Chicanes de religion 1/2 – Des Nouvelles d’Itras By 9

Où l’on retourne enfin à Itras By. Après que Jonas, Amandine et Cléanthe se soient enfuis sur un bateau, laissant derrière eux un beau merdier que certains ont commencé à régler, on retrouve quelques figures perdues de vue depuis quelques temps. Et l’on en apprendra plus sur le culte de Nindra, sur les obsessions de l’étranger et l’abominable entité noire qui réside dans la cave de Martin Poicreux. Attention, ce compte rendu comporte aussi un grand nombre de nonnes plutôt agressives! Ça ne s’arrange pas dans la bonne ville d’Itras! A noter que la parution du jeu en français est désormais imminente chez 2D sans face. Le numéro 14 de Di6dent en parle abondamment.. Si c’est pas une bonne nouvelle ça!

vestine
Soeur Vestine et son crew s’en grillant une petite avant de passer à l’action.

Dramatis Personæ

Monsieur Crane (joué par Pierre), explorateur qui s’est perdu, d’où vient-il ? il ne s’en souvient plus…
courte description : de taille moyenne et d’allure très passe-partout (brun, assez maigre), un peu dégingandé, il arbore en permanence l’air d’un homme dépassé par les évènements, mais qui tente de se donner une contenance. Après tout, son environnement immédiat n’est pas vraiment hostile, seulement incroyablement déroutant… n’est-ce pas? (face à l’étrangeté, il a le tic de se masser la main droite…).
Qualités dramatiques : halluciné (la logique d’Itras lui échappe, et il en est conscient) / curieux (sur Itras en particulier) / bravache désespéré
Aimant à intrigue : membre du club des explorateurs d’Itras (qu’il rencontre à la “part du diable” / est lié à “la tempête”); (soeur Oselie) / enquête sur la secte des adorateurs de Nindra / cherche une sortie à la ville.

Martin Poicreux, (joué par Kobal) est un logeur qui tient une grande maison dans le centre d’Itras By. C’est le propriétaire des appartements d’Amandine Beaulieu, d’Ida Jerricane et, jusqu’à peu, de la Femme magnifique. Personnage Veule, il se fait remarquer par ses vestes en lycra et sa voix haut perchée.

L’Étranger (Joué par Mass),  Bel et Naïf étranger
Qualités dramatiques : Beau et énigmatique, naïf, toujours là pour faire plaisir à quiconque
Aimants à Intrigues : La femme magnifique, n’a pas de lien avec la ville.
Il faut bien le dire, on ne sait pas grand chose de lui sinon qu’il erre en ville, très beau, dans son grand pardessus, tentant de rendre heureux ceux qu’il croise. Par ailleurs, il vit chez Miss Wellington, 85 ans, la présidente de la ligue de vertu qui a bien voulu accepter de le loger à son arrivée en ville. Certains l’ont vu se promener tout à fait nu dans la demeure.

Soeur Augusta, (jouée par Clémence) religieuse / rebouteuse, s’y connaît en plantes + anatomie humaine.
Description : Une dame d’une quarantaine d’années, grande et maigre, à l’apparence quelconque. Elle porte le voile et la robe bleu sombre des soeurs de son ordre, ainsi que le médaillon de platine représentant Itras entourée de lumière.
Qualités dramatiques : Très pieuse, très curieuse (surtout en médecine), un peu illuminée
Aimants à intrigue : orpheline, ne sait pas qui sont ses parents / l’Entité Noire veut la détruire / à la recherche des “membres perdus” / procure des contraceptifs aux prostituées dans le plus grand secret, contre les ordres de sa supérieure
Personnages connus : le Gorille Prophétique, les filles de la rue des Nymphes, Soeur Vestine (la mère supérieure)

Quelque temps plus tard…

L’étrange témoignage palimpseste de Martin Poicreux

C’est le cœur de l’automne à Itras By, un temps presque hivernal qui plonge la ville dans une curieuse torpeur. Les arbres ont perdu leurs feuilles et une bise glacée siffle dans les rues. C’est en cette triste après-midi qui n’invite pas à sourire que Martin Poicreux se trouve au commissariat, convoqué par la Garde grise pour tirer au clair la disparition d’un prénommé Björn Svengard dans son immeuble. Martin lui a expliqué être extrêmement mécontent : il avait appelé ce professionnel pour un problème de cancer structurel, et l’a laissé travailler tranquillement, ayant autre chose à faire dans sa loge. Il a fini par partir sans rien dire et sans avoir rien réparé.

