La Nuit des bananes 2/2 – Des nouvelles d’Itras By 5

Ida a donc accouché d’un régime de bananes qui, suite à un accident s’est transformé en nuées de bananes. Récupérées par Amandine, les bananes lui témoignent son affection et elle décide de les adopter. La jeune peintre se fait quand même du soucis pour son procès à venir et récolte des témoignages en sa faveur. Pendant ce temps, Jonas tente toujours de rester sobre, mais les effets ne sont pas forcément agréables. Hureusement que la bien serviable Géraldine garde un œil sur lui. Marek, lui, essaie de rendre service à tout le monde, non sans se départir d’une certaine grossièreté dans ses manières de parler. Le docker quantique est rustre. Voici ce qui arriva ensuite.

itras-banana

Amandine rassemble ses témoignages

Sur le chemin, Amandine leur explique qu’elle a besoin de leur aide pour son procès.

« Moi je veux bien témoigner, dit Jonas, mais la loi dit que je doit être sobre, et vous avez vu ce que ça donne…
– Moi je peux témoigner, dit Marek.
– Comment ça ? Vous n’étiez pas là…
– Je vous ai vu ailleurs. Au large. Vous étiez tous là-bas, avec d’autres gens bizarres, comme vous.
– Et en quoi ça m’aide ?
– Si vous étiez là-bas, vous pouviez pas être là aussi.
– Je me permets d’objecter, dit Géraldine, qu’on peut tout à fait être à deux endroits à la fois… Moi et ma sœur, par exemple…
– Je peux aussi arrêter de parler et vous taper, propose Marek.
– Quel grossier personnage. Et on vous voit de moins en moins, en plus.
– Il a bu toute ma flasque, ce salaud.
– Rien d’autre ne peut vous aider ?
– Si, la sienne.
– Jonas, donnez-le lui, enfin !
– Ah, non ! J’apprécie monsieur Marek, mais tout de même ! Si je lui donne, ça devient une relation, et on risque d’avoir des bananes…
– Excusez-moi, pouffe Géraldine, mais entre hommes, c’est pas des bananes.
– Il sait pas comment on fait les bananes ! se moque Amandine.
– J’ai eu autre chose à faire dans ma vie, je suis un artiste, moi.
– Et pas nous, peut-être ? s’emporte Ida. Vous croyez quoi, que la musique prime sur les autres arts ? Vous avez quoi contre la peinture ? Et contre l’art du feu ?
– Le feu, c’est la beauté de l’éphémère, renchérit Amandine.
– Parfaitement ! Et la peinture, c’est une vision magnifiée du monde !
– Excusez-moi…
– Oui, à partir du moment où on peint ! Mais vous savez comme moi qu’Amandine ne peint pas beaucoup !
– Euh, excusez-moi…
– Oh ! Et vous allez dire qu’Ida Jerricane ne crache pas le feu ? Oui bon, qu’est-ce qu’il y a, vous !
– Non, je vois bien que je dérange, je repasserai… »

Un petit homme triste  croisé bien trop souvent ces derniers temps

Le petit homme, au costume trop grand pour lui, commence à s’éloigner d’un air mélancolique.

« Attendez ! lui crie Jonas. Vous allez pouvoir nous départager. C’est quoi, l’art majeur ?
– Je ne saurai dire, je ne suis qu’un petit homme triste…
– Justement, qu’est-ce qui vous rend le plus triste ? Un tableau, du feu, ou de la musique ?
– Vous savez, je n’ai plus d’âme, je ne ressens plus rien. Alors moi, l’art…
– C’est Jeff l’Usurier qui a la vôtre, si je ne m’abuse.
– Ah non, elle est dans cette bouteille…
– Mais vous en avez combien, des âmes ?
– Eh bien, euh, une seule…
– La dernière fois qu’on vous a croisé, vous la fourguiez à une nonne pour qu’elle la lave au couvent ! »

Marek passe discrètement derrière le petit homme triste, le soulève et le secoue. De nombreuses fioles tombent et se brisent au sol. Le petit homme lui-même commence à se dédoubler, et de nombreuses versions de lui-même tombent et se brisent au sol, y compris lui.

