Amours, anges et appareillages 2/2 – Des Nouvelles d’Itras By 7

Et là tout bascule… Où l’on découvre que les histoires d’amour finissent mal, en général, mais pas tout le temps. confrontation massive dans la nuit d’Itras By, les pièces se mettent en place et le final s’annonce en demi teinte.

bad-alfred
Le combat entre Cléanthe et l’ange Alfred (allégorie)

Un regrettable accident

« Connasse, tu vas voir ce que je vais te mettre !
– Viens-y, j’ai pas peur de toi la maigrelette, j’vais en faire de la pâtée pour bananes !
– Mademoiselle Beaulieu, gémit Cléanthe en s’accrochant aux jambes d’Amandine, rendez-moi malheureux !
– T’as entendu, tu le rends malheureux comme les pierres ! Moi j’le veux heureux mon  Cléanthe !
– C’est parce que tu sais pas ce qu’il veut ! »

Amandine attrape une bouteille vide qui traînait et en assène un violent coup sur la tête d’Eusébie.

[Je demande à Guylène de tirer une carte « Résolution ». Clémence lit : « Oui, et… Vous réussissez, et parvenez à faire plus que prévu, peut-être même un peu trop. »]

Eusébie tombe en arrière et se cogne la tête contre un meuble. Une flaque de sang sort de son crâne alors que les bananes, prenant peur pour leur mère, se ruent sur la nonne pour la frapper encore et encore, avant de siroter le sang qui s’infiltre entre les lattes du parquet. Cléanthe sort une cigarette de son étui :
« C’est la chanson, hein ? J’aurais dû venir avec la chanson ?
– Cléanthe… Aidez-moi… Qu’est-ce qu’on vient de faire ? C’est qui cette nonne ?
– C’est l’amour qui l’a tuée. On n’y peut rien, quand on veut trop le bonheur, c’est ce qui arrive.
– Mais moi je voulais pas lui faire autant de mal ! Et puis vous voyez bien que c’est elle qui m’a attaquée ! Et pourquoi, d’abord ?
– Eh bien, je… Ce doit être un peu à cause de moi, à vrai dire… J’ai repoussé ses avances un peu plus tôt dans la soirée, avant de les accepter et de les remettre à plus tard… Vous savez, je suis quelqu’un qui envoie parfois des signaux un peu contradictoires…
– J’avais remarqué…
– Descendons-la à la cave. »

Augusta arrive sur ces entrefaites dans l’appartement d’Amandine.
« Mais que se passe-t-il ici ? Qu’avez-vous fait à Augusta ?
– Sœur Augusta, lui répond Amandine, c’est terrible ! Mais ce n’est pas de ma faute ! Attendez, rentrez, on va discuter. »

Amandine ferme ce qu’il lui reste de porte d’entrée et se tourne vers sœur Augusta, qui ne se laisse pas distraire.
« Mais enfin, vous venez de tuer cette pauvre nonne qui n’avait rien demandé à personne !
– Rien demandé à personne ?! Elle m’a attaqué ! C’était de la légitime défense ! Cléanthe est témoin ! »

[Je demande à tirer une carte « Chance ». Je lis : « Cas de conscience. Deux conseillers apparaissent sur chaque épaule de l’un des personnages (PJ ou PNJ) présent dans la scène. Le temps s’arrête alors que les conseillers tentent de convaincre le personnage de la supériorité de leur argument (opposé à la position de l’autre conseiller). Choisissez qui reçoit les conseils et qui contrôle les conseillers ». Dans la scène suivante, ce sont Épiphanie et Julien qui contrôlent les conseillers.]

Le sang froid de sœur Augusta

Augusta se demande si elle doit croire Amandine et Cléanthe, ou si elle doit appeler la garde grise.

