La colère du bonhomme rouge – Libreté 3

Où nos quatre héros et les enfants perdus décident enfin de retourner à la sécurité de Libreté. Saint Truc, le p’tit Truc au Plot, Saint Michèle du corridor et Tiffany trouvent une forme d’entente très provisoire et guident Salia, Rafik et César, de plus en plus étrange vers le musée piscine. Mais la vie en communauté impose des règles que les nouveaux venus ne sont pas toujours à même d’accepter, comme on va le voir. C’est la partie où les choses commencent à partir en sucette et où se referme le relatif espoir des deux premières session. Finie l’éclaircie, finie l’entente de groupe… Pour ceux qui voudraient savoir ce qui s’est passé avant, c’est par ici

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Le triptyque du bonhomme rouge, protecteur mystique de Libreté

Allers et retours

L’accueil du groupe chez le Conservateur se passe bien, très bien même. Le maître de Libreté est comme on pourrait s’y attendre plutôt du genre affable, incroyablement poli, et des plus attentionnés. Même les allusions de Saint Truc sur son futur mariage avec Tiffany ne semblent pas le gêner outre mesure (contrairement à Saint Michèle, jalouse). Il remercie chaleureusement les anciens pour la semi-réussite de leur mission (ils sont revenus sains et saufs, même si leur « baguette magique » n’a pas l’air très convaincante) et accepte même d’autoriser Saint Truc à accéder au local de peinture pour se refaire une beauté – il lui suffira d’aller voir Plan d’évacuation, le chef des Trucs, pour lui demander les clés. Une cérémonie est d’ors et déjà programmée pour le lendemain, avec au menu rencontre du Bonhomme rouge et attribution à une bande suivies d’une petite fête.

Sortant de chez le Conservateur, Tiffany se demande tout haut ce qui va leur arriver ; il faut dire qu’elle n’a pas l’air d’apprécier franchement le principe de sélection par le Bonhomme rouge, ni la perspective de devenir une Tounu ou une Truc ! Avoir sa bande à elle, ça ce serait vraiment bien. Le P’tit Truc et Saint Truc commencent à avoir peur qu’elle rejoigne les Vandales… Enfin, leur inquiétude est de courte durée parce que le premier fonce chercher sa peinture quand l’autre lance un nouveau jeu avec une bande de gamins comprenant sa grande copine Raidymède et le petit Rafik.

Bref, pendant que les plus petits sont occupés à jouer à la sirène (« Touchée ! C’est toi la sirène ! »), Tiffany et Salia se retrouvent à devoir trouver un endroit où dormir. Elles traversent Libreté d’un bout à l’autre, croisent des Trucs, aperçoivent des Médiévales, taquinent un beau Tounu qui visait le record d’immobilité et saluent leur copain Jean-Luc au passage, avant de finir devant la boutique de souvenirs, en plein territoire vandale – c’est même le QG de Ralph et de sa bande ! Malgré les protestations des garçons vivant sur place, Tiffany décide de s’installer là, profitant de l’indécision d’un Ralph qui n’ose pas la jeter dehors après ce qu’ils ont traversé ensemble (c’est-à-dire pas grand-chose au fond mais bon… « mais on tape pas les filles quoi ! Et puis celle-là elle est bizarre, elle prend des décisions et on a pas le temps d’en placer une ! »).

Pendant ce temps, César s’est retrouvé embarqué dans le jeu de la sirène mais n’a pas vraiment compris quelle en était la limite ; il a attrapé Raidymède et ne la lâche plus, alors la petite se met à crier de peur. Il faut l’intervention de tous les autres enfants pour faire comprendre au gosse bizarre qu’il ne joue pas correctement, et quand il obéit l’ambiance a été un peu égratignée alors Raidymède déclare qu’elle veut plus jouer (« comme d’habitude dès qu’elle perd ») avant de dire du mal de César et de se disputer avec le P’tit Truc venu.e défendre l’enfant étrange.

Saint Truc de son côté cherche Plan d’évacuation en sautant sur toutes les personnes qu’il croise jusqu’à ce qu’enfin il tombe sur sa cible et puisse réclamer la clé du local de peinture au nom du Conservateur. Mais Plan est un malin, il exige un mot officiel avant de pouvoir s’exécuter, alors Saint Truc repart dans l’autre sens, toujours avec enthousiasme ; il est cependant une nouvelle fois stoppé dans sa quête, cette fois par Sainte Josiane, une des gardes du corps du Conservateur, qui lui donne un rendez-vous officiel pour le lendemain midi (« quand la grande horloge de la piscine a les deux aiguilles tout en haut »). Mais Saint Truc ne maîtrise guère le temps, alors il se plante devant l’horloge en plein milieu de la piscine qui est le territoire des Tounus. Il reste là jusqu’à ce que Raoul Tounu, une des plus grosses brutes de Libreté – le genre gamin précoce avec des poils mal rasés qui aurait bien du mal à passer pour une statue –, lui tombe dessus et lui ordonne de partir, en lui faisant comprendre avec l’appui de son gros doigt lourd tout ce que l’intrus pourrait subir s’il ne partait pas très vite.

