le monde qui s’ouvre devant nous ; mais quand on a rien et qu’on doit se battre pour avoir un minimum de décence, quand les feux d’artifice brûlent votre maison, vous avez pas le temps de prendre votre comté et vous barrer !
– Monsieur StJones, je vois un peu mieux le problème. Je sais ce qu’il vous faut. Du thé. »

Ida, un polichinelle dans le tiroir

Ida est en train de frapper à la porte de la femme magnifique lorsqu’elle entend le téléphone sonner à l’intérieur. Cela fait plusieurs semaines qu’Ida n’a pas vu sa voisine, et un petit écriteau où il est écrit « À louer » vient de faire son apparition, ce qui n’est pas rassurant. Ida court jusqu’au bureau du logeur au rez-de-chaussée, glisse sur le comptoir pour récupérer la bonne clef parmi un énorme trousseau, puis remonte quatre à quatre pour ouvrir la porte et répondre au téléphone alors que la dernière sonnerie résonne. Dans l’écouteur, un brouhaha de machines à écrire et de téléphones se fait entendre.
« Madame Jerricane ?
– Oui bonjour, Ida à votre service ?
– J’aurais quelques questions à vous poser, s’il vous plaît. Première question : en moyenne, combien de kilos de fromage mangez-vous par mois ? Prenez votre temps.
– Répartis sur une année, je dirais douze.
– Deuxième question : à combien de mois de grossesse en êtes-vous ? »

Ida laisse tomber le téléphone et se rue dans sa propre salle de bains pour aller vomir. Le téléphone de son appartement sonne : elle se relève d’un pas incertain, essuie l’acide qui lui coule des lèvres, et décroche d’une voix blanche.

« Excusez-moi, madame Jerricane, je crois que nous avons coupés, la connexion n’est pas bonne en ce moment… Je répète ma deuxième question : à combien de mois de grossesse en êtes-vous ?
– Y… y aurait-il… la possibilité que… ce soit une erreur ?
– Selon nos informations, qui sont toujours exactes, j’ai bien peur que non… Nous avons ici un témoignage formel d’un certain Alfred… »

Ida éclate en sanglots.
« Mettez trois mois…
– Vous pourriez être un peu plus précise ?
– Trois mois et deux semaines…
– Très bien, très bien. Dernière question : quels sont vos liens avec les Futuristes ?
– Cordiaux.
– Merci, bonne journée et bonne nuit de Murlon ! »
Ida laisse pendouiller son combiné et se glisse contre le mur jusqu’à s’asseoir par terre.

D’un maître à son élève

Une fois sa livraison effectuée, Marek erre tranquillement dans les rues, en se dirigeant lentement vers le zoo. Sur son chemin, il croise la route d’un autre marin (les marins se reconnaissent entre eux immédiatement). Il lui apprend que le père Shade l’attend à son bar habituel pour une livraison ; Marek se dirige donc vers le bar du chat crevé, où il n’y a jamais grand monde, sans doute à cause du félin dont les boyaux pendent au plafond. Un petit vieux le salue au fond de la salle et l’invite à s’asseoir. Après avoir craché plusieurs glaires, le père Shade pose une petite caisse remplies de bouteilles sur la table, à livrer pour un certain Jonas StJones.

« Tu lui diras que c’est un cadeau, il n’a rien à payer.
– Et toi, comment tu me payes ?
– Comme d’habitude ?
– D’accord. »

Marek récupère la caisse sans un mot de plus et quitte le bar. Le père Shade se prend alors le visage dans les mains, tire légèrement dessus, et enlève son masque en respirant un grand coup.
« Pff », soupire le gobelin, « ça me fait mourir de chaud à chaque fois… Allez, prochaine livraison. Tiens, au zoo, ça faisait longtemps ».