« Non mais l’important, Augusta, lui dit le premier conseiller, c’est pas qu’elle soit morte ; de toute façon, ça faisait des semaines que c’était une plaie pour le couvent… Maintenant, tu as un cadavre et deux personnes sur les bras que tu peux faire chanter, tu pourras en tirer plein de bénéfices !
– Faut pas l’écouter ! Chanter ? Mais pas du tout ! Ça se voit, ce sont des danseurs ! Il faut les faire danser !
– Évidemment que non, il faut les faire chanter ! Regarde, un homme et une femme, c’est un beau duo de chant, par contre ils sont pas du tout assortis, ils danseraient très mal ! Regarde la grande gigue qui est par terre, tu crois qu’il peut aligner trois pas sans se prendre les pieds dans le tapis !
– Si on parle de gigue, bien sûr, ça marchera pas ! Mais une belle danse de salon, c’est un couple magnifique pour ça ! Avec la portée de ses bras, son visage dramatique… Je suis sûr qu’un bon fox-trot…
– Une danse de salon ? Encore faudrait-il avoir un salon ! Là t’as deux abrutis qui vont se demander ce qu’ils veulent faire, et tu peux exiger d’eux ce que tu veux…
– Bon, coupe court Augusta, gardons notre calme. Eusébie n’était plus que l’ombre d’elle-même, ça ne pouvait que mal finir… Par contre, vous pourriez légalement être arrêtés pour un crime grave. Sans parler des bananes, qui ont besoin de leur mère… Je ne dirai donc rien pour le moment et vous aiderai à cacher le corps si vous voulez. Mais il va falloir que vous m’aidiez par la suite. J’ai pour mission de faire fermer un établissement le plus vite possible, et je compte sur vous pour cela.
– Cléanthe, lui demande Amandine, vous feriez ça pour moi ? Pour me protéger ? Je vous promets votre histoire malheureuse. »

Pour la première fois depuis sa naissance ou presque, Cléanthe a un sourire. Il lâche les bras d’Eusébie pour serrer la main d’Amandine :
« Cochon qui s’en dédit!
– J’ai une idée pour le corps, dit Augusta. Je suis déjà venue ici, et… Il y a toujours la même chose dans la cave ?
– Je crois qu’elle n’a pas bougée. Je vois ce que voulez dire…
– J’ai rencontré votre logeur récemment, dit Cléanthe, je sais où est la clef de la cave. »

Les paroles de la femme magnifique reviennent à l’esprit d’Augusta qui frissonne soudain ; mais il n’y a pas d’autre solution. Amandine prend les pieds d’Eusébie ; Augusta prend sa cornette ; Cléanthe, en soupirant, prend les bras.

Arrivés au rez-de-chaussée, Amandine entreprend de crocheter le bureau de Martin Poicreux, pour récupérer la clef de la cave, tandis que des cris de joie se font entendre à l’extérieur, célébrant Alfred. Elle demande à Augusta de ne laisser entrer personne ; ne parvenant pas à ses fins avec la porte, elle demande aux bananes de se faufiler dans le bureau et de lui ouvrir de l’intérieur.

Des adieux de Jonas, des ennuis des autres

À l’extérieur, Jonas qui était sur le point d’entrer tombe nez à nez avec sœur Augusta.
« Bonjour Augusta, je viens voir Amandine.
– Eh bien… euh… Elle est un peu occupée en ce moment… Vous ne voulez pas revenir dans une heure ou deux ? Ça va être compliqué, là.
– Je ne vais quand même pas partir sans lui dire au revoir.
– Partir ? En vacances ?
– En mer. Pour toujours.
– Mais qu’est-ce qui vous a pris ?
– Je n’ai pas décidé. C’est la boisson.
– Je comprends, vous pensez que sur un bateau plein de marins vous serez à l’abri de la tentation…
– Mais vous n’y pensez pas ! C’est justement pour ça que je dois partir ! Pour éviter de moins boire !
– En tout cas, je ne crois pas qu’Amandine…
– Je comprends, sœur Augusta. J’étais content de vous voir. Et surtout, continuez ce que vous faites. »

[Clémence demande à tirer une carte « Résolution » pour savoir si Augusta se laisse attendrir par Jonas. Guylène lit : « Oui, mais seulement si… Le personnage réussit, mais seulement si elle met un.e ami.e en difficulté. »]

Augusta jette un coup d’œil au-dessus de l’épaule de Jonas, et se rend compte qu’un ange, un vrai, est en train de léviter devant l’immeuble, une foule en prière autour de lui : « Alfred le guérisseur ! » crient-ils. Alfred la pointe du doigt :
« Toi ! Où est Amandine ? Je dois lui parler !
– Euh… Je reviens tout de suite ! Ne bougez pas ! »