Le garde tend à Martin sa déposition, tapée à la machine, pour vérifier qu’il n’y a pas d’erreur. Sur la feuille qu’il lui donne, Martin lit : « Selon le témoin, les sœurs du Couvent de la Très Sainte Lumière d’Itras ont réalisé devant son immeuble un rituel pour bannir les anges de la ville, puis un dénommé Marek a repris les affaires du dénommé Jeff l’Usurier (voir affaire 112B/C-43) ».
« Vous êtes sûr d’avoir écouté ce que je vous ai dit ? demande Martin au garde d’un air peu convaincu.
– Bin oui, j’ai tout marqué sur la feuille, regardez ! “Il est parti de chez moi sans avoir rien fait, j’étais très fâché”. Lisez vous-même ! »

Martin reprend la feuille et constate que sa déposition est bien présente sur la feuille. Il regarde par transparence et se rend compte que selon l’angle de vue, on peut y lire différentes choses…
« Mais c’est un palimpseste !
– Bin oui, vous comprenez, on est en restriction budgétaire, on fait avec ce qu’on a… Bon, tant que j’y suis, je peux vous poser une question sur une affaire en cours ? Est-ce que cet homme vous dit quelque chose ? »

Le garde montre à Martin une photo, prise à la dérobée, d’un homme à l’air triste, vêtu d’un costume trop grand pour lui. Quelqu’un a écrit « Henry Bludgeon » sous la photo.
« Non, pas du tout.
– On reçoit des témoignages contradictoires sur ce type, on dirait qu’il se multiplie dans toute la ville… Bon, très bien.
– Il se multiplie ?
– C’est difficile à dire… On a des témoignages de trafic d’âme, mais c’est foutrement contradictoire ! On ne parvient pas à distinguer le vrai du faux.
– C’est un bien difficile métier que vous faites là. Vous savez, gardien d’immeuble c’est pas mal non plus…
– J’imagine ! Vous savez, moi j’aurais bien aimé faire joueur d’orgue de barbarie, mais papa voulait pas, alors je me suis engagé dans la garde, et je…
– BON ALORS JEANNOT ! T’as fini avec le témoin ?
– Oui pap… monsieur le commissaire ! Vous pouvez disposer, citoyen.
– Tu sais Jeannot, lui susurre Martin, il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves ! Il paraît qu’ils louent des orgues en ville… »

Cette formalité faite, Martin retourne à son immeuble ; cette semaine, il faut qu’il balaye le troisième étage. Des petits bruits tapés contre la porte de la cave l’accueillent ; il va rendre visite à l’Entité noire pour la traire.
« Poicreux, hmmmmm… Où est la nonne, la nonne que je t’ai demandée ?
– Alors euh, j’ai eu une matinée difficile et je n’ai pas eu tout à fait le temps, mais elle arrive ! »

Un pseudopode l’attrape par la gorge.
« Hmmm… Je n’en peux plus ! Il me la faut, tout de suite ! Pars au couvent, ramène-la moi immédiatement ! »

Martin court à quatre pattes jusqu’aux dernières marches, ferme la porte et s’y adosse en respirant bruyamment. Finalement, ce contrat n’était peut-être pas une bonne idée… Voilà un prix bien cher à payer pour protéger son immeuble des petits voyous, et puis cette nonne ne lui a rien fait… Il lui faudrait vérifier au tribunal si le contrat ne pourrait être révoqué.

D’une autre aventure sexuelle de Monsieur Crane, encore en devenir

Comme presque tous les matins, Monsieur Crane se rend chez les adorateurs de Nindra, très impressionnés par lui depuis qu’il leur a raconté sa rencontre avec leur déesse. Il a été invité à consigner sa rencontre dans le grand livre de Nindra, conservé précieusement en haut d’un piédestal en crânes de lapin, et a pu constater que les témoignages de ses confrères laissent quelque peu à désirer. Monsieur Crane écrit donc sa rencontre dans les moindres détails, n’omettant de préciser qu’il a rencontré Nindra alors qu’il cherchait à quitter la cité d’Itras. Selon lui, puisque leur déesse a salué son geste, c’est dans les vertus cardinales de leur ordre que de chercher une sortie d’Itras By par tous les moyens.

