De l’autre côté du carton à chapeau 1/2 – Des nouvelles d’Itras By 6

Une expérience très singulière que cette campagne en table ouverte avec neuf personnages, dans la ville surréaliste d’Itras By. Et très enrichissante aussi. Les parties s’enchainent et ne se ressemblent pas. Après une tragédie bananière, voici que les personnages de cette session, Cléanthe Brumaire, Ida Jerricane, Martin Poicreux (dont c’est la première apparition) et l’Etranger en apprennent un peu plus sur cette femme magnifique qui hantent leurs rêves et leurs cœurs, et où l’on découvre qu’elle a laissé derrière elle une mystérieuse boite à chapeaux alors qu’une nouvelle affaire se prépare: les rumeurs d’apparition d’anges se multiplient aux quatre coins de la ville: la Sœur Vestine est envoyée vérifier que l’Étranger est bien ce que l’on prétend qu’il est.

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La cité d’Itras au début de l’invasion d’anges (Gravure de Frédéric Coché honteusement détournée)

Dramatis Personæ

Cléanthe Brumaire (Joué par votre serviteur), Homme riche qui essaie de trouver un sens à la vanité de son existence.
Description :
Un petit homme très sage, fin de quarantaine, ni beau, ni laid mais bien entretenu, l’air mélancolique. Un costume parfaitement entretenu, chaque jour une fleur différente à la boutonnière, une grosse chevalière (avec une pierre bleue) à l’index droit. Fume de longues et fines cigarettes avec un air légèrement efféminé, tics nerveux.
Qualités dramatiques : Notable bien installé dans la bonne société / Curieux, pour tuer l’ennui / Plus une connaissance est improbable, plus il est susceptible de savoir / Joueur (presque) professionnel.
Aimants à intrigues : Terriblement endetté (Jeff l’Usurier) / A la recherche de la femme magnifique / Convoite un pouvoir supérieur (Le Maître d’école)
Personnages connus : une femme, qu’il a épousé et qu’il a oublié quelque part dans sa grande maison / quelques souteneurs choisis dans la rue des Nymphes.

 

Ida Jerricane, (jouée par Eugénie) cracheuse de feu dans un cabaret
Qualités dramatiques : se rêve en grande artiste
Aimants à intrigue : rend des services à tout le monde (logeur, voisine, Père Shade, Gorille) Elle est désormais la génitrice d’une nuée de bananes qu’elle a confié à Amandine Beaulieu
Description physique : brunette, coupe à la garçonne et accroche-coeurs, tutu de danseuse et veste d’homme

Martin Poicreux, (joué par Kobal) est un logeur qui tient une grande maison dans le centre d’Itras By. C’est le propriétaire des appartements d’Amandine Beaulieu, d’Ida Jerricane et, jusqu’à peu, de la Femme magnifique. Personnage Veule, il se fait remarquer par ses vestes en lycra et sa voix haut perchée.

L’Étranger (Joué par Mass),  Bel et Naïf étranger
Qualités dramatiques : Beau et énigmatique, naïf, toujours là pour faire plaisir à quiconque
Aimants à Intrigues : La femme magnifique, n’a pas de lien avec la ville.
Il faut bien le dire, on ne sait pas grand chose de lui sinon qu’il erre en ville, très beau, dans son grand pardessus, tentant de rendre heureux ceux qu’il croise. Par ailleurs, il vit chez Miss Wellington, 85 ans, la présidente de la ligue de vertu qui a bien voulu accepter de le loger à son arrivée en ville. Certains l’ont vu se promener tout à fait nu dans la demeure.

Quelque temps plus tard…

Du ménage d’un appartement et d’une locataire à la cloche de bois

L’automne s’est installé à Itras By ; les feuilles tombent petit à petit des arbres, les gens sont maussades et les journées sont rarement ensoleillées ; une atmosphère qui cadre plutôt bien avec les activités de Martin Poicreux et Ida Jerricane, qui sont en train de vider l’ancien appartement de la femme magnifique pour accueillir de nouveaux locataires. L’appartement est dans un état déplorable : les murs sont noirs et plein de moisissures, le réfrigérateur suinte des odeurs douteuses, plusieurs des meubles sont cassés… et les toilettes du palier sont bouchées. Ida est armée de gants roses qui lui remontent jusqu’aux épaules, ce qui n’est pas de trop pour s’occuper de tout cela.

Alors qu’il balaye dans un coin de la pièce, Martin remarque avec effroi les premières traces de cancer structurel dans l’immeuble : là où les murs étaient droits et lisses se dressent à présent des boursouflures, tandis que le parquet prend par endroits une couleur suspecte. Or les cas de cancer structurel se soldent souvent par la destruction de l’immeuble entier quand ce sont les services municipaux qui s’en chargent… Martin demande à Ida l’adresse d’un chirurgien charpentier, mais ce qu’elle lui propose en échange – deux mois de loyer – lui semble un peu élevé, il va plutôt chercher dans l’annuaire.