Augusta ferme la porte et court vers Amandine et Cléanthe pour leur expliquer ce qu’il se passe dehors. Amandine donne un coup de pied dans le corps d’Eusébie, qui dévale les escaliers de la cave avant de s’écraser en bas avec un bruit mou. Augusta commence à être envahie d’un sentiment atroce en apercevant la pénombre de la cave en contrebas ; il lui semble qu’un pseudopode s’étend vers elle, faisant fi des murs et de toute barrière physique…

« Ne faites pas cette tête, lui dit Amandine. Après tout, vous ne la connaissiez pas si bien, Eusébie… Et puis elle n’avait plus la lumière d’Itras… Et puis elle a essayé de me tuer, tout de même !
– Oui, je… Oui oui… »

Pendant ce temps, Cléanthe ouvre la porte d’entrée à Jonas, à présent entouré des anges qui attendaient devant la fenêtre d’Amandine.

« Entrez, mon cher Jonas. Pour les autres, il faut le numéro.
– Mais je l’ai ! Regardez, c’est moi le numéro 3 !
– Ah, mais nous en sommes au numéro 747 à présent…
– Et puis nous avons un problème technique, dit Amandine. Nous ne recevons plus aujourd’hui. Et puis nous ne travaillons pas la nuit…
– Mais j’ai les maquereaux ! dit Olthatel.
– Revenez demain matin, deux heures après le lever du soleil. »

Les anges s’en vont en maugréant.

« Ah Jonas, poursuit Amandine, on peut dire que vous choisissez bien votre moment !
– Ce n’est jamais moi qui choisit le moment, c’est le moment qui me choisit.
– Sans doute… Alors ça y est, vous prenez la mer ?
– Comment ? dit Cléanthe. Vous partez, monsieur StJones ?
– J’ai accompli ce que je devais accomplir ici, et l’heure du départ approche…
– Monsieur StJones, je suis désolé mais vous ne m’avez toujours pas livré de chanson. Et je vous ai payé en aventures sonnantes et trébuchantes. Sœur Augusta ici présente peut en attester.
– Pardonnez-moi, Cléanthe, mais quel homme partirait en mer sans laisser de dettes derrière lui ?
– Mais ce n’est pas une dette ! C’est un accomplissement de faire une chanson pour moi !
– Cela dit, ajoute Amandine, un marin qui ne laisse pas une chanson dans son port de départ, ce serait étrange…
– Oh mais je laisse des chansons, dit Jonas. Je laisse même des poèmes. Écoutez, Cléanthe, vous m’êtes sympathique, c’est pour cela que je suis allé au delà d’une chanson. J’ai mis en place quelques éléments qui devraient vous apporter ce que vous voulez, dès lors qu’histoire d’amour il y a. Pour un certain nombre d’amants éconduits, cette histoire existe.
– Ah, le malheur final est donc à peu près assuré !
– Si vous vous y prenez bien, cela finira en tragédie, avec du malheur et peut-être même du sang.
– Le sang, c’est déjà un peu fait, dit Augusta.
– Ah bon ? Vous avez croisé Francis ?
– C’est vous qui lui avez torché ce petit poème ? demande Cléanthe.
– Moi qui pensais m’en être débarrassée… soupire Amandine.
– J’en doute. Francis est motivé pour éliminer tous tes amants, Amandine.
– C’était un peu la raison de mon empressement à venir vous voir, explique Cléanthe.
– Comment ça ? Vous n’avez tout de même pas risqué votre vie en connaissance de cause à cause de Francis ? »