Il est ensuite invité à participer au rituel d’invocation du jour, à la louange de Nindra ; quelques personnes sont sacrifiées et tous entonnent le chant d’usage, « Louange à Nindra huit fois maudite, et louange à l’Entité noire, sa serviteuse dévouée ». Pendant le rituel, monsieur Crane ressent une immense ferveur, comme jamais auparavant, et il sent soudain sa main le démanger. Il veut la gratter mais se rend compte qu’elle est en train de disparaître…
« Mes frères, regardez, Nindra m’accorde sa bénédiction !
– La grande disparition ! »

Les frères adorateurs n’ont pas l’air ravi d’une telle nouvelle.
« Mon frère, dit le frère supérieur à monsieur Crane, gloire à toi ! Tu vas bientôt rejoindre Nindra dans sa toile d’araignée céleste et lui servir de mari ! C’est ce que dit la prophétie ! »

Il tourne les pages d’un vieux grimoire écrit avec du sang et lit un verset : « Et l’homme disparut petit à petit et fut remplacé par une araignée, à qui il donna tout le bonheur possible ». Monsieur Crane rajuste sa cravate et sa robe de bure, l’air mal à l’aise.
« Tr… très bien… Et… je suis censé faire quelque chose pour emp… Je veux dire, pour ne pas interrompre le processus ?*
– Eh bien… À vrai dire… Je crois que cette situation ne s’est jamais produite auparavant… Nous allons tenir une discussion théologique avec les autres frères supérieurs et discuter de ton cas. Je suis sûr que tout s’éclairera. En attendant, la réunion d’aujourd’hui est ajournée ! »

Tous les frères quittent la salle en regardant monsieur Crane avec un regard où se mélangent crainte et envie. Nerveux, monsieur Crane boit une gorgée de sa fiole de whisky qui aurait pu être. Il décide de se rendre à la bibliothèque pour lire tout ce qu’il est possible de consulter sur la question, convaincu qu’il pourrait y avoir là une autre méthode pour rentrer chez lui.

Le bonheur est un malheur

Depuis ses dernières aventures, l’Étranger erre dans les rues comme une âme en peine. Il n’a pas besoin de manger pour survivre mais son bas de manteau pourrit à présent lentement et il passe tout à fait pour un clochard ; il traîne sur les bancs, les yeux dans le vide, et parfois un passant lui jette une pièce. Il passe beaucoup de temps vers le Couvent de la Très Sainte Lumière d’Itras, sans jamais oser y entrer à nouveau. Il se souvient qu’il y a quelques temps, Francis se tenait devant lui avec la femme de Cléanthe Brumaire, lui tenant la main, et lui expliquait que, Cléanthe parti, il était temps qu’il parte ; mais de tout cela l’Étranger n’a que faire. Cela fait aussi quelques temps que l’Étranger ne se sent pas très bien ; une douleur au ventre le prend de plus en plus fréquemment, et il espère que des bananes ne vont pas lui sortir du ventre.