Amandine s’assied en tremblant et en baissant la tête en face du maître d’école.
« J‘ai toujours su que tu étais mon élève la plus médiocre, mais je ne pensais pas que ça irait jusque là… Contrefaçon de prophétie…
– C’est pas vous que j’avais demandé comme avocat.
– Je suis commis d’office, et crois-moi, tu es entre de bonnes mains. Enfin, si tu es un peu moins sotte que d’habitude… Bien, reprenons depuis le début : tu as contrefait une prophétie du gorille, et tu l’as vendue à Jeff l’Usurier… Ah, ce bon vieux Jeff ! Comment va-t-il ? Déjà tout petit, je savais qu’il irait loin, celui-là… Bon, tu es coupable, n’est-ce pas ?
– Mais je savais pas qu’on avait pas le droit…
– ÉVIDEMMENT QUE TU NE SAVAIS PAS, BÉCASSE ! Tu n’as jamais rien su. Il va y avoir un procès, évidemment. Ça va coûter beaucoup d’argent à la ville, mais ça tu t’en fiches, évidemment… Qui sont tes témoins ?
– Jonas StJones, Ida Jerricane, et sœur Augusta.
– Au moins, on peut faire confiance à l’un des trois… Bien, je vais négocier ta sortie sur parole, et nous allons contacter ces témoins pour voir s’ils pourraient ne pas trop aggraver ton cas, ce sera déjà ça.
– Je vous déteste.
– Je sais, ma petite… C’est pour ça que tout va bien se passer. Bon, passons aux choses sérieuses : quelle est la leçon du jour ?
– Apprendre par cœur les lois et le code civil d’Itras By, répond Amandine d’une petite voix.
– Je t’écoute.
– Une prophétie est un document authentique…
– Plus fort !
– Une prophétie est un document unique et authentique fourni par une créature prophétique, annone Amandine, peu importe la famille de ladite créature, et ne doit être en aucun cas détruite, reproduite, ou contrefaite.
– “Ne doit être en aucun cas détruite, recopiée, ou contrefaite” ! »

La porte s’ouvre : les dix minutes sont écoulées. Le maître d’école sort s’entretenir avec le commissaire. Amandine prend la feta du maître d’école, à laquelle il n’a pas touché ; comme le veut la réglementation, elle en coupe le coin inférieur gauche qui lui fait face, le mange, et coupe le coin supérieur droit à l’attention de son avocat. La feta a un goût de regrets.

Le maître d’école revient et explique que la libération d’Amandine sur parole a été acceptée, tant qu’elle ne quitte pas la ville et qu’elle ne fait pas trop de bêtises.
« Vous devez manger votre feta…
– Je la mange si je veux.
– Vous êtes obligé, c’est dans le code civil que j’ai appris par cœur.
– La petite fille veut donner une leçon au maître ? C’est mignon… Tends tes doigts.
– Non, dit Amandine en cachant ses mains derrière son dos.
– Tends tes doigts, où je vais me fâcher. »

Amandine finit par céder ; le maître d’école sort une règle en fer avec laquelle il la frappe très violemment. Lorsque la douleur a un peu diminué, Amandine se rend compte que des glyphes sont apparus au bout de chacun de ses doigts.
« Voilà qui m’assurera que tu ne feras pas de bêtises d’ici le procès. Allez, file maintenant, petite. »
Amandine quitte le commissariat en affichant une tête haute. Dès que plus personne ne la voit, elle se cache dans un buisson, et pleure à chaudes larmes en repensant à son enfance.

Drame au cabaret Lilith

Ida finit par sortir de son spleen ; après tout, elle a un spectacle à préparer ce soir, et qui sait, elle y croisera peut-être Jonas, dont la cousine pourrait l’aider à régler sa situation actuelle. Les rumeurs vont vite dans le monde du spectacle, et elle a entendu dire que Jonas avait été dégagé de La Part du Diable, et recruté par Vivien McVincent. Le spectacle doit continuer, envers et malgré tout : Ida se maquille, et part au cabaret Lilith.