« Mais vous n’avez aucune idée d’où elle a pu aller ? demande Ida. Elle n’a pas laissé un préavis, une reconnaissance de dette ? Parce que j’ai quelque chose qui lui appartient que j’aimerais beaucoup lui rendre…
– Ah, mais dans ce cas, vu qu’elle a des dettes envers moi, c’est à moi !
– Si vous produisez le papier, aucun problème. Sans contrat préalable, en revanche… »

Martin se gratte le menton : il lui semble avoir apposé lors de la signature du bail une condition au paragraphe 6 : « Si le ou la locataire part en courant sans prévenir, le logeur devient propriétaire légal de ses possessions ». Il descend dans sa loge pour fouiller dans ses papiers, jetant une oreille distraite à la radio dont le programme musical s’interrompt soudain.

« Et maintenant, les informations ! Beaucoup de changements cette semaine dans notre belle cité d’Itras. Notre reporter très spécial est en déplacement devant les locaux du père Shade, où la ligue de vertu manifeste maintenant depuis une semaine pour protester contre cet établissement.
– Alors, madame Wellington, expliquez-nous les raisons de cette manifestation…
– L’alcool, c’t’une abomination, mon p’tit, tout l’monde sait ça ! La sobriété, c’est la simplicité ! C’est c’qui nous permet d’être en forme et d’avoir un joli teint d’pêche ! Comme le tien, mon loup… Fais voir cette belle peau ?
– Euh, à vous les studios.
– La disparition de Jeff l’Usurier en plein procès fait toujours débat parmi les juristes d’Itras By. A-t-il été assassiné ? Une enquête devrait-elle être ouverte ? Le procès d’Amandine Beaulieu pendant lequel cette disparition a eu lieu doit-il être rejugé ? Les experts s’arrachent les cheveux, sans arriver à une conclusion pour le moment. »

Martin ressort la tête de ses cartons en entendant le nom de sa locataire. Ida, à l’étage, frotte soudain plus fort et plus vite.

« Enfin, les anges : avez-vous vu un ange ? En avez-vous un chez vous ? Vous ne le savez peut-être pas, mais c’est possible. Les anges se multiplient en ville ; de plus en plus d’habitants de la cité d’Itras ont été aperçus portant des auréoles, certains n’étant même pas dotés de pouvoirs angéliques précédemment. Heureusement, les inspectrices du couvent de la Très Sainte Lumière d’Itras sont sur l’affaire et devraient rapidement passer en revue les différents anges de la ville pour s’assurer qu’ils ont bien leur permis en ordre. C’étaient les nouvelles, et maintenant, retour à la musique ! »

Martin secoue la tête d’un air navré en remontant chez la femme magnifique. « Roh, une escroquerie à l’angélisme, on voit de tout de nos jours… Et qu’est-ce que c’est que cette histoire de ligue de vertu, elles feraient mieux de rester dans leur salon celles-là !

– Je crois qu’elles ont pris comme un affront personnel le fait que mon partenaire, Jonas StJones, ait renoncé à la sobriété, à cause de la pression… »

Validation de la nature angélique

Chez Cléanthe, l’Étranger n’a pas bougé du canapé où il s’est assis après son excursion dans les souterrains. Cela fait des mois qu’il se tient la tête entre ses mains, en marmonnant : « Mais je ne comprends pas… ». Cela agace beaucoup Cléanthe, qui aimerait bien un peu moins d’animation dans sa maison : entre cet importun, sa femme qu’il a croisée l’autre jour et son majordome, pas moyen d’être tranquille… Il a d’ailleurs croisé Francis l’autre jour avec un air sauvage sur le visage et les vêtements maculés de sang, qui a refusé de répondre à ses questions.

À force de le garder à l’œil, Cléanthe s’est décidé à fouiller la chambre de son domestique, où il a trouvé son journal intime, dont il a feuilleté les pages en sirotant un cognac. Les premières pages n’avaient aucun intérêt, jusqu’à ce que Francis raconte sa rencontre et son mariage avec une jeune peintre dont il est fou amoureux, mais qui l’a rejetée. Les dernières pages du journal relatent sa deuxième rencontre avec Amandine, pour qui il a décidé d’éliminer un rival amoureux, un certain Jeff l’Usurier. Voilà qui fait ronchonner Cléanthe : son majordome a déjà eu son histoire d’amour malheureuse, et pas lui…

La sonnette vient tirer l’Étranger de sa torpeur : Francis lui annonce qu’une jeune femme veut le voir. À sa suite, une jeune fille de 15 ans au plus, portant la cornette et la robe de bure, pénètre dans le salon.