Cléanthe lui répond par un sourire gêné.
« Je dois dire que je lui ai signalé que j’étais un concurrent… Il ne devrait plus tarder.
– Et Alfred a l’air d’autant plus motivé, ajoute Jonas, qu’il a accompli quelques miracles aujourd’hui qui lui valent désormais une réputation importante et fidèle.
– Chère Amandine, lui dit Cléanthe, il faudrait que nous vivions cette histoire d’amour rapidement, car elle risque de se terminer très très vite à présent…
– Ah, dit Jonas, et il se peut qu’Alfred demande la garde des bananes.
– C’est que j’avais prévu de passer du temps à vous rendre très amoureux de moi, Cléanthe, de constituer un vrai bonheur, pour que la rupture soit d’autant plus malheureuse… J’ai l’impression de bâcler les choses.
– Eh bien prenez beaucoup de temps, mais très rapidement. Ou bien partons en cavale…
– Il y a des places sur mon bateau, indique Jonas. On dit que l’amour meurt en mer…
– Au milieu de votre histoire d’amour, rappelle Augusta, n’oubliez pas que vous me devez une grande faveur.
– Il n’est pas d’homme qui part en mer sans laisser de dettes, sourit Cléanthe.
– Bon, dit Amandine, aidons sœur Augusta, puis embarquons avec Jonas.
– Si vous le permettez, enchaîne Jonas, je vais aller voir le reste de mes connaissances.
– Ça tombe bien, vous connaissez le gérant de La Part du diable n’est-ce pas ? Vous allez lui dire au revoir ?
– Oui, un fieffé coquin. Ils auront bien mérité leur fermeture.
– Cher Jonas, lui dit Cléanthe, j’aurais bien quelque chose à vous proposer : que diriez-vous d’un concert d’adieu à La Part du diable ?
– J’ai bien peur que cela me soit interdit.
– Mais vous êtes un artiste ! Vous vous moquez des interdits ! Nous nous occupons du propriétaire, et vous faites votre concert. Vous jouez l’intégralité de votre nouveau répertoire : le public n’y survivra pas.
– Au fait les bananes, vous n’avez pas dit bonjour à tonton Jonas ?
– Tonton Jonas ! Tonton Jonas ! »

Le papa des bananes est un ange badass

Les bananes se pressent autour de Jonas pour l’embrasser.
« Dites, les bananes, leur dit Jonas, vous savez qu’il y a papa dehors ? »

Les bananes se ruent immédiatement vers la porte d’entrée, tandis qu’Amandine gifle Jonas.
« Mais enfin Jonas, qu’est-ce qu’il te prend ? Sans me consulter, en plus !
– Tu aurais l’audace de priver un saint, un ange, leur père, de rencontrer ses bananes ?
– Tu ne le connais pas comme je le connais. Quand on voit ce qu’il a pu me faire…
– Cet homme a guéri les Grimasques !
– Cet homme m’a gravé des choses sur le corps sans me demander mon avis ! Cet homme a pactisé avec l’Entité noire et le maître d’école pour me reconquérir ! Il a tenté de me faire avaler un étrange liquide noir ! Sans les bananes, il serait dans un tout autre état à l’heure qu’il est ! C’est grâce aux bananes que les Grimasques sont guéris !
– Eh bien crois-moi, cet homme a besoin des bananes bien plus que toi. Quand je lui en ai parlé, il s’est assombri… Tu ne voudrais tout de même pas qu’il devienne un ange noir ?
– Amandine, dit Cléanthe, ce sont vos bananes. C’est à vous de décider.
– On va voir comment elles réagissent, pleurniche Amandine. Il faut que j’en parle avec elles… Mais ça m’arracherait le cœur de les laisser… Et comment je vais expliquer ça à Ida… »

Amandine entrouvre la porte, et voit Alfred dans les airs, les poings sur les hanches, dévisageant Francis qui est entouré par les bananes : « Touche pas à papa ! Méchant, méchant ! » crient-elles.

« Descends de là ! hurle Francis. Tu me fais pas peur, et tes bananes non plus ! Ah, bonsoir monsieur Brumaire. Il faudra racheter des canapés, nous n’en avons plus. Toi ! Descends de là que je te fasse la peau !
– Cléanthe, il n’y a qu’une solution, dit Amandine. Désolée de mettre votre vie en danger. Je voudrais éconduire ces hommes en leur montrant que je suis engagée dans une histoire d’amour avec vous… Cléanthe, embrassez-moi devant tout le monde.
– Vous parliez de temps, tout à l’heure ?
– Embrassez-moi ! »

Cléanthe s’approche en tendant maladroitement les lèvres, tandis que Jonas joue « les amants d’Itras By » au banjo. Amandine embrasse fougueusement Cléanthe qui lui rend son baiser avec passion. Francis les regarde d’un air halluciné, tandis qu’Alfred noircit sensiblement. « On a un nouveau papa ! » piaillent les bananes.