Lorsque Jonas arrive au cabaret Lilith, accompagné de Géraldine, l’ouvreur lui apprend qu’une fille le demande.
« Ce serait pas la première fois…
– Je sais pas ce que vous lui avez fait, mais elle est dans un sacré état.
– C’était pas moi, je m’en souviens plus… J’avais bu…
– Oh, je juge pas, hein. Les artistes ont des vies compliquées… Mademoiselle ? Le musicien que vous cherchiez, il vient d’arriver.
– Amandine ? Pleure pas comme ça… Je suis désolé, je me suis pas rendu compte, je… J’ai pas d’argent maintenant, mais si tu attends un peu…
– Crétin, c’est pas pour ça que je viens te voir, pleurniche Amandine. Si j’avais besoin d’argent, j’irais me taper Cléanthe ! Ça fait deux semaines qu’il me court après, à faire la sérénade sous ma fenêtre…
– Ah, c’est toi ? Euh… Il va peut-être venir avec une chanson…
– Mais enfin, qu’est-ce qu’il vous arrive, Amandine ? intervient Géraldine. Tenez, prenez un mouchoir à l’orange.
– J’ai des problèmes avec la justice…
– Jonas StJones ? »

Jonas sent une main sur son épaule ; en se retournant, il découvre un grand marin tatoué face à lui.
« Je paierai la semaine prochaine, je…
– C’est pour vous, dit Marek en lui plaquant la caisse contre le torse.
– Mais j’ai rien commandé !
– Je veux pas savoir.
– Qu’est-ce que c’est ?
– Je sais pas. Ça sonne comme bouteille. Vous prenez.
– Ah non ! lui dit Géraldine. Monsieur StJones ne boit plus d’alcool.
– Ça ne m’intéresse pas, répond Marek d’un ton assassin. Il fait ce qu’il veut avec.
– TOI ?! hurle soudain Ida depuis les coulisses. LA BRISEUSE DE FAMILLE ! QU’EST-CE QUE TU VIENS FAIRE ICI ?! TU VEUX MON TRAVAIL, AUSSI ? »

Pour éviter l’orage qui s’annonce, Jonas se dirige vers le bar (laissant la caisse derrière lui) et commande une cancoillotte on the rocks. Il s’installe dans un coin du bar en faisant tourner les glaçons dans son fromage. Géraldine s’approche de lui d’un air désapprobateur :
« La cancoillotte… dites-moi, il y a du vin blanc là-dedans, non ? Et puis on dit que les vapeurs de fromage font parfois le même effet que l’alcool, méfiez-vous…
– Mais tais-toi un peu, boiteuse, la coupe Marek, laisse-le faire…
– Mais enfin, grossier personnage ! Ce n’est parce que vous avez des problèmes de peau, dit Géraldine en pointant vers son torse translucide, que vous êtes obligé d’être méchant.
– Taisez-vous. »

Marek plaque sa main sur la bouche de Géraldine, la fait s’asseoir et pose à nouveau la caisse de bouteilles devant Jonas, qui la refuse à nouveau.
« Comment ça, comment je vais bien ? continue Ida pendant ce temps. Je commençais tout juste à m’en remettre, et là j’apprends qu’Alfred m’a laissé un cadeau !
– Non, il t’a fait le coup de t’envoyer des couteaux avec des fleurs et des mots écrits avec son sang ?
– Non pourquoi, il te l’a fait à toi ?
– Non non, répond Amandine d’une petite voix. Mais c’est quoi ce cadeau alors, je peux t’aider à en faire quelque chose ?
– Tu saurais faire ça ?
– Ça dépend, c’est gros ? Ça tiendrait dans mon appartement ?
– Ça m’arrangerait en tout cas… C’est un cadeau vieux de trois mois et deux semaines…
– Euh, je… je comprends ce qu’il faut comprendre ? Mon dieu, tu es enceinte !!
– Mon dieu, qu’est-ce que je vais faire ? Je peux pas abandonner ma carrière pour élever un enfant, en plus Alfred…
– Comment ça, “abandonner ta carrière” ? intervient Vivien McVincent.
– On répète notre prochaine pièce, le rassure Amandine avec un grand sourire.
– Madame, je n’ai pas l’honneur de vous connaître…
– En effet ! Amandine Beaulieu, enchantée. Artiste peintre, potière et comédienne.
– … mais en ce moment, nous ne recrutons pas. Et puis vous êtes bien trop enjouée pour chez nous.
– Oh oui, je sais ! Ida est bien plus douée que moi pour le mélodrame.
– Ah oui, tu m’as préparée des surprises pour le numéro de ce soir, Ida ?
– Euh… c’est à dire que… je… euh… ah ! Euh… oui ? Mais ne vous inquiétez pas, ce sera une mauvaise surprise.
– Bien, je te fais confiance, mais c’est bien parce que tu travailles ici depuis longtemps. En parlant de surprise, je t’ai présenté ton nouveau guitariste ? »