« Oh non ! Monsieur Marek, dit Ida, je suis très reconnaissante du service que vous m’avez rendu, mais il faut arrêter de secouer les choses et de taper dessus, enfin !
– C’est plus pratique que de parler.

La reconversion du gardien de zoo

– Bon mais alors, lui demande Amandine, c’est lequel l’art majeur ?
– Si je peux me permettre, dit Géraldine, c’est l’assassinat, évidemment.
– Eh bien très bien, tonne Jonas, comptons nos morts ! Combien de gens sont morts dans les derniers mois suite à l’expression de notre art ?
– Ah ah ! ricane Ida. Je vous vois venir, StJones ! C’est déloyal.
– Vous êtes dégueulasse, StJones, dit Amandine.
– Je suis réaliste.
– Un artiste réaliste ? Ha !
– C’est bien pour ça que votre art ne sert à rien, les rares fois où vous l’appliquez. Vous passez plus de temps à vendre le même tableau à tous les anges qui passent !
– C’est un chef d’œuvre, StJones, dit Ida. Ça n’est pas n’importe quel tableau ! Et ça n’est pas n’importe quel ange !
– Un faux ange, avec une auréole de contrebande…
– Vous ne croyez à rien, StJones. Vous êtes triste… Amandine, elle, elle a la vie chevillée au corps ! Et elle l’exprime ! Elle pétille ! C’est pour ça que les hommes, normaux je veux dire, tombent à ses pieds !
– Ah ouais, comme Alfred ?
– Vous savez, StJones, dit Amandine, je suis triste pour vous… Au moins, Alfred, il nous a fait un cadeau dont on ne se séparera jamais.
– Pardon, dit Géraldine, mais il était question d’offrir votre flasque à ce monsieur qui a beau être grossier, il disparaît tout à fait… »

Jonas tend sa flasque, agacé, à Marek qui la vide aussitôt et apparaît à nouveau (c’est-à-dire qu’il est aussi flou qu’au début de la soirée).
« Je me suis toujours demandée, dit Ida, la substance qui manque, elle va où ?
– Ailleurs. Là où je vous ai vu.
– Ah non, pas vous ! Hors de question que je vous ouvre le zoo, briseuse de cœur !
– Francis ! s’exclame Ida. Je pensais que tu étais parti en voyage…
– Non, je suis parti chercher fortune ailleurs, puisqu’être gardien de zoo, ça n’a pas l’air d’être assez bien pour certaines personnes…
– Tu l’as cueillie dans une mauvaise passe, Francis… Elle ne voulait pas rendre quelqu’un d’autre malheureux, c’est tout…
– Oui, je comprends… Une femme si belle, qui scintille quand on la regarde, je suis pas assez bien pour elle… Mais rassure-toi Amandine, depuis j’ai gravi les échelons ! Je suis majordome maintenant ! Enfin, il faut bien arrondir ses fins de mois, je continue ici à mi-temps. Amandine, tu crois qu’un jour, entre nous, ce serait possible ?
– Écoute, Francis… On ne sait pas ce que la vie nous réserve… Aujourd’hui, ma vie vient d’être bouleversée, et je ne peux pas me projeter.
– Tu as quelqu’un d’autre, c’est ça ? Dis-moi qui c’est ! Qui que ce soit, je le provoquerai en duel rituel !
– Je n’ai pas le droit de le dire.
– C’est qui lui ? demande Marek.
– C’est l’ex-mari d’Amandine, explique Ida.
– C’est lui ? demande Francis. C’est lui qui t’a volé ton cœur, ce gros type musclé ? Je te prends quand tu veux, mon bonhomme !
– Reste calme, petit homme.
– Écoute, dit Amandine, reste calme… Il y a plein d’autres femmes dans la cité d’Itras… Et puis j’ai un prétendant à rendre malheureux, alors…
– Qui est ce prétendant ? Qui est-ce ?!
– Je ne peux pas te le dire, c’est quelqu’un de très influent…
– Mais moi aussi maintenant !
– Et puis je suis mère d’une nuée de bananes…
– Mais ça ne me fait pas peur, je suis prêt à élever une famille ! Entre mon emploi de gardien de zoo et celui de majordome, je gagne bien ma vie !
– Moi je sais qui c’est, son prétendant, dit Marek.
– Quoi ? Dis-moi, dis-moi qui c’est !
– Comment vous payez ?
– Tout ce que tu veux… Attends, je sais. Une prophétie du gorille.
– D’accord. C’est Jeff l’Usurier son prétendant.
– C’est vrai ? demande Francis à Amandine.
– Euh… »