« Bonjour, on m’a dit qu’il y avait un ange dans cette maison ?
– Ah oui ? demande l’Étranger. C’est quoi un ange ?
– C’est vous le maître de maison ?
– Non, je ne connais aucun maître…
– Francis, qu’est-ce que c’est ? demande Cléanthe en descendant les escaliers. Une nonne pour monsieur l’Étranger ? Vous ne l’avez pas laissée rentrer, j’espère ?
– C’est-à-dire que monsieur l’Étranger m’a dit qu’il était d’accord, et je n’ose pas trop lui désobéir…
– Mais vous, jeune fille, continue l’Étranger, que pensez-vous du bonheur ? Dites-le moi, j’ai besoin de savoir !
– Francis, il faut intervenir. Tout de suite. »

Cléanthe déboule dans le salon, attrape les épaules de sœur Vestine, et la tire loin de l’Étranger.

« Mais enfin, qui êtes-vous ? Bas les pattes !
– Cléanthe Brumaire, je suis l’hôte de cette maison et nous devrions loin de cet individu…
– J’ai bien l’impression que c’est de cet individu que je suis venue m’enquérir.
– Monsieur Brumaire, poussez-vous, j’ai besoin de savoir ! »

Cléanthe fait rempart de son corps, mais l’Étranger l’écarte délicatement.

« Pour vous, ma sœur, c’est quoi le bonheur ?
– Vous ne devriez pas faire ça, murmure Cléanthe.
– Le bonheur, c’est… Eh bien, comme toute personne qui se respecte : la prière, la dévotion, et évidemment une ténacité sans faille !
– Quand vous dites “dévotion”, vous dites “amour” ?
– Ah oui, l’amour d’Itras !
– Oui, voilà ! L’amour, c’est ça le problème ! C’est ça que je ne comprends pas ! Moi je donne l’amour, mais les gens sont malheureux après !
– Francis, ordonne Cléanthe, si quelqu’un commence à se déshabiller, sortez la batte et tapez très fort sur l’Étranger.
– Si vous tombez amoureuse de cet homme, demande l’Étranger à sœur Vestine en lui désignant Francis, vous serez heureuse ?
– Eh bien non, dans mon ordre les relations amoureuses sont interdites, nous avons d’ailleurs eu quelques problèmes à ce sujet…
– Pourquoi, ce n’est pas ça le bonheur ?
– Non, le seul vrai amour, c’est celui d’Itras ! Le reste, ce sont de banals…
– Où est-elle, cette Itras ?
– Dans nos cœurs, dans nos âmes, un peu partout et nul part à la fois…
– Foutaises ! Où est-elle ? Montrez-la moi ! Il faut que je lui parle !
– Ma sœur, supplie Cléanthe, vous devriez vous écarter de cet individu. Vraiment. »

L’Étranger saisit la main de sœur Vestine, et lui demande de l’emmener à Itras ; Vestine lui propose de lui montrer le couvent de la Très Sainte Lumière d’Itras, à condition qu’il réponde à ses questions sur le chemin. Elle sort un cigare qu’elle se met à la bouche d’un air nerveux ; l’Étranger lui explique que ça ne se fume pas comme ça, et lui introduit dans l’oreille.

Où Géraldine se fait grossièrement éconduire

Martin finit par trouver dans l’annuaire l’adresse de Bjørn Svëngard, chirurgien-charpentier, mais lorsqu’il tente de l’appeler, il n’entend qu’une étrange pulsation au bout du fil. Au 4e étage, Ida quant à elle, aperçoit une étrange lumière scintiller sous la porte de son appartement… Elle laisse tombe sa brosse à récurer et se dirige, hésitante, vers sa porte à laquelle elle colle l’oreille. Une mélodie semble résonner à l’intérieur ; elle frappe et appelle, sans réponse, à part un faible sifflement d’oiseau. Elle finit par passer la tête par le chambranle et s’aperçoit que la lumière en question émane de sa chambre, d’où vient d’ailleurs de sortir un rouge-gorge, à présent posé sur sa tête (la fenêtre est pourtant fermée). Ne sachant qu’en faire, elle finit par éventrer un des coussins du canapé pour lui faire un petit nid. Alors que le rouge-gorge s’installe dans son nouveau chez-lui, un deuxième rouge-gorge sort de la chambre d’Ida, qui tente de l’attraper, sans succès.

Elle finit par entrer dans sa chambre et découvre une lumière qui émane de son lit, plus précisément de la boîte à chapeau sous son lit, d’où sort également une douce musique… Ida sort la boîte, qui vibre légèrement entre ses doigts, de sa cachette et pose son oreille contre elle ; c’est comme s’il y avait une forêt à l’intérieur, qui exhalait une odeur boisée et produirait des bruits d’animaux… Elle fait le tour de la boîte avec son doigt, tout en marmonnant : « C’est pas correct, on me l’a confiée… ». Elle défait malgré tout le ruban et pousse délicatement le couvercle. Il lui semble apercevoir une sorte de forêt miniature, autour d’une petite tour faite de briques, lorsque Martin l’appelle dans l’escalier.