StJones se lève en titubant et se dirige vers eux, suivi de Marek.
« On se connaît déjà, dit Ida.
– Ah oui, vous avez un passé ensemble ? Un passé malheureux ?
– Euh, probablement mitigé…
– Je peux faire avec, on pourra empirer ça… Bon, Ida a l’air d’avoir une surprise pour ce soir, mais Jonas, tu es capable d’improviser, n’est-ce pas ?
– Ouais, je sais pas si j’y arriverai dans mon état… J’ai pas bu, et ça commence à tourner autour de moi. La dernière fois que j’ai bu, j’ai pas réussi à attraper l’enfant-table, et…
– Bon, garde tes histoires de poivrot pour tes chansons. »

Mozzarella et Réconciliation

Amandine se dirige vers le bar pour commander une mozzarella pressée, et s’assied à côté de Géraldine, toujours interloquée par le comportement de Marek.
« Quel malpoli ce marin, je n’ai jamais été traitée de la sorte…
– Même par ta sœur ?
– Oui mais ma sœur, elle a le droit.
– Ah oui, et demain si ta sœur elle va violer des petits enfants, tu diras rien parce que c’est ta sœur ?
– Mais enfin, qu’est-ce qui te prend Amandine ? Tu vas pas t’y mettre toi aussi ? Mais fais voir tes mains… Tu sais, si tu as un problème, tu peux me le dire…
– On m’a tapé sur les doigts, dit Amandine d’une voix tremblante…
– Des glyphes d’interdiction ? C’est sérieux, ça. Attention à ne pas trop t’énerver. »

Amandine regarde ses doigts, qui chauffaient sans qu’elle y prête trop attention depuis tout à l’heure, et se met à pleurer dans sa mozzarella.
« Tu sais, si c’est juste le temps d’un procès, ce n’est pas si grave… et puis je veux bien témoigner en ta faveur… Je sais que tu es une bonne personne.
– Mais Ida elle va jamais accepter, après tout ce qu’il s’est passé…
– Mais si, Ida est une femme fantastique, et…
– Oui mais elle est enceinte d’Alfred, pleurniche Amandine, et moi Alfred il l’a quittée pour moi, et puis je l’ai jeté comme une chaussette parce qu’il me frappait avec ses couteaux, et du coup il y a un bébé, et elle va jamais vouloir témoigner pour moi…
– Ne dis pas n’importe quoi, ce n’est pas toi la mère…
– Ben on sait pas… »