Marek jette un regard glacial et lourd de sous-entendus à la peintre.
« Euh… Si Marek le dit…
– J’en étais sûr, dit Francis en serrant les dents. Phil ? Phil, faut qu’on parle ! »

Francis se précipite à l’intérieur du zoo, Ida à ses trousses.
« Francis, tu sais pas dans quoi tu te lances ! Et puis va pas embarquer Phil là-dedans, il se donne des airs de méchant avec ces cigarettes, mais il fait pas le poids !
– On a un marché, Phil et moi. Je lui donne de la choucroute, et il m’aide dans mes petits tracas.
– Mais c’est pas un petit tracas, c’est Jeff !
– Il me fait pas peur. Et puis ce serait dans l’intérêt d’Amandine qu’on se remette ensemble… Il va y avoir son procès, et si je suis son époux, je pourrai la protéger car je n’aurai pas le droit de témoigner contre elle ! Je pourrai dire qu’elle n’a rien à voir là-dedans, car toute parole qui est dite avec les mots de l’amour est toujours vraie !
– StJones, qu’en pensez-vous ? demande Amandine, qui écoutait depuis tout à l’heure sans en avoir l’air.
– Ce que j’en pense depuis le début : ce mariage est une mauvaise idée.
– Et vous, Marek ?
– Jeff devrait payer.
– Amandine, dit Francis, tu n’es pas obligée de répondre tout de suite. Je vais aller trucider Jeff, et quand je reviendrai, tu me donneras ta réponse. À bientôt, ma douce.
– C’est tellement beau ! pleurniche Géraldine. Je savais bien qu’il y avait encore de la bonté à Itras By ! »

[Je décide de tirer une carte « Chance ». Je tire : « Mascarade ! Pour le restant de la scène, toutes les joueuses échangent leur personnage, MJ compris, avec la personne sur leur droite ». Pour le restant de la scène, Guylène joue donc le personnage d’Ida ; Julien joue Amandine ; Boris joue StJones ; je joue Marek ; et Eugénie fait le MJ.]

« Ah mince, dit Ida, j’ai oublié mes fraises !
– Ça m’étonne pas, lui répond Amandine. Pour donner des conseils, y a du monde, mais pour s’organiser… Si on élève nos bananes ensemble, il va falloir y mettre du tien !
– Très important, la sauce au chocolat, dit Marek. »

Où l’on s’interroge sur l’avenir des bananes et une éventuelle pension

Un vrombissement écrase leurs paroles ; un avion à hélices passe à ras au-dessus du zoo, une grande banderole derrière lui où il est inscrit : « Ce soir, numéro spécial – Ida Jerricane – dans 30 minutes ».

« Ida, il va falloir qu’on parle, dit Amandine.
– Plus tard, là il faut que je trouve des bosquets à fraise. Et après, trouver un éléphant pour nous rendre au cabaret.
– Pff, j’ai toujours pas l’inspiration, soupire StJones…
– Tu fais passer ton public avant tes bananes ?
– Comment veux-tu que je subvienne au besoin de mes bananes si je n’ai pas de public ? Francis te disait la même chose, il est raisonnable, lui ! Alors moi, je vais aller faire mon show. Et d’ailleurs, si vous trouvez une tenue… Si vous trouvez des fleurs dans le zoo, faites-moi un arrangement, je vais aller répéter un peu.
– Eh bien concentre-toi sur ton art, persifle Amandine, je vais aller retrouver Cléanthe ! Après tout, il pourra payer pour mes bananes !
– Ah, c’est comme ça que tu me prends ? Tu penses que tu vas élever nos bananes dans le malheur ? Tu me dégoutes. »

Ida, exaspérée, ouvre la cage des éléphants d’un violent coup de pied, monte à dos d’éléphant, et s’en va vers le centre-ville. Amandine, en réponse, s’approche de la cage d’un guépard et entreprend de le séduire – le guépard n’a pas l’air partant, ce qui inspire une chanson à Jonas sur les félins qui se refusent aux plaisirs de la vie.