Dans la boutique, Tiffany continue d’interroger l’organisation de Libreté devant Ralph qui essaie de lui expliquer que les Vandales n’existent pas, que c’est une invention du Conservateur pour désigner ceux qui refusent le Bonhomme rouge et ses choix, et qu’il ne faut pas se laisser dicter sa conduite par un type aussi poli soit-il. La princesse en conclut alors qu’elle devrait véritablement avoir sa bande, et même mieux : elle devient sûre que le Bonhomme rouge saura lui accorder sa propre bande, en toute officialité ! Ainsi, plus de problèmes ! Ralph est sceptique…

Saint Truc, qui se sent Médiévale dans l’âme, fonce chercher le Marquis en sautant sur toutes les personnes qu’il croise jusqu’à ce qu’enfin il tombe sur sa cible et puisse se plaindre des mauvais traitements de Raoul Tounu (il s’impose dans un goûter de Médiévales où tout le monde s’est habillé à l’ancienne avec des nappes façon capes de chevaliers). Sauf que le Marquis n’est pas d’accord : ce problème ne le concerne pas ! Saint Truc est un Truc, pas un Médiévale ! « On avait un accord avec Plan d’évacuation ! Alors tu vas lui demander de t’aider et tu laisses les Médiévales tranquilles ! » Insensible aux geignardises de Saint Truc, le Marquis lui referme la porte au nez. Et Saint Truc de repartir vers une nouvelle étape de sa quête, son enthousiasme un poil entamé…

Le repas du soir est chiche pour tout le monde, ou presque. Ça l’est toujours en tous cas pour les Trucs qui reçoivent les restes des « vraies » bandes. Ça l’est moins pour une fois chez Ralph parce que Tiffany a proposé de partager ce qui restait de l’expédition : des chaussons aux pommes, des frittes molles et des sachets de ketchup ou de sauce pommes-frites à suçoter « façon Pom’potes ».

Oublié de tous, Saint Truc se réveille dans un couloir pour découvrir, horrifié, qu’il fait nuit et qu’il ne peut plus lire la grande horloge de la piscine ! Il décide alors de choper une lumière : il sait qu’un autre Truc appelé Electruc en a une sur un casque, mais celui-ci dort maintenant au milieu du dortoir et un gamin appelé Kandicy dit à Saint Truc de se taire, et puis que d’abord c’est un Médiévale et qu’il a rien à faire ici. Comme Saint Truc commence à faire du bruit avec le P’tit Truc qui s’est réveillé et veut maintenant jouer au fantôme, Kandicy décide en bon fayot d’aller prévenir Plan d’évacuation mais Saint Truc profite de son départ pour s’emparer soudain de la lampe tant convoitée et s’enfuir à toute vitesse. Un grand bruit résonne au moment où la lampe éclate sur un rebord de porte mais le Truc ne s’en rend pas compte sur le moment… Quelques mètres plus loin, bien embêté devant l’objet en miettes, il décide de se défausser sur les Tounus en jetant discrètement l’objet dans la piscine et retourne se coucher devant la porte du Conservateur.

Derniers préparatifs avant décollage

Saint Truc est réveillé le lendemain matin par Sainte Josiane qui accepte de guerre lasse de l’introduire plus tôt auprès du Conservateur, lequel se laisse à son tour convaincre d’écrire un mot officiel pour le local de peinture (Saint Truc sait se montrer persuasif et ne se fatigue jamais ; au pire, il crie). Avant de partir, le Truc demande au chef de Libreté si celui-ci va se marier avec Tiffany, alors le Conservateur lui répond qu’il ne peut pas, qu’il est en quelque sorte marié au Bonhomme rouge… avant de se rendre compte de sa terrible erreur. Dire cela à un Truc ?! A Saint Truc de surcroît ? Mais il est trop tard : à peine relâché, le gamin court dire tout le monde que le Conservateur est amoureux du Bonhomme rouge et qu’ils vont se marier, et avoir des bébés rouges, etc.