Ida s’assied à cet instant à côté d’Amandine, et lui saisit les mains.
« Amandine, on a deux heures avant le show. Si tu peux le faire dans ma loge, il faut qu’on le fasse maintenant.
– Mais de quoi tu parles ?
– Ah, je suis heureuse que vous acceptiez de vous réconcilier ! Protégez-vous par contre, on n’est jamais à l’abri d’un deuxième, euh… En tout cas, Ida, Amandine m’a appris la merveilleuse nouvelle, je suis très heureuse pour vous. Je suis sûre que votre enfant sera un formidable saltimbanque.
– Mais euh, chuchote Ida à Amandine, tu lui a dis que c’était pas un enfant ? Bon, tu m’as dit que tu pourrais l’enlever, en tout cas…
– Ah non, gronde Géraldine, n’allez pas en faire un nouvel orphelin ? S’il est orphelin, on va l’amener au couvent, et vous savez bien ce qu’il leur arrive…
– Mais je pensais juste le mettre dans un petit bocal derrière le bar, avec les autres…
– Quoiqu’il en soit, ce n’est peut-être pas une bonne idée de le garder avant maturation.
– Mais je vais tout de même pas garder ce truc à l’intérieur trois mois de plus !
– Moi non plus », intervient Jonas avant de vomir par terre. Géraldine se précipite vers lui d’un air sévère.

Félicitations madame, c’est une banane!

« Je le savais, qu’il y avait de l’alcool là-dedans !
– Ah non, c’est plutôt parce qu’il n’y en a pas, je crois…
– Dites-moi, dit Amandine à Marek, vous qui êtes marin et avez beaucoup voyagé… Vous savez comment on fait pour se débarrasser d’une surprise de trois mois et demi ?*
– On tape dessus.
– Ida, monsieur dit qu’il peut nous aider !
– Comment vous payez ?
– On t’offre une place de spectacle gratuit ? propose Ida.
– On s’arrange entre nous ? roucoule Amandine.
– Je prends le spectacle. »

Ida entraine Amandine et Marek dans sa loge pour régler son problème. Au passage, Marek attrape StJones par le col, et Géraldine les accompagne. Jonas est complètement incohérent et se laisse attraper en marmonnant des phrases sans queue ni tête. Tout le monde s’installe comme il peut alors qu’Ida fait un peu de place et prévient les gens de faire attention où ils s’assoient.

« Bon alors, Ida, y t’faut quoi comme musique c’soir ?
– Ce soir, il va me falloir quelque chose d’organique.
– J’suis guitariste moi, pas organ… ogr… truc !
– Tu peux remplacer tes cordes par des boyaux de chat, propose Amandine.
– Je sais où trouver des chats, renchérit Marek.
– Trois chats cont’ des bouteilles alors ? demande Jonas à Marek.
– Bon eh, focus ! S’il vous plait ! »

Ida claque des doigts et s’installe sur sa coiffeuse, un pied sur chaque chaise.
« Ça va être mon moment, s’il vous plaît. »

Marek s’agenouille entre les chaises, attrape Ida par les hanches, et lui met un gros coup de tête dans le ventre.

« Aïe, vous me faites mal ! C’est pas comme ça que le machin va arrêter de s’accrocher avec ses petites mains griffues !
– Je vais le décrocher. »

Et Marek décoche un deuxième coup de tête.

[Julien demande à Boris de tirer une carte « Résolution » pour savoir si le « cadeau » sort sans mal. Il lit « Oui, mais… Vous réussissez, mais quelque chose qui n’a rien à voir se passe mal, pour vous ou quelqu’un à qui vous tenez. Décrivez le succès, mais aussi ce qui se passe mal et pour qui ».]

Marek met un troisième coup de tête dans le ventre d’Ida ; un flot de sang s’écoule d’entre ses jambes, suivi d’un régime de bananes, qui s’enfuit aussitôt après un petit signe de tête. Dans leur fuite, elles font tomber la caisse de Marek ; les bouteilles se brisent, rompant le contrat tacite que Marek avait accepté. La gnôle se met à ronger lentement le plancher ; Jonas la regarde en essayant de rester calme.