Martin a fini par retrouver le contrat de la femme magnifique, et il met le papier sous le nez d’Ida ; cette dernière plonge depuis la rambarde du 4e étage jusqu’au rez-de-chaussée, attrape le contrat, et part en courant tout en déchirant le papier en petits confettis. Martin, rouge de colère, monte jusqu’à l’appartement d’Ida dont il trouve la porte ouverte. Après avoir fouiné un peu (en prenant garde de ne pas abîmer les fraisiers), il trouve la boîte à chapeau sous le lit ; mais il n’a pas le temps de l’examiner, une voix de femme l’appelle dans l’escalier.

En ronchonnant, Martin va à la rencontre d’une femme d’une quarantaine d’années, unijambiste, qui se propose comme nouvelle locataire.

« L’appartement n’est pas encore nettoyé, madame, lui répond-il d’un ton grinçant.
– Oui oui, je m’en doute mais je voulais tout de même vous déposer ma candidature…
– Très bien, allons en discuter dans ma loge. »

Tous deux redescendent, Martin en pantoufles, Géraldine en sautant sur son pied valide.

« Alors ma p’tite dame, qu’est-ce que vous avez comme références ?
– Eh bien, je suis quelqu’un de très sérieuse, je fais partie de la ligue de vertu, Miss Wellington est d’ailleurs ma garante, et je…
– QUOI ? Sortez d’ici !!! »

Martin se redresse du haut de son mètre cinquante et pointe l’index vers la porte d’entrée de l’immeuble, tandis que son crâne rougeoie de rage.

« Oh là là », murmure Géraldine une fois hors de l’immeuble, « quand Chesterfield va apprendre ça, elle va pas être contente… »

Tout ce que vous voudrez

Sur le chemin du couvent, Cléanthe a beau traîner des pieds, il ne peut empêcher Vestine de poser des questions à l’Étranger : « Vous sentez-vous souvent supérieur aux autres ?
– Quelle réponse vous rendrait heureuse ?! répond l’Étranger d’un air exalté.
– La vérité.
– C’est oui ou non, la vérité ?!
– Je ne peux pas le dire à votre place…
– Je ne sais pas, alors !
– Euh, alors… dans ce cas… Avez-vous souvent l’impression que vous ne comprenez pas le genre humain ?
– Quelle réponse vous rendrait heureuse ?!
– Mais la vérité, enfin !
– Et pour cette question, c’est quoi la vérité ?!
– Monsieur, je ne sais pas si vous êtes un ange, mais vous êtes en tout cas sacrément obtus ! Mais comment, monsieur, connaissez-vous cet individu ?
– C’est une très longue histoire, soupire Cléanthe en tirant une bouffée sur sa cigarette de 30 centimètres de long. Une histoire que je n’ai pas la force de raconter maintenant…
– Mais vous, vous pouvez peut-être me le dire : ce monsieur est-il un ange ? Il a l’air d’avoir les protubérances règlementaires…
– Croyez-moi, ma sœur, j’ai vu quelques protubérances de cet individu. Je pense que c’est une très mauvaise idée de l’emmener dans ce couvent : certaines de vos camarades de chambrée ont vécu des événements traumatiques à cause de cet individu.
– Mais je ne comprends pas, continue l’Étranger dans son coin, la vérité, ça fait partie du bonheur ?
– La vérité, lui cingle Cléanthe, c’est que vous avez fait bien du mal à sœur Eusébie !
– Mais c’est ça, le problème, monsieur Brumaire ! Je ne comprends pas ! Moi j’ai cru que le bonheur c’était ça ! Elle est tombée amoureuse de vous, et vous un peu d’elle, et pourtant vous êtes malheureux ! Ça, je ne peux pas le comprendre !
– Attendez, quoi ? C’est vous l’homme après qui sœur Eusébie pleure toutes les nuits ?

– Oui, c’est lui !! Mais pourquoi elle pleure ?!! Elle n’avait qu’à partir avec lui pour mourir d’amour tous les deux… Et pourtant ils ont préféré se quitter dans ce malheur, je ne comprends pas… Vous comprenez, vous ? Expliquez-moi ! Dites-moi la vérité !
– La vérité, c’est que sœur Eusébie a fauté ! Et qu’elle s’en est trouvée bien peinée, ce qui est normal, mais qu’à présent elle fait pénitence ! L’amour charnel est interdit dans notre ordre !
– Mais les interdictions, ça fait pas partie du malheur ?
– Euh… Eh bien non, euh… Dans notre cas, cela amène au bonheur… Bon, je vais sans doute remettre mon questionnaire à plus tard, car…
– Non ! Allons voir cette Itras. Si le bonheur découle d’elle, il faut que je voie ça. Il faut que je comprenne. Allons-y, monsieur Brumaire, comme ça vous pourrez peut-être revoir cette jeune femme !
– Ça va mal finir, tout ça… » soupire Cléanthe.

Un ange au couvent

Dans la cour intérieure, l’Étranger se met à interpeller Itras à tue-tête.