Chez le reste des Trucs c’est le drame, Electruc est traumatisé par la perte de sa lumière et apprend par la bouche innocente du P’tit Truc qui est le vrai responsable (« Il a joué au fantôme avec ! »). Pour réparer la situation et faire que les gens soient contents, le p’tit et son plot vont au grand bassin chercher la lampe perdue. Dans la piscine, les Tounus sont occupés à installer le triptyque du Bonhomme rouge en attendant la cérémonie qui doit avoir lieu vers midi. Accusé abruptement par un tout petit machin assez difficile à comprendre, Raoul nie avoir pris la lampe et commence même à s’énerver à force de voir des micro-Trucs venir lui casser les pieds toutes les cinq minutes ; cela n’arrête cependant pas le P’tit Truc qui fonce ensuite retrouver Saint Truc en affirmant que Raoul refuse de rendre la lampe et même qu’il « l’accuse devant », lui, de l’avoir brisée.

A la boutique, pendant que la bande à Ralph et celle à Tiffany finissent les dernières compotes et autres chaussons, un certain Josh Demi-nu, porte-parole mielleux du Conservateur, vient les voir pour leur annoncer la grande nouvelle : ils seront accueillis officiellement juste après midi, adoubés par le Bonhomme rouge et attribués à une bande pour le restant de leur vie. On viendra les chercher tantôt, qu’ils profitent des heures restant pour revêtir leurs plus beaux atours !

De son côté, Saint Truc retrouve enfin Plan d’évacuation et lui présente son mot ; le chef des Trucs accepte, de très mauvaise grâce, à la condition que le petit s’excuse auprès d’Electruc pour ce qu’il lui a fait, et qu’il arrête de traîner auprès des Médiévales, y compris cette Saint Michèle qui ne vaut pas mieux ; le P’tit Truc qui était là prend très mal les critiques envers son amie et une dispute éclate, les mots dépassent la pensée… et du coup d’autres pensées, nouvelles, germent dans le P’tit Truc qui se dit que peut-être il vaudrait mieux devenir une Vandale (pour la plus grande joie de Tiffany qui entreprendra de la ramener dans sa bande à grands coups de chaussons aux pommes).

Exhaussant son rêve le plus fou, Saint Truc se rend dans le local de peinture : des pots, partout, de toutes les couleurs ! Il y en a même un, isolé des autres, qui contient de la peinture… rouge. La couleur du Bonhomme. Dont on dit qu’elle donne des pouvoirs. Le Truc n’ose pas y toucher, il se contente donc de se recouvrir de couleurs diverses et de se refaire une beauté à sa façon. Mais il n’oubliera pas ce pot bien fermé, placé à part des autres…

Une fondue chez le Bonhomme rouge

Josh Demi-nu revient enfin chercher la petite troupe à la boutique de souvenirs. Après leur avoir cassé les oreilles avec l’immense honneur qui devrait être le leur, il les arrête peu avant la piscine et leur demande d’attendre qu’on les appelle. La petite bande s’exécute sans rechigner. Tous les clans officiels de Libreté sont dans la grande salle, à attendre de découvrir leurs nouveaux camarades. Le P’tit Truc a du mal à tenir en place ; Saint Truc tente rapidement de se faire pardonner d’Electruc mais celui-ci lui fait comprendre brutalement qu’il ne veut plus jamais avoir affaire à lui (« De toute façon t’as jamais été un Truc, c’est bien un comportement de Médiévale »).

Tiffany est la première à être appelée par le Conservateur. Sur le mur s’étend le triptyque du Bonhomme rouge et le maître de Libreté se tient juste en-dessous, majestueux, à prononcer un discours d’accueil bien rodé. La jeune fille s’avance lentement sans voir le Bonhomme rouge qui s’extirpe lentement de son tableau et penche la tête vers elle. C’est au moment où la grande créature déplie un long bras jusqu’à Tiffany et lui touche le cœur d’un doigt fin qu’elle la voit enfin : une grande silhouette humanoïde dépourvue de vêtements, de sexe ou de traits, entièrement rouge et lisse, à la fois impressionnante et légèrement effrayante. La chose hésite puis désigne lentement le camp des Médiévales qui se mettent à crier de joie : un nouveau membre ! La princesse semble relativement satisfaite du résultat… jusqu’à ce qu’elle entende le nom que lui donne le Conservateur : Sainte Cunégonde de l’allée 19C ! Elle se braque aussi sec et refuse tout net, avant de faire demi-tour en se drapant dans sa dignité sous le regard médusé de l’assemblée.