« Monsieur StJones, lui dit Géraldine, soyez fort. Je crois que… vous feriez bien de reboire un petit peu.
– Nan, j’arrête.
– Mais enfin, regardez-vous, vous êtes complètement sobre !
– J’sais, c’est l’temps d’aller d’l’aut’ côté… J’y suis arrivé une fois, c’était ma meilleure chanson ! J’vais y arriver ! »

Ida est toute blanche.
« Il est parti où ?
– Vous parlez de votre enfant ? lui demande Géraldine.
– Vous avez bien vu que c’était pas un enfant ! C’était un cadeau d’Alfred !
– Oui, enfin, les enfants peuvent prendre bien des formes, il faut respecter la diversité de la nature !
– Tu veux que j’aille le chercher ? propose Amandine.
– Tu… tu ferais ça pour moi ?
– Oui. Et comme ça tu témoigneras en ma faveur à mon procès.
– Quel procès ? »

Les mamans des bananes, elles sont bien gentilles

Amandine quitte la loge sans répondre et suit les bruits de verre cassé. Elle attrape la cape d’un des clients du bar et la jette sur le régime de bananes avant qu’il n’atteigne la sortie ; croyant qu’il fait nuit, il s’immobilise en poussant de petits cris mignons. Elle ramasse le tout et caresse une des bananes en lui murmurant des mots rassurants. La banane ronronne d’aise et piaille : « Mama ! Mama ! Toi mama ! ». En revenant à la loge, Amandine présente la cape à Ida : « Regarde, ce sont des quadruplés !
– Ah, c’est un beau régime, en effet ! s’extasie Géraldine.
– Je… je ne suis pas prête à les séparer… L’idée de les sortir plus tôt, c’était justement que je ne m’en occupe pas ! »

Un assistant passe sa tête dans les coulisses : « Une heure avant le spectacle ! »
« Je peux les adopter, si tu veux… » propose Amandine. À ces mots, les bananes piaillent de bonheur et de plus belle. « Elles sont adorables.
– Écoute Amandine, dit Ida, tu m’ôtes une épine du pied ! Je ne m’attendais pas à autant d’altruisme et d’abnégation de ta part !
– Tu pourras venir les voir à la maison quand tu voudras… Écoute, pour l’instant je m’occupe d’elles, et on en rediscutera quand tu seras plus posée, d’accord ?
– Il faut se méfier des bananes, dit Marek.
– Ça c’sûr, elles vont mal tourner si elles vont pas avec leur mère ! J’avais des voisins bananes, et pis… Ça va f’nir mal t’ça !
– Jonas, lui dit Ida, j’ai de très sérieux doutes quant à la qualité musicale de notre duo si vous restez dans cet état.
– T’façon en une heure, j’pourrais pas m’bourrer la gueule suffisamment…
– Moi, je sais faire, dit Marek en lui tendant une flasque.
– Décidément, monsieur est plein de ressources ! dit Ida.
– Si seulement vous saviez. »

Ida rougit.
« V’z’êtes sûre, Géraldine ? Si j’bois ça, faudra qu’j’en boive encore après… et encore… et encore…
– C’est pas sûr, dit Marek. Ça peut durer longtemps. C’est de la gnôle des bateaux, pour pouvoir revenir à Itras.
– Pas d’problème, j’maîtrise ! Allez, à la une, à la deux… »
Et Jonas vide la bouteille d’un trait.

Bananes flambées

[Julien décide de tirer une carte « Chance ». Il lit « Réalités parallèles. Vous vivez plusieurs réalités parallèles à la fois. Chaque autre joueur (MJ compris) peut décrire une façon différente dont les choses se passent. Lorsque les lois de la réalité sont rétablies, vous entendez un bruit sourd, et seule l’une des versions que vous venez d’entendre – vous décidez laquelle – a eu lieu ».