Pendant que personne ne le regarde, Marek se dirige vers la cage du gorille prophétique, qui tape sur sa machine avec ses deux gros index. Il ne dit rien, mais le regard qu’il jette au gorille en dit long : il attend sa prophétie. Le gorille finit par s’en rendre compte : il récupère le papier qu’il était en train d’écrire, attrape un stylo derrière son oreille, et noircit consciencieusement le papier avant de le tendre à Marek d’un geste élégant. Marek est d’abord peu convaincu, avant que le gorille ne le regarde en poussant un soupir ; il range sa prophétie dans sa veste au moment où Amandine arrive, les bras remplis de fraises des bois que le gorille se met à manger délicatement. Il va écrire quelque chose sur sa machine, puis tend la carte à Ida : elle y lit les mots « spectacle dans 15 minutes ». Ida remonte sur son éléphant et s’en va au galop, Marek accroché à la queue de l’animal. On entend au loin une voix aigue : « GÉRAAAAAALD N’AIME PAS LES TREMBLEMEEEEEEENTS ! ».

Amandine cherche un compagnon dans l’enclos des pingouins – les pingouins n’ont pas l’air partant, ce qui inspire une chanson à Jonas sur les pingouins qui sont trop petits pour l’amour. Marek les attrape tous deux au passage, ainsi que Géraldine, et les jette sur le dos de l’éléphant.

Autour du cabaret, la foule se presse et entame un compte à rebours en chœur : « Dix ! Neuf ! Huit ! Sept ! ». L’éléphant rentre dans le cabaret en cassant le linteau, pose sa trompe au bord de la scène et fait descendre Ida par sa trompe. « Cinq ! Quatre ! Trois ! Deux ! Un ! », continue la foule alors que Jonas commence à battre la mesure. « Oh… » fait la foule, « on était à deux doigts de se faire rembourser ! »

Ladies and gentlemen, Ida Jerricane au Cabaret Lilith!

Le spectacle commence. Ida présente diverses petites bouteilles le long de la scène avant d’en avaler une et de cracher des flammes en cercle, puis des flammes qui dessinent une farandole de bananes qui prennent des petits bateaux. Jonas l’accompagne d’une musique lente et triste, dans laquelle on devine la vie triste de ces bananes dans vingt ans, quand elles seront à la rue en ayant tout perdu, ne leur restant plus que l’océan pour horizon. Amandine laisse sortir les nano-bananes de leur balle pour qu’elles profitent du spectacle ; elles dansent en scintillant sur scène, ce qui ébahit de bonheur le public et agace Vivien McVincent. Entre deux lampées de gnôle à cracher, Ida fait les gros yeux à Amandine, pour lui signifier qu’un cabaret n’est pas un endroit pour des bananes aussi jeunes ; Amandine saisit le message et va plutôt profiter des feux d’artifice sur les quais.

Dehors, c’est carnaval ; tout le monde est en costume de marin. Deux marins saouls passent à côté d’elle en se racontant ce qu’ils ont vu du bateau de Murlon, crachant des flammes et aux voiles en peau de dragon. Amandine tend l’oreille et, toute attentive, elle ne sent pas quelqu’un s’asseoir à côté d’elle et lui susurrer : « Alors, ma petite, tu as trouvé tes témoins ? ». Amandine, beaucoup moins mal à l’aise que tout à l’heure, tient tête au maître d’école.