« Cléanthe » rugit Alfred en soulevant Cléanthe dans les airs.

[Guylène demande à tirer une carte « Chance ». Elle lit : « Deux nouvelles. Les personnages reçoivent une bonne et une mauvaise nouvelle. Le MJ décide de la bonne nouvelle. Quelqu’un d’autre décide de la mauvaise nouvelle, qui est annoncée en premier ». Guylène choisit Julien pour annoncer la mauvaise nouvelle.]

Combat de l’ange et de l’amoureux indécis

Attirée par les mauvais sentiments d’Alfred, en cette nuit la plus longue qui est la seule qui lui permette de sortir, l’Entité noire commence à suinter de la cave, en une flaque qui se tend vers Alfred. Dans le même temps, Alfred laisse tomber de sa poche un livre, qui s’ouvre sur sa dernière page, un paragraphe qui décrit avec moult détails le jour où tous les anges ont été bannis d’Itras By par les nonnes du couvent de la Très Sainte Lumière d’Itras, qui ont réalisé un exorcisme puissant pour repousser les anges hors de la ville.

« Sœur Augusta ! lui crie Amandine. Il nous faut des nonnes ! »

Augusta sort sa corne de brume miniature et souffle dedans pour appeler les nonnes à la rescousse.

Alfred soulève Cléanthe au niveau de ses yeux, deux orbites creuses au fond desquelles semblent briller deux lumières vertes. Une exhalaison noirâtre s’échappe de sa bouche et cherche à rentrer dans ses narines.
« Cléanthe, Amandine est pour moi.
– Euh, pas tout de suite, à vrai dire…
Soumets-toi ou meurs. »

Cléanthe repense aux rituels des adorateurs de Nindra auxquels il a assisté : il lui revient en tête la récitation des prières de Nindra à l’envers, meilleur moyen de se protéger d’une entité divine. Il se met à psalmodier tandis que, plus bas, Augusta sent quelque chose d’aqueux s’agiter autour d’elle. Une voix dégoulinante retentit.
« Ce n’était pas la bonne nonne ! Nous voulons la vraie nonne ! Sœur Augusta, sœur Augusta ! »

Un pseudopode s’enroule autour de ses chevilles : Augusta lui jette de l’eau bénite, mais cela n’a aucun effet, le pseudopode monte sur ses cuisses, atteignant presque ses hanches. Augusta récite ses prières, pense à la femme magnifique, mais rien n’y fait.
« Aidez-moi ! Débarrassez-moi de cette chose ! »

[Je demande à Clémence et à Épiphanie de tirer une carte « Résolution » commune pour savoir si leurs prières aboutissent. Je lis : « Oui, mais… Vous réussissez, mais le coût de votre succès vous rattrape bientôt (une ou deux scènes plus tard) ».]

Cléanthe s’abandonne dans sa prière ; ses yeux se révulsent, alors qu’Augusta prie également avec ferveur, récitant ses chapelets à la vitesse d’un train. L’emprise d’Alfred diminue peu à peu : sa peau noircit et se durcit, et il lâche Cléanthe au sol juste avant de prendre feu et de tomber à terre. L’Entité noire, elle, est prise de soubresauts et donne de grands coups dans la façade de l’immeuble, faisant fuir les ex-Grimasques, avant de repartir dans sa tanière en sifflant des imprécations contre la nonne : « Je reviendrai ! Ton temps viendra, Augusta ! ».

La revanche de Francis

Les nonnes du couvent débarquent sur ces entrefaites, et Augusta leur apprend la mort de sœur Eusébie aux mains (pour ainsi dire) de l’Entité. Les sœurs tombent à genoux et prient pour le salut de son âme ; Augusta les accompagne. Les bananes pleurent la mort d’Alfred, qui finit de se calciner au sol, et se tournent soudain vers Cléanthe : « Tu as tué papa ! » sifflent-elles avant de se jeter sur lui. Au même moment, la porte de l’immeuble s’ouvre en grand alors que le cadavre en charpie d’Eusébie est lancé par l’Entité au pied des nonnes. Sœur Augusta en vomit de dégoût alors qu’Amandine se jette aux pieds de Cléanthe ; Jonas tape un rythme sur le dos de son banjo d’un air impatient.