Guylène propose : « Jonas regarde Marek dans les yeux. Marek regarde la flasque et dit : “Mais tu l’as vidée, salaud !”. Jonas se tourne vers lui, lui rugit dessus, et commence à se comporter comme un ours. Un combat s’ensuit. »

Boris propose : « Plus Jonas descend la flasque, et plus le monde autour de lui devient transparent. Tout le monde se retrouve transporté dans l’éther, loin d’Itras, de plus en plus loin. On y voit des choses terrifiantes, sauf pour Marek qui a l’habitude, et lorsque Jonas lâche la flasque, tout le monde se retrouve dans le cabaret, en silence. »

Je propose : « Jonas titube sous l’effet de l’alcool ; il glisse sur la flaque formée par la gnôle du père Shade tombée plus tôt ; en tentant de se rattraper, il ôte la peau des bananes, et l’on se rend compte de ce qu’il y a vraiment en dessous. »

Eugénie propose : « Ida regarde la pomme d’Adam de StJones faire du yoyo, l’air inquiet. Alors qu’il pose la flasque, elle hurle “POUSSEZ-VOUS !!”, et une gerbe de flamme sort de la bouche de Jonas, mettant le feu à la loge ». Après une longue réflexion, c’est cette dernière version que choisit Julien.]

« C’est une catastrophe ! crie Ida. Mes costumes de scène !
– Mes bananes ! crie Amandine.

[Guylène me demande de tirer une carte « Résolution » pour connaître le sort de ses bananes. Je lis : « Le conflit empire ! La tension monte alors que le conflit, les problèmes, les enjeux montent d’un cran. »]

Deux des bananes sont malheureusement flambées ; les deux autres sont dans un état grave. Amandine les ramasse dans ses mains tremblantes et constate que la porte d’entrée de la loge vient de s’effondrer, en même temps que les glypes sur ses phalanges commencent à chauffer.

« Il me faut de la sauce au chocolat, vite ! »

En entendant ces mots, Marek disparaît avant de réapparaitre, quelques secondes plus tard, dans un autre coin de la pièce, un bol de sauce au chocolat en main. Pendant qu’Amandine badigeonne ses bananes, Jonas approche discrètement Marek :
« Il vous en reste ?
– Non, vous l’avez vidée, salaud.
– Ça se trouve où, ça ? J’en ai jamais vu en ville…
– Vous ne pourrez pas en trouver. »

Soudain, une trombe d’eau débarque dans la loge, emportant tout sur son passage. Jonas a à peine le temps de prévenir les autres de faire attention aux requins que tout tourbillonne. Tous finissent par s’échouer en plein milieu du port, aux pieds de deux marins-pompiers qui viennent de vider leurs baquets.
« Pfou, heureusement qu’on est intervenus vite, vous étiez à deux doigts d’y passer !
– C’est ça que vous appelez “intervenus vite” ? proteste Ida. Ma loge est foutue, mon costume est irrattrapable, et vous dites qu’on a eu de la chance ?
– Bon, vous énervez pas ma p’tite dame ! On est arrivés dès qu’on a vu les flammes ! Manipuler des feux d’artifice, je vous ferai dire que c’est censé être fait par des professionnels, même pendant la nuit de Murlon !
– Mais de quel droit ?! C’est vous qui parlez de professionnels ? Faites voir vos plaques. Vous savez à qui vous parlez ? Ida Jerricane, notez-le sur vos calepins. Parce que ce nom-là, bientôt, il va faire des flammes !
– Bon, mais c’est bien parce qu’on est dans l’obligation légale de vous les montrer ! De toute façon, vous pouvez la garder, je l’ai en double ! »

Le marin-pompier tend à Ida une plaque où l’on voit un serpent en train d’enserrer un ange.

« Vous parlez à la mère de quatre bananes dont deux orphelines, je vous ferai dire. Vous abusez de la situation.
– Euh… si c’est vous la mère, pourquoi est-ce elle qui…
– Ça vous choque encore de voir deux femmes qui élèvent leurs enfants ensemble ?
– Non, mais par contre, si vous n’épluchez pas ces bananes, elles ne vont pas vivre longtemps.
– Et qu’est-ce que vous croyez qu’on essaye de faire ?! On vient de perdre la loge de la mère de mes enfants, on vient…
– Madame, calmez-vous. J’ai une formation en premiers soins, je peux éplucher vos bananes. Ne vous inquiétez pas, ça va bien se passer. »

Famille nombreuse, famille heureu…

Le marin-pompier déplie le bandana qui enserrait ses cheveux, le met délicatement par terre, et pose les bananes dessus.
« C’est impressionnant, mais je vous rassure, elles n’auront pas mal. »
Et il tire violemment sur la peau des bananes.