Perdu dans ses pensées, l’Étranger voit soudain arriver Martin Poicreux au loin, un air ennuyé sur le visage. Ce dernier a rencontré au tribunal un des aides des juges gris, qui lui a indiqué que toutes les affaires surnaturelles étaient prises en charge par le couvent d’Itras (pour les affaires bénéfiques) ou les adorateurs de Nindra (pour les affaires maléfiques).
« Mais je vous connais, vous ?
– Oui, vous êtes passé dans mon immeuble…
– Oh, j’ai mal au ventre… Vous avez ce genre de sensation désagréable, des fois ?
– Euh, oui, mais dans ce cas-là je prends un cachet, je vais aux toilettes et puis ça va mieux…
– Aux quoi ? Non, il me semble plutôt que quelque chose me manque…
– Ah, ça me fait ça quand je perds un locataire… Un sacré choc au cœur…
– Mais qui êtes-vous ? Je vous connais, non ?
– Je suis Martin Poicreux, logeur de l’immeuble où il y avait la dame, là. Mais enfin, lâchez mon bras ?
– La femme magnifique ?! Vous l’avez connue ?
– Euh oui, enfin une fois elle avait pas sorti ses poubelles, mais sinon elle était plutôt sympathique, je lui montais ses colis…
– Vous savez où elle est ?!
– Ah non, elle a disparu. Mais dites, c’est pas vous qui cherchez à faire plaisir aux gens ?
– Ça ne marche jamais… Les gens sont toujours de plus en plus malheureux… L’amour rend malheureux les gens…
– Euh, ça dépend des fois, enfin j’y connais pas grand chose…
– Je vous assure… Vous connaissez Cléanthe Brumaire ? Il est malheureux à cause de moi… J’ai essayé de lui donner du bonheur pourtant…
– Oui oui, tout à fait… Je disais donc, vous connaissez la sœur Augusta ? Non ? Parce que c’est une sœur du couvent, là, et il faudrait qu’elle vienne d’urgence dans mon immeuble… Et en fait, euh… Elle est… euh… Ah oui, menacée, et le mieux pour son bien, ce serait de l’enlever et l’emmener jusqu’à mon immeuble.
– Que je la prenne et que je l’amène ? Et ça lui fera du bien ?
– Oui ! C’est ça, complètement. Vous êtes pile dedans. Ça lui procurera un grand bonheur sur le long terme. Elle est dans ce couvent, là.
– Et vous êtes sûr qu’elle sera heureuse si je l’amène chez vous ?
– Oh oui ! Oui oui oui… Ah, ça…
– J’ai besoin de ça, je sens comme un vide en moi…
– Alors le mieux ce serait que vous y alliez maintenant, et moi je rentre et je prépare tout pour son arrivée, voilà. »

Des singes déboulent de partout et tabassent tout ce qui passe

Sœur Augusta est en train de revenir vers la cité d’Itras, à bord du bateau des nonnes. Elle est enchaînée à l’avant, dévisagée par sœur Vestine et sœur Jacquie ; sœur Vestine a un air triste.
« Mais Augusta, qu’est-ce qui vous a pris… Si vous ne vous étiez pas enfuie, j’aurais pu intercéder en votre faveur… J’aurais pu vous éviter la question, mais maintenant… Vous avez toutes les apparences d’une coupable…
– Mais j’ai pris peur ! Me soumettre à la question alors que je n’ai rien fait… Quelque chose dans cette ville me met mal.
– C’est facile, ça, de blâmer les autres. Rappelez-vous ce qu’on dit dans notre livre : “Tous tes péchés ne viennent que de toi-même”. Et puis, si vous n’avez rien fait, vous n’avez pas à avoir peur ; vous savez bien que la question ne mutile que celles qui mentent.
– C’est ce que vous dites… J’ai vu trop souvent la question se dérouler pour avoir confiance.
– Écoutez, on fera ça professionnellement. Rapide et sans douleur. »

Le bateau revient au port et les nonnes montent à bord d’une petite carriole, qui se met en route vers le couvent. Jacquie, aux commandes, s’arrête à quelques minutes de route du couvent : « Je crois qu’on a des visiteurs », lance-t-elle à Vestine.
« Si ce sont des petits pauvres, dis-leur que nous n’avons plus de place ! Et si c’est des parents d’orphelins, comme d’habitude, on dit qu’on ne sait pas où ils sont passés, ils se sont enfuis du couvent et puis…
– Non non, je ne sais pas qui c’est. »

Vestine descend du chariot et se plante, de toute sa morgue adolescente, devant Martin qui s’apprêtait à partir et l’Étranger.
« Bonsoir messieurs ; le couvent est fermé. Veuillez revenir pendant les heures de visite s’il vous plaît.
– C’est elle, sœur Augusta ? demande l’Étranger à Martin.
– Non, c’est moi ! dit Augusta depuis la carriole.
– Ah non, dit Vestine, je vous reconnais vous ! Ne faites pas un pas de plus ! »

Sans l’écouter, l’Étranger avance vers le charriot, et essaye d’attraper sœur Augusta pour la  mettre sur son épaule.

[Je demande à mass de tirer une carte « Résolution ». Kobal lit : « Oui, parce que… Un ou plusieurs facteur(s) imprévu(s) vous aident à obtenir ce que vous vouliez ».]