« Votre papa était devenu un ange noir, il aurait fait du mal à maman ! Et lui c’est mon amoureux !
– Mais il a tué papa !
– Je vous avais offert un petit chat… balbutie Cléanthe.
– Et puis c’est papa qui s’est tué lui-même, explique Amandine, parce que c’est papa qui est venu chercher les problèmes ! »

Les bananes se mettent à pleurer ; quelques-unes ronronnent timidement autour de Cléanthe, qui leur propose d’être leur nouveau papa.
« D’accord, répondent-elles, mais seulement si tu fais pas de mal à maman !
– Mais non, c’est maman qui va me faire du mal, ne vous inquiétez pas…
– Cléanthe, lui dit Amandine, nous avons déjà deux cadavres entre nous, dont un de mon ex-amant, le père de mes bananes, j’ai encore un ancien mari qui veut ta peau, j’ai appris que tu avais une femme, et nous voulons partir sur un bateau… Je pense que tous les éléments sont réunis pour que nous ayons une histoire malheureuse merveilleuse.
– Je suis tout à fait d’accord, c’est le plus beau jour de ma vie ! »

Cléanthe se relève et prend les mains d’Amandine ; c’est le moment où Francis lui plante un couteau dans le dos.
« Pas vous, monsieur… pas vous…
– Fr… Francis… Vous penserez bien à faire le ménage partout en mon absence… »

Cléanthe s’effondre. Aussitôt, les bananes se ruent sur Francis et le rouent de coups.

Sœur Vestine s’approche d’Augusta.
« Dites-moi, quand vous étiez au manoir, vous avez parlé avec une femme ?
– Absolument, la pauvre épouse délaissée de Cléanthe Brumaire…
– Vous lui avez proposé de rentrer dans notre ordre, oui.
– Elle m’a demandé comment dans l’ordre pour une amie, je lui ai expliqué…
– D’après elle, vous lui avez dit qu’elle pouvait rentrer chez nous sans problème. Vous connaissez les règles, Augusta ; en y ajoutant la mort suspecte de sœur Eusébie…
– Vous ne croyez tout de même pas que j’ai quelque chose à voir là-dedans !
– Ça n’est pas de mon ressort. Vous savez ce que les règles du couvent demandent : nous allons devoir vous soumettre à la question.
– Ma mère, vous n’allez pas me faire ça ! Je suis innocente, je n’ai rien fait de mal !
– C’est ainsi, soupire Vestine d’un air peiné. Je n’ai pas écrit notre saint livre. »

Augusta sait qu’on ne sort que rarement de la question avec tous ses membres intacts… Il vaudrait mieux qu’elle s’enfuie, mais il y a aussi la mission confiée par l’Ange de Church Hill…

« Mes sœurs, y en a-t-il une parmi vous qui pourrait soigner des blessures ? demande Amandine au-dessus du corps faible de Cléanthe.
– Amandine… murmure celui-ci. Je dois tout de même te dire… Après tous ces moments passés à côté de toi… Je te trouve très amusante comme femme.
– Je connais quelqu’un, dit Jonas. Un vieux pêcheur sur le port, qui reprise des filets comme personne. Mais je refuse de porter Cléanthe, il saigne, et je n’ai que ce costume rouge.
– Jonas… Le rouge sur le noir, c’est du meilleur goût en ce moment…
– Très bien. Vous savez tenir un rythme ternaire, Cléanthe ? Allez-y. Un, deux-trois, un, deux-trois… »

Finies les galères, prenons la mer!

D’un pas sautillant, Jonas et Cléanthe s’éloignent vers le port, suivis par Amandine, ainsi qu’Augusta qui a profité des louanges chantées par les anciens Grimasques pour filer en douce (les sœurs sont obligées, par leurs vœux, de suivre une Gloire à Itras).