« Vous savez, lui explique Vestine, vous pouvez lui parler mais il faut parfois attendre des années avant qu’elle ne réponde…
– Je n’ai pas le temps ! ITRAS ! ITRAS ! »

L’Étranger part en courant dans les couloirs.

[Épiphanie décide de tirer une carte « Chance ». Il tire : « Bon conseil. Vous pouvez demander conseil à quelqu’un (un PJ, un PNJ, un mort, quelqu’un qui n’est pas là, tout est possible). Quelqu’un d’autre incarne cette personne ; vous décidez de la façon dont vous communiquer. Si vous suivez son conseil, vous réussirez, mais si vous ne le suivez pas, vous êtes condamné.e à échouer. »]

Le gorille prophétique apparaît à Cléanthe qui, affolé, se demande quoi faire pour échapper à une orgie. Il voit dans sa tête le gorille [incarné par Eugénie] le regarder à travers les barreaux de sa cage, nouer ses mains en un gros poing, et fait le signe de l’abattre sur la nuque de quelqu’un. Cléanthe n’a beau pas être un violent, lorsqu’il voit l’Étranger se rapprocher de la cellule de sœur Eusébie, c’en est trop ; il lui met un coup derrière la nuque avec ses deux poings et assomme son locataire.

Vestine se plante devant Cléanthe et lui agite son cigare au visage.

« Monsieur, je ne sais pas si cet individu est un ange ou non, mais c’est en tout cas un dangereux psychopathe ! J’aimerais que vous l’ôtiez de ces lieux au plus vite.
– Ma sœur, vous pouvez l’interroger, mais dans un endroit confiné. Il ne faudrait pas que vos autres sœurs soient en contact avec lui : il a un effet… disons, nocif, sur les gens de votre ordre. Je vais tout vous expliquer mais ne le laissons pas dans le couloir, s’il vous plaît.
– Bon, je vais appeler la garde grise, et ils s’occuperont de son cas.
– Non, ça ne mérite pas cela… Et puis si c’est vraiment un ange, ce serait quand même grave !
– Je sais : nous allons l’enfermer dans le confessionnal. »

En ahanant, Cléanthe et Vestine tirent l’Étranger jusqu’au confessionnal ; il est enfermé dans l’un des deux compartiments, tandis que Vestine et Cléanthe se serrent dans l’autre partie. Cléanthe, nerveux, allume l’un des cigares de la sœur.

« Mais où suis-je ? demande l’Étranger à son réveil. Je suis aveugle, je ne vois plus rien !
– Vous êtes dans un confessionnal, monsieur. Vous allez tout me dire à présent.
– Itras, c’est vous ?
– Répondez à mes questions, et je répondrai aux vôtres. Je veux savoir depuis combien de temps vous êtes dans cette ville.
– Je ne saurais dire… Je suis arrivé… Il y avait de la fumée, et une femme magnifique, qui irradiait la lumière…
– Vous venez donc d’ailleurs ?
– J’étais dans le lit d’une autre femme, ensuite, mais elle n’irradiait pas du tout la lumière… Elle était plutôt vieille, et…
– Attendez, on s’en fiche d’elle. Cette femme qui irradiait la lumière, de quoi avait-elle l’air ?
– Elle était magnifique. Elle semblait flotter dans les airs, et une lumière intense s’échappait d’elle…
– C’est étrange, murmure Vestine à Cléanthe, il semble décrire… C’est la même chose dans notre livre saint… C’est impossible…
– Nous sommes plusieurs à l’avoir vue, cette femme. J’ai également eu ce plaisir à plusieurs reprises. »

À cette révélation, sœur Vestine tombe en prière frénétique.

« Je suis sûr que cette femme a quelque chose de particulier, continue l’Étranger. Elle doit avoir la clef du bonheur !
– Monsieur, dit Vestine, si ce que vous dites est vrai, alors cela veut dire qu’Itras est revenue parmi nous…
– Mais vous, vous savez où elle est, n’est-ce pas ?
– Eh bien non, justement… Vous allez m’amener à la gare et me montrer là où vous l’avez vue.
– Je peux vous emmener, si vous voulez, propose Cléanthe. Elle a habité pendant un temps un immeuble de mauvaise vie…
– Comment, elle a habité ici ?! Allons-y tout de suite. »

Vestine appelle sœur Jacquie, sa consœur habilitée à vérifier les miracles, et les quatre partent en ville, non sans que Vestine ait admonesté Cléanthe une fois de plus : « Nous reparlerons de ce que vous avez fait avec Eusébie, vous en répondrez, monsieur ».