[Boris demande à Julien de tirer une carte « Résolution ». Julien lit : « Oui, et… Le personnage réussit, et parvient à faire plus que prévu. Peut-être même un peu trop ? »]

À l’intérieur de chaque banane s’en trouvent trois autres. Le marin-pompier épluche également celles-ci ; à l’intérieur, trois autres bananes. La scène se répète plusieurs fois jusqu’à ce que, au dernier épluchage, une fine poussière scintillante sorte de la peau de banane pour se répandre dans l’air et s’agglomère autour d’Amandine. Des milliers de petites voix aiguës piaillent autour d’elle, que les autres n’entendent pas.

« Amandine, dit Ida, nous n’allons jamais pouvoir élever toutes ces bananes ensemble ! Qu’allons-nous faire ?
– Comment on va faire pour leur trouver des noms à tous ?
– Écoute, la rassure Ida, un bras sur son épaule, on va s’en sortir. Il y a des mères célibataires qui y arrivent tous les jours. Nous on est deux, on devrait pouvoir traverser ça ensemble. »

Marek s’altère et Jonas s’arrache

Des feux d’artifice éclatent dans le ciel ; les marins-pompiers prennent congé pour aller assister au spectacle.

« Attendez, messieurs ! leur dit Jonas. Vous êtes des marins, n’est-ce pas ? Vous en avez ?
– De… de quoi ?
– Vous savez. C’est la fête. Il faut qu’on retrouve notre chemin…
– Laissez-le tranquille, intervient Marek. Il a bu toute ma flasque, ce salaud.
– Toute ?! Il est au courant de ce que ça implique ? »

Les marins-pompiers enlèvent leur couvre-chef et le mettent sur leur poitrine, en se tournant vers Jonas.
« Ben mon vieux, vous êtes pas au bout de vos peines… »

Avant de partir, ils préviennent Marek qu’il disparaît de plus en plus. Puis ils tournent le coin de la rue, visiblement abattus.

« Monsieur StJones, sanglotte Géraldine, qu’est-ce que vous avez fait…
– Mais elle ne fait que pleurer, elle, ronchonne Marek.
– Mais il a bu toute votre flasque ! Dites-lui, vous, ce que ça implique ! Dites-lui qu’il va devoir passer toute sa vie sur les bateaux !
– La vie est courte, dit Marek.
– Mais qu’est-ce que c’est que ces histoires ? demande Jonas. Je n’ai écrit aucune chanson où je vais sur un bateau…
– Pas le choix.
– Vous savez ce que dit le proverbe, monsieur StJones… “Si tu bois toute la flasque, des marins tu colleras les basques”.
– C’est qu’un proverbe, ça va !
– Les proverbes sont aussi puissants que les prophéties, vous le savez aussi bien que moi.
– Mon destin m’appartient. Et il s’exprime à travers les chansons.
– Faites une chanson où vous montez pas sur un bateau, suggère Marek.
– Ah non, ce serait tricher ! Non, il faut que j’aille voir le gorille. Et puis il faut aller le voir pour les bananes, aussi.
– Mais enfin, dit Ida, il préfère les fraises… Vous pensez que mon ami va manger ma progéniture ?
– Mais absolument pas, c’est pour les baptiser ! »

Amandine sort de sa poche une boule blanche et rouge, qui ressemble à s’y méprendre à un emballage de fromage. Elle l’ouvre en sa moitié, puis y fait rentrer les nano-bananes. Puis tout le monde se dirige vers le zoo, en espérant y trouver une solution pour récupérer Jonas avant le début du spectacle, dans 45 minutes.

A suivre…

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