Salia et Rafik n’osent pas réagir en voyant leur « grande sœur » quitter les lieux ; c’est au tour de César de s’avancer. Le garçon fait ce qu’on lui dit, sans voir le Bonhomme rouge qui se penche comme à chaque fois au-dessus de la future recrue. Un long doigt fin se pose sur le cœur et César voit enfin quand soudain la chose se met à hurler, comme saisie d’une douleur impossible à décrire, son doigt commençant à fondre comme s’il avait été couvert de peinture liquide ou d’une substance plus horrible encore, et puis c’est tout le reste de la peau du Bonhomme qui part, dévoilant un corps humain écorché en-dessous. Le monstre projette par colère César dans la pièce et commence à frapper autour de lui, balançant des enfants dans toutes les directions, déchiquetant des chairs, arrachant des membres. Tout le monde hurle, on s’enfuit comme on peut. Saint Truc et le P’tit Truc et Raidymède ne savent pas quoi faire quand le Bonhomme les aperçoit mais Saint Michèle s’interpose au dernier moment – la courageuse jeune fille est aussitôt projetée contre un pilier et retombe sur le sol, inanimée.

Salia fonce chercher Tiffany et Rafik et leur dit que le Bonhomme est devenu fou – la timide jeune fille n’a jamais été aussi animée. La princesse hésite un instant à partir sur le champ de Libreté… et puis elle se dit que ça pourrait lui être utile d’intervenir et lui donner une bonne image auprès de la communauté. Elle repart chercher César avec Ralph à ses côtés et tombe en chemin sur Saint Truc et le P’tit Truc au Plot. Saint Truc a une idée, aussi absurde que séduisante. Un plan est rapidement monté.

Saint Truc reprend de force la clé du local de peinture à Plan d’évacuation et va chercher le pot de peinture rouge. Rejetant l’envie de s’enfuir, Tiffany se jette sur le monstre pour l’occuper et se met à lui balancer tout ce qui lui passe par la tête, une longue série de cris douloureux surgis de vieilles disputes parentales à moitié oubliées ; le P’tit Truc en profite alors pour jeter de la peinture à la face de la créature dans l’espoir de la « réparer ». Hélas le liquide rouge se répand bien sur le corps écorché mais il refuse de tenir. Le Bonhomme rouge frappe brutalement ses agresseurs et s’apprête à achever Tiffany quand le Conservateur s’interpose et somme le monstre de cesser sur le champ le massacre. Poussant alors un dernier cri déchirant, la chose s’estompe dans les airs en une fumée écarlate. Conservateur et princesse se regardent un instant, puis le maître de Libreté part sur un « on en reparlera ».

Il est temps pour chacun de panser ses blessures et de rassembler les survivants. Saint Michèle est emmenée à l’infirmerie de secours qui est en train d’être constituée ; Saint Truc va bien. César a l’air en relativement bon état et n’a comme toujours pas compris ce qui s’était passé : pourquoi les enfants ne bougent plus ? A ces mots, Tiffany s’effondre dans ses bras en pleurant : « Ils sont allés rejoindre la grande bande des cieux. » Le P’tit Truc au Plot quand à iel secoue les enfants qui « dorment » dans la grande salle, en vain.

Le soir, les survivants de la boutique de souvenirs resserrent les maigres liens qu’il leur reste au cours d’une longue veillée silencieuse ; on mange les derniers restes en pensant aux disparus, en cercle, sans plus se reprocher quoi que ce soit.

Dans les toilettes des Trucs, le P’tit au Plot essaye de laver son sweat de toute la « peinture rouge » qui recouvre ses vêtements.

Commentaire de Vivien

LA partie où les choses ont commencé à prendre de l’ampleur. Saint Michèle étant absente, je me retrouvais sans l’élément « responsable » du groupe, il fallait donc un événement marquant pour éviter que nous ne passions une deuxième session à nous éparpiller. L’opportunité m’avait été donnée par les joueurs pendant la création en la « personne » du Bonhomme rouge, qui allait se révéler tout à fait réel et monstrueux. Je commençais à envisager cette créature comme une sorte de super-sirène protégeant Libreté en échange de « l’âme » (faute d’un meilleur terme) des enfants, et César pouvait constituer un genre de rival n’ayant pas conscience de sa propre réalité. Le coup de pied dans la fourmilière a très bien marché de mon point de vue par le contraste qu’il offrait avec le début de la partie et la session précédente, et la fin – les petits ne comprenant pas ce qui se passait, la veillée silencieuse – a vraiment eu un fort impact émotionnel.

A suivre !

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2 réflexions sur “La colère du bonhomme rouge – Libreté 3

  1. Ping : Tiffany, César et les enfants perdus – Libreté 2 – La Partie du lundi

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