 

Martin Poicreux dans les fraisiers

Après quelques mètres, Ida s’arrête de courir lorsqu’elle se rend compte qu’elle ne sait pas où aller. Elle finit par se diriger vers le zoo, pour aller se rasséréner auprès du gorille prophétique. Celui-ci joue des airs dissonants au piano et a l’air surpris de voir Ida en dehors d’un dimanche : c’est que celle-ci a besoin d’un conseil. Elle s’est enfuie bêtement de chez elle, mais c’est sans doute parce que quand elle était petite, elle avait toujours rêvé de faire ça quand la mère supérieure revenait avec son bulletin de notes… Mais à présent, Ida voudrait rendre la boîte à chapeau à la femme magnifique et retourner à sa vie. Le gorille lui propose une prophétie : il tapote sur sa machine et lui apporte une petite carte recouverte de signes typographiques : « Le dieu machine le dieu machine le dieu machine le dieu machine n’attendra plus très longtemps ». Ida a l’air circonspecte ; le gorille aussi, mais ainsi vont les prophéties. Il lui fait un petit baiser avant qu’elle ne reparte vers chez elle, d’un pas un peu plus affirmé.

Martin finit par arriver à contacter Bjørn Svëngard, et tombe sur son secrétariat. Hélas, l’agenda du chirurgien-charpentier est plein jusqu’au mois prochain…

« Quoi ?! s’étrangle Martin. C’est toujours pareil, jamais là quand on a besoin d’eux !
– Monsieur, gardez votre calme s’il vous plaît. C’est la première fois que vous appelez un chirurgien-charpentier ? chuchote le secrétaire. Vous êtes censé négocier et essayer de me corrompre…
– Ah ! Eh bien j’ai de la gnôle comme pas permis qui m’encombre, et je serais prêt à en oublier une douzaine de bouteilles devant ma porte…
– Ah, ça tombe bien, un client vient juste de décommander ! Monsieur Svëngard peut venir tout de suite, finalement !
– Merci monsieur ! Et merci pour vos conseils !
– Je ne vois pas de quoi vous parlez. »

Martin retourne au milieu des fraisiers d’un air gai, pour examiner à nouveau cette fameuse boîte à chapeau. À l’intérieur se trouve une version miniature de la Tour de la lune, celle qui est au centre de la cité, mais elle est ici entourée d’une forêt. Un oiseau sort de la boîte, manquant éborgner Martin, et se perche sur son épaule alors que le logeur est pris d’une idée idiote mais irrépressible… En rougissant, il pose la boîte ouverte au sol, remonte l’une de ses jambières, et passe un pied, en tirant la langue, à l’intérieur. Il manque tomber à la renverse et se rattrape juste à temps. Finalement, il prend la boîte sous son bras et descend quatre à quatre s’enfermer dans sa loge, pour se livrer à quelques expériences… Enfin c’est ce qu’il prévoit de faire, jusqu’à ce qu’on sonne à sa porte.

Martin fait un clin d’œil à son propre portrait sur le mur et va ouvrir.

Deux nonnes, un ange et une boiteuse visitent l’immeuble des connasses

« C’est pour l’appartement ? demande Martin en dévisageant les nonnes et les deux hommes qui se trouvent devant lui.
– Elle est là ? demande l’Étranger. Elle est là, la femme magnifique ?
– Euh, oui oui, tempère Cléanthe, on vient pour l’appartement. Et surtout n’écoutez pas ce que dit cet individu.
– Vous parlez de la dame qui recevait beaucoup de personnes ? Elle est partie également. Bon en tout cas, l’appartement n’est pas fini de nettoyer, et…
– Bonjour monsieur, sœur Vestine, nonne en chef du couvent de la Très Sainte Lumière d’Itras.
– Vous voulez louer ici ? Mais c’est pas du tout votre quartier…
– Non, je souhaiterais voir un appartement dans lequel un supposé miracle aurait eu lieu. Au 4e B, il me semble.
– Ah, je suis désolé, mais je ne fais que des visites qui conduiraient à un bail.
– C’est vrai alors ? demande l’Étranger à Martin en lui tenant les épaules. La femme magnifique a logé dans cet appartement ?
– Oui, et elle me l’a rendu dans un état ! Elle me doit trois mois de loyer, vous vous rendez compte, alors j’espère que vous avez des garants car je suis très sélectif désormais.
– Et si, demande sœur Vestine, je vous disais que je voulais louer cet appartement, vous me le feriez visiter ?
– Mais bien sûr ! »

Ida se découpe dans l’encadrement de l’entrée, avant de se figer en apercevant les deux nonnes.

« Mais je suis majeure ! crie-t-elle. Je peux pas y retourner ! Ça sert à rien de me dénoncer !
– Qu’est-ce que tu racontes, Ida ? demande Martin.
– Ah… C’est pas vous qu… qui les avez appelées ?
– Non, elles viennent visiter l’appartement. Tiens, rends-toi utile, fais-leur la visite, j’ai un… truc… à faire dans mon bureau. »

Ida reprend de l’assurance, et mène tout le monde au quatrième, à part Cléanthe qui reste en bas, épuisé. Il entre discrètement dans la loge de Martin Poicreux, qui est à genoux, en train d’attacher des pelotes de laine à une coupe sportive, sur le point de la descendre dans la boîte. Cléanthe ne fait pas attention à lui et se vautre en soupirant dans un fauteuil en demandant une bouteille à Martin, qui en reste comme deux ronds de flan mais obtempère tout de même.