« Je vois que tu t’es vautrée dans la débauche, en plus…
– Si vous saviez comme ça me rend heureuse ! Bon, j’ai trouvé mes témoins, mais on ne peut pas les interrompre, ma compagne finit son spectacle.
– Bah ! Elle finira par te quitter.
– Peut-être, mais c’est pas grave, on s’arrangera !
– Bien, amène-moi voir ce spectacle. »

Procès et sanctions: le maître d’école est sévère et injuste

À l’intérieur, c’est le moment du grand final : le public est en sanglots, certaines personnes se mutilent, Vivien McVincent est aux anges, et le maître d’école écrase une larme : « C’est la plus belle chose que j’ai jamais vu. BON ! » crie-t-il après quelques secondes de silence, « FIN DE LA RÉCRÉATION ! Allez, en rang deux par deux, c’est l’heure de la leçon ! ». Les gens sortent de la salle la tête basse. Le maître d’école regarde Ida : « Très bien ». Il regarde Jonas : « Parfait ». Il regarde Géraldine : « Ça fera l’affaire ». Il regarde Marek : « C’est qui, lui ?
– Monsieur propose son témoignage, il dit qu’il m’a vue ailleurs.
– C’est-à-dire ?
– C’est-à-dire que je l’ai vu au large.
– Sois plus précis, mon petit.
– Le large, c’est le large. Je peux vous y emmener si vous ne connaissez pas.*
– Hum, bien sûr que je connais ! C’est dans tous les manuels. Bon, si tu dis que tu as vu quelque chose, on n’a pas le choix. »

Le maitre d’école sort un sifflet de sa poche et souffle dedans ; presque aussitôt, des gardes gris envahissent la salle, attrapent Amandine par les poignets et la traînent dehors.

« Mais vous n’allez pas l’emmener comme ça ! proteste Ida.
– Bien sûr que si ! Elle doit être traînée et ridiculisée à travers toute la ville, c’est la procédure.
– Ne t’inquiète pas Ida, je serai forte ! Tiens, prends nos enfants.
– Non, je ne veux pas de cette responsabilité ! Je serai une mauvaise mère, je n’en voulais pas, je ne saurai pas m’en occuper…
– Bien sûr que vous serez une mauvaise mère, ricane le maitre d’école. Petite orpheline !
– Qui vous a dit ça ? Et ça vous fait rire ?
– Évidemment, ça me fait rire de voir que des enfants qui n’ont pas su écouter les leçons que leur donnait leur professeur se retrouvent dans la déchéance. Une autre forme de leçon, j’imagine… Mais il est encore temps d’arrêter les âneries, ma petite…
– C’est à moi qu’il parle ? chuchote Ida à Amandine. Je suis pas du tout proche de la déchéance ! Tu as vu ce spectacle, on a dépoté ! J’avais jamais vu Vivien McVincent pleurer à chaudes larmes ! »

Jonas prend une grande décision de vie

Dans la rue, les gens huent sans enthousiasme, la plupart étant déjà divertis par le carnaval. Sur le chemin, Ida lance à la cantonade des tracts pour le spectacle du lendemain.

« Jonas, dit Géraldine, il faudrait tout de même qu’on parle de ce que vous avez fait tout à l’heure…
– Vous inquiétez pas, j’arrête d’être sobre.
– Ça me rassure. Vous savez, je crois qu’il faut tous qu’on trouve notre voie… Mais si vous arrêtez d’être sobre, vous ne viendrez plus à la ligue ?
– Je suppose qu’il faut faire des choix dans la vie. Et quelque chose me dit que je ne vais pas rester très longtemps en ville… Avec le succès qu’on a eu ce soir, un producteur va venir me voir pour une tournée au large.
– Ah… Je suis heureuse pour vous, Jonas… »
Géraldine tente de retenir ses larmes, sans grand succès.