Sur le quai, Jonas se dirige vers Clothaire et lui demande son aiguille.
« J’en ai besoin pour recoudre un ami…
– D’accord, mais fais vite, tu sais qu’on embarque ce soir.
– Cléanthe, approchez !
– Je n’ai plus la force… Amandine, je sens que je pars…
– Nous allons partir ensemble en bateau, oui ! Accrochez-vous ! »

Sœur Augusta sort de sa sacoche quelques onguents, mais ça risque de ne pas suffire…
« Si seulement j’avais une âme ! Il suffirait de la diluer avec de l’eau de vie pour en faire un médicament efficace… Certes un peu dangereux, mais efficace… »

Cléanthe sort une petite fiole de sa poche ; c’est l’âme que lui avait donné Henry Bludgeon. Clothaire consent à donner quelques gouttes de sa flasque. Amandine mélange le tout, en y ajoutant un peu de violette ; elle en applique un peu sur la plaie de Cléanthe et lui donne le reste à boire.
« Au moins, je mourrai en sentant bon… »

Cléanthe perd connaissance. Jonas finit de recoudre sa blessure, et rend son aiguille à Clothaire qui lui indique qu’il est temps de partir.
« On se demandait justement, dit Amandine, si vous n’auriez pas trois places de plus sur votre bateau…
– Y a toujours des places sur le bateau.
– On aurait bien besoin de prendre un peu le large avant de revenir à Itras By…
– On monte pas comme ça sur mon bateau. Si vous montez, il faut boire. »

Amandine vide la flasque malgré elle ; lorsqu’elle la passe à Augusta, la flasque est à nouveau pleine. Augusta la descend à son tour, et en fait boire à Cléanthe. Une fois l’alcool bu, les trois se rendent compte qu’un tatouage d’encre est apparu sur leur bras, un peu comme celui que Jonas a depuis un certain temps.

Jonas s’éclipse pour faire ses adieux à Ida, avant de se diriger vers le zoo. La roulotte de Francis est éclairée ; à l’intérieur, Phil dévore un cassoulet. « On n’a plus de saucisses », soupire-t-il, « mais Francis m’a dit qu’il me ramènerait bientôt de la viande fraiche ! Alors il paraît que tu vas partir ?
– Ouais. Je suis là pour la scène des adieux. Quand tu auras fini, tu pourras aller en parler aux autres ? Les prévenir que le rideau se lève dans une dizaine de minutes. »

Dans sa cage, le gorille est vautré dans sa paille, plus déprimé que jamais. Jonas entre et s’installe au piano. Il commence à jouer une douce mélodie ; le gorille se lève lentement, voit les animaux rassemblés autour de la cage, et s’approche timidement de Jonas. Il le prend dans ses bras et se met à l’accompagner au piano.
« Barnabé, tu peux partir avec nous, tu sais.
– Un gorille sur un bateau, ça prendrait trop de place, lui répond le gorille avec ses yeux.
– T’as jamais eu envie de grimper en haut d’un mât ? »

Le gorille frappe dans ses mains en guise d’assentiment. Il met Jonas sur ses épaules, fait un signe aux animaux, et bondit hors de la cage, vers le port.
« GÉRAAAAAAAAALD VOUS SOUHAITE UN BON VOYAAAAAAAAGE ! hurle une voix au-dessus d’eux.
– On va voir la mer, Gérald ! lui lance Jonas.
– RAAAAAAAMENEZ-MOI DU POISSOOOOOOOON ! »

Amandine, Augusta et Cléanthe attendent Jonas et le gorille sur le bateau ; ce dernier prend tout le monde dans ses bras.
« GÉRAAAAAAAAAAAALD EST LÀ POUR LES OUBLIIIIIIIIS ! » hurle Gérald une fois de plus en laissant tomber à leurs pieds la machine à écrire de Barnabé.

Un sifflet résonne sur le quai ; le bateau commence à s’éloigner. Au lieu, une corne de brume résonne : « Une nonne s’enfuit ! Arrêtez ce bateau ! » crie Vestine. Le bruit de la corne est si fort qu’il tire Cléanthe de sa torpeur.
« Que se passe-t-il ? J’ai dormi longtemps ? Où est Francis ? Ah oui, nous partons en cavale… C’est une histoire d’amour qui commence… »

Cléanthe sourit. Le bouton de fleur qui avait fané sur sa boutonnière s’ouvre soudain en un grand narcisse. C’est la fin de cette longue nuit ; le jour se lève sur Itras By.

La suite au prochain épisode!

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s