« Alors comme ça vous la connaissiez, la dame de là-haut ?
– Il m’est arrivé de la croiser, oui… répond Cléanthe en versant de l’extrait de violette dans sa gnôle. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai comme besoin de me confier, soudain. Votre présence, peut-être ? En fait, je crois que l’Étranger n’est pas au courant que j’ai passé une nuit avec cette femme, il y a quelque temps.
– Eh ben ! siffle Martin. Mais elle avait bu ?
– Elle, je ne sais pas, mais moi oui.
– Eh ben. Bon, c’est pas que je vous retiens, mais… »

Leur conversation est brutalement interrompue par de violents coups sur la porte. « Roh, on n’est jamais tranquille… » râle Martin en allant ouvrir. Face à lui, une femme d’une quarantaine d’années, unijambiste, qui l’attrape en criant : « Alors comme ça tu veux pas louer à ma sœur parce qu’elle est trop bien pour toi ?! J’vais te dire un truc mon gars : dans cet immeuble tu loges de sacrées connasses, et tu veux pas nous accueillir ? C’est l’immeuble des connasses, c’est ça ? Quand on est gentil on n’a pas le droit d’habiter là ?
– Mais je vous en prie, je vais appeler la maréchaussée !
– Tu vas appeler rien du tout, sauf ta mère quand je t’aurai défoncé la gueule ! Alors maintenant, tu vas nous faire visiter l’appartement du 4e B, tu vas regarder le dossier de ma sœur, en bonne et due forme, et si t’estimes qu’elle a un bon dossier, alors tu lui loueras !
– C’est pas de chance, il est loué à une nonne…
– Elle est où cette nonne ?!
– En haut, vous pouvez aller voir. »

Et Martin claque la porte en se frottant les mains, alors que Géraldine essaye de calmer Chesterfield.

L’ange et les nonnes

« Si j’étais vous », prévient Cléanthe, « je barricaderais cette porte… Elle va revenir… »

Au 4e B, Ida fait visiter l’appartement en ne quittant pas les nonnes des yeux. Il faut dire que sœur Jacquie la regarde d’un air bizarre depuis tout à l’heure. L’Étranger, sans écouter Ida, pose sa main sur le cœur de sœur Vestine, qui proteste.

« Votre cœur bat un tempo magnifique ! Une sorte de musique ! Je n’ai jamais rien entendu de pareil ! »

Vestine le gifle : « Vous arrêtez ça tout de suite, où j’appelle la police ! Je veux bien que vous soyez un peu dérangé, mais une agression sexuelle, c’est hors de question ! »

L’Étranger essaye de poser sa tête sur la poitrine de Vestine, mais sœur Jacquie l’attrape par le col et le secoue vigoureusement avant de le balancer par l’encadrement de la porte.

« Bon, reprend Vestine, vous êtes sûre qu’Itr… Je veux dire “la femme magnifique” a habité dans cet appartement ? Il me semble tout de même bien miteux pour…
– Pour ? Vous la connaissez ?
– Oui et non… On est en quelque sorte intime.
– Vous êtes intime avec ma voisine de palier ? Vous ?
– Nous ne nous sommes jamais rencontrées, mais je la connais aussi bien que ma propre mère ou ma propre sœur. Vous avez déjà lu notre bible ? »

Ida est prise d’un soudain hoquet pour toute réponse.

« Vous allez bien, madame ? Madame comment déjà ?
– Kérosène, hoquète Ida.
– Ça me dit quelque chose… marmonne Jacquie.
– En tout cas, si vous aviez lu notre livre… C’est en quelque sorte la vie de la “femme magnifique” qui est décrite…
– Elle est là-dedans, la nonne ? Pousse-toi, toi ! »

Ida, qui reconnaît la voix de Chesterfield, entreprend de se cacher sous le canapé.

Après le bonheur, la douche!

« Géraldine, s’exclame l’Étranger, vous ici ?
– Euh oui, bonjour, monsieur l’Étranger !
– Tiens, v’là le briseur de familles ! Le fouteur de merde ! Qu’est-ce que tu fais là, tu flirtes avec des nonnes toi aussi ?
– Non, pas du tout ! Qu’est-ce que flirter ? Chesterfield, vous êtes la seule à avoir gardé ce bonheur que je vous ai donné ?
– Comment ça j’l’ai gardé ? J’ai pris une douche après, j’suis pas dégueulasse !
– Je préférais qu’on n’évoque pas tout ça, dit Géraldine en fronçant les sourcils. Ça me met très mal à l’aise…
– Voilà, t’as mis mal à l’aise ma sœur, t’es content ? Un habitué des catastrophes, celui-là. Allez, pousse-toi de là. EHO, LA NONNE, T’ES LÀ ?
– Laissez-la, elle a une musique magnifique dans le cœur…
– Ouais bah ça tombe bien, moi aussi j’vais lui jouer une musique magnifique sur le cœur, tu vas voir ! OUVREZ OU JE DÉFONCE LA PORTE ! Je compte jusqu’à trois. Un… deux… »

L’Étranger embrasse alors Chesterfield, en même temps qu’Ida ouvre la porte, terrifiée.