Procès pour contrefaçon de prophétie

Au pied de la tour se tient le tribunal, une grande salle en pierre. Amandine est amenée devant les neuf juges, des vieillards semblant presque pétrifiés qui font face à une salle comble de gens déguisés en marin. La foule se presse et entame un compte à rebours en chœur : « Dix ! Neuf ! Huit ! Sept ! Six ! Cinq ! Quatre ! Trois ! Deux ! Un ! Zéro ! ». Au dernier compte, les gardes installent Amandine, qui garde la tête haute, dans le box des accusés. L’un des juges se penche si lentement qu’il ne semble pas bouger :

« Madame Amandine Beaulieu… Vous êtes accusée de contrefaçon de prophétie… Comment plaidez-vous…
– Coupable, mais avec circonstances atténuantes.
– J’appelle le premier témoin, dit le maître d’école. Jonas StJones. Pouvez-vous nous confirmer que madame Amandine Beaulieu ici présente a bien contrefait la prophétie du gorille prophétique pour la vendre à Jeff l’Usurier ?
– Je ne peux rien confirmer du tout, je ne suis absolument pas sobre.
– Pas sobre… dit l’un des juges. Ce témoignage est donc non recevable…
– Hum… j’appelle à la barre mon deuxième témoin, Ida Jerriane ! Pouvez-vous nous confirmer que madame Amandine Beaulieu ici présente a bien contrefait la prophétie du gorille prophétique pour la vendre à Jeff l’Usurier ?
– Malheureusement, je ne peux pas témoigner, étant donné les liens qui m’unissent à l’accusée.
– C’est-à-dire… demande un juge.
– C’est la mère de mes bananes.
– Oh… Félicitations…
– Bon, euh… j’appelle à la barre, euh… j’appelle à la barre… Géraldine ! Pouvez-vous nous confirmer que madame Amandine Beaulieu ici présente a bien contrefait la prophétie du gorille prophétique pour la vendre à Jeff l’Usurier ?
– C’est-à-dire que… Je suis désolée, sincèrement, mais… Excusez-moi, mais je ne peux pas témoigner…
– Et pourquoi cela ? s’étrangle le maitre d’école.
– Ma sœur n’est pas là.
– En effet, la témoin n’est pas complète…
– Eh bien puisque c’est comme ça, j’appelle à la barre ce marin, là… Marek ! Confirmez, voyons ! Confirmez !
– Elle n’était pas là-bas.
– Comment cela…
– Je l’ai vue ailleurs.
– Ailleurs où…
– Au large.
– Ah, oui…
– Ah oui ?! J’appelle mon dernier témoin, Jeff l’Usurier !!! »

Les lumières s’éteignent alors que les rires s’arrêtent dans la salle. Ida se ratatine sur son siège. Une voix, qui provient du box des témoins mais qui semble murmurer à l’oreille de chacun, leur provient.
« Je suis là.
– Jeff l’Usurier, vous, vous confirmez que madame Amandine Beaulieu ici présente a bien contrefait la prophétie du gorille prophétique pour vous la vendre ?
– En effet, je… Ah ! »

La voix de Jeff s’étrangle et il pousse un râle atroce.
« Allumez la lumière… » ordonne un juge.

Lorsque la lumière revient, un lion est en train de lacérer les habits vides de Jeff l’Usurier. Sur le dos du lion, Francis, le visage maculé de sang, jette un couteau aux pieds d’Amandine.
« Tu vois, mon amour ! » halète-t-il. « J’t’avais dit… PERSONNE NE ME SÉPARERA DE TOI !
– Eh bien… prononce un juge. Puisque l’accusateur est décédé… L’accusée est libre… »

Les marins de la salle jettent leur bonnet à pompon en l’air et se pressent autour d’Amandine pour la féliciter. Dans la cohue, le maitre d’école s’éloigne, en jurant qu’il n’a pas dit son dernier mot. Ida salue Phil le lion tandis que Jonas StJones joue « l’hommage funèbre de Jeff l’Usurier » à la guitare.

Une fois que la salle s’est un peu vidée, Marek se dirige discrètement vers le box des accusateurs, et fouille les vêtements en lambeaux de Jeff l’Usurier. Il sort une petite bouteille d’une poche, une petite bouteille qui renferme un liquide noir, semblant s’agiter tout seul, une petite bouteille contenant une portion de l’Entité noire.

Dehors, les premières feuilles de l’automne virevoltent : l’automne a commencé, comme chaque année après la fin de la nuit de Murlon.

La suite au prochain épisode!

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