[Je décide de tirer une carte « Chance ». Je lis : « Dans un miroir, dans un rêve. Jouez le reste de la scène sur la face B d’Itras By, où tout est inversé. Comment cela affecte-t-il les personnages sur la face A ? »]

Chesterfield rend avec fougue son baiser à l’Étranger.

« Ah, enfin, tu vois la raison ! Je savais bien que c’était moi que tu aimais, et pas ma sœur…
– Ah mon dieu, non ! C’est horrible ! s’exclame l’Étranger en la repoussant.
– Mais ça va pas d’embrasser cet individu ! proteste Géraldine. T’as vu comme il est laid !
– Ah, tant de bonheur, ça me donne envie de vomir ! crache l’Étranger.
– Eh bah vomissez partout, ça me fait plaisir, c’est moi qui nettoie ! dit Ida. Regardez, je donne l’exemple. »

Elle s’enfourne deux doigts dans la bouche et vomit sur la tapisserie. Sœur Vestine, une vieillarde desséchée, dit à Jacquie de plier bagage : cet appartement est bien trop beau pour leur déesse, elle ne peut se trouver ici. Il est temps de retourner à leurs sacrifices humains.

« Hop hop hop, personne part avant d’avoir fait les prières, proteste Ida.
– Mais dis-moi, dit sœur Jacquie, une petite sœur malingre aux airs de souris, tu n’étais pas au couvent il y a longtemps ?
– Ouais, si. J’ai démissionné, vous étiez pas assez croyantes pour moi.
– Tu ne serais pas plutôt partie parce que tu n’avais pas assez de courage ? Tiens, par exemple je parie que tu n’es pas capable d’embrasser cet homme laid !
– Eh, pas touche ! C’est le mien !
– Personne ne m’embrasse ! dit l’Étranger en crachant sur Chesterfield.
– Si tu t’attaques à ma sœur, prévient Géraldine, tu vas devoir t’en prendre à moi d’abord !
– Mais viens l’unijambiste, que je te défonce ta deuxième jambe ! »

Géraldine se jette sur l’Étranger pour l’étrangler ; ce dernier commence à lui mordre les oreilles. Dans leur pugilat, ils dégringolent tous deux jusqu’au rez-de-chaussée, avant d’aller s’échouer dans le bureau de Martin Poicreux. Ida les suit tout en arrachant les planches de l’escalier au fur et à mesure et en les jetant un peu partout : « C’est ça ! » crie-t-elle, « on va tout péter ! Cet immeuble il est pourri de toute façon, je veux plus y habiter ! ».

« Eh bien », jubile Martin, « voilà qui tombe parfaitement pour mes sacrifices à l’Entité noire ! ». Il rajuste sa robe de bure et enferme tout ce petit monde dans son bureau, avant de se diriger vers la cave. Cléanthe, un grand type tatoué habillé en cuir, sort de sa cachette et aide Géraldine à se relever, d’un air enjôleur.

« Salut, lui susurre-t-il.
– Salut. Dis-moi, y a ce type affreux qui m’embête, tu veux pas lui péter la gueule, et après on couche ensemble ?
– Boh, il va aller se ranger dans un coin sans faire chier le monde, ça ira ? »

Les yeux de l’Étranger rougissent, et un brasier semble commencer à s’allumer autour de lui.

« Pas touche, beau gosse, elle est pour moi celle-là. Elle va souffrir.
– Eh oh, c’est moi qui décide ! dit Géraldine. On peut partager…
– J’ai autre chose à vous partager, dit Cléanthe. Quand j’ai débarqué ici, le petit bonhomme en robe de bure était en train de se masturber au-dessus d’une boîte. Ça vous dit de voir l’état de ses fantasmes ? Au pire on pourra se moquer de lui… »

Il leur tend la boîte, couverte de suie et toute gondolée. Géraldine se penche au-dessus et en regarde le contenu avec un regard pervers ; l’Étranger la pousse à l’intérieur ; Cléanthe pousse l’Étranger à l’intérieur ; Ida pousse Cléanthe à l’intérieur. Lorsque Martin revient, il a juste le temps de voir la tête d’Ida disparaître à l’intérieur. Il est bien embêté, il a promis une victime à l’Entité noire… Il entend une voix derrière lui : « Excusez-moi, où est passée ma sœur ?
– Je crois qu’elle est tombée là-dedans… »

Chesterfield se penche au-dessus de la boîte ; Martin la pousse à l’intérieur, avant d’y sauter à son tour.

A suivre…

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