Une escadrille de singes volants, une cinquantaine, passent soudain en rase-mottes au-dessus de la scène ; pendant qu’ils se battent avec les nonnes dans un grand fracas de plumes et de poils (et d’excréments lancés ça et là), l’Étranger capture Augusta, puis trottine hors de là avec Martin sur ses talons. Augusta est noire de colère ; l’Étranger la regarde dans les yeux et lui dit : « Je connais un moyen de vous calmer.
– Mais dites-moi ce que vous me voulez, au moins !
– Vous donner du bonheur. C’est ce monsieur qui me l’a dit. Ça me remettrait d’aplomb et j’aurais peut-être moins mal au ventre…
– J’en ai rien à faire de votre mal de ventre ! Je ne connais pas cet homme, je ne vois pas en quoi il pourrait me rendre heureuse ! Lâchez-moi tout de suite ! »

Une explosion se fait soudain entendre en ville ; une colonne de fumée noire s’élève, et Martin se rend compte avec angoisse que cela provient du quartier de son immeuble.

« Nous avons tout ce qu’il vous fait et vous verrez, il y a plein de petits dessins explicatifs »

À la bibliothécaire, le bibliothécaire salue monsieur Crane, qui vient beaucoup dernièrement.
« Monsieur Crane ? dit-il en chuchotant. Qu’est-il arrivé à votre main ?
– Ma main ? Mais… mais elle va très bien, regardez !
– Chhht ! Moins fort !
– Regardez, je bouge les doigts, tout se passe bien », dit monsieur Crane en reprenant du whisky. L’espace d’un instant, il se voit comme explorateur à succès, enchaînant les best-sellers, convoité par toute la haute société.

« Nous avons beaucoup d’ouvrages sur les soins aux blessures métaphysiques, si vous voulez…
– J’étais venu pour un autre type d’ouvrage, à vrai dire. Je souhaiterais lire tout ce que vous avez sur les conjoints de Nindra.
– Alors, notre rayon littérature érotique est par là.
– Mais sur leurs devoirs, leurs obligations… Ce qu’ils deviennent…
– Ah, notre rayon biologie ? C’est juste à côté. Gestation, digestion, nous avons tout ce qu’il vous fait et vous verrez, il y a plein de petits dessins explicatifs. Vous saviez que les araignées géantes pouvaient digérer leur proie pendant plusieurs années ? Et apparemment, la victime ressent tout ! C’est dingue, non ?
– Je prendrai un jeu de cartes pour passer le temps. »

Monsieur Crane demande de l’aide à son rat de bibliothèque favori : en échange d’un livre sur les chats en position désavantageuse, il obtient une liste des essentiels à compulser. Au fil de ses lectures sur la biologie des araignées, il apprend que la déesse Nindra est célibataire, mais qu’elle finira par choisir un compagnon avec lequel avoir des enfants, avant de le dévorer. Ce jour-là sera à la fois béni et maudit, car c’est l’un des enfants de Nindra qui la trahira et prendra sa place. Mais surtout, il apprend que si le prétendant de Nindra ne contient pas assez d’essence maléfique, elle est repoussée naturellement, plus encore s’il contient de l’essence bénéfique. Monsieur Crane est un peu vexé d’être considéré comme maléfique, mais se dit qu’une petite cure ne pourrait pas lui faire du mal… Et il a une idée d’où il pourrait trouver des bouteilles d’essence bénéfique : à la boutique de souvenirs du couvent.

Les maux de ventre de l’étranger

Sur le chemin du couvent, monsieur Crane voit arriver l’Étranger et Augusta, en compagnie d’une autre personne. Alors qu’il se baisse pour éviter quelques singes volants qui se chamaillent non loin, il entend à son tour une explosion. Martin se met à courir vers son immeuble.

« Hep ! Vous avec la main ! Vous ne vous y connaîtriez pas en culte de Nindra ? Vu votre tatouage, vous avez l’air d’être un adorateur… Est-ce que vous savez s’il est possible dans le droit de Nindra de révoquer un contrat maléfique ?
– Je ne suis pas un expert en jurisprudence démoniaque, mais j’imagine que… Vous pourriez renégocier le pacte, puisqu’il n’est plus en votre faveur, ou alors il existe peut-être des règles de procédure que vous pourriez utiliser pour faire annuler le contrat…
– Martin, je n’ai rien compris à ce qu’a dit le monsieur, commente l’Étranger.
– Mais enfin, s’exclame Augusta, expliquez-moi ce qu’il se passe ! »

[Je décide de tirer une carte « Chance ». Je lis : « Arrivée inopportune. Quelqu’un ou quelque chose arrive au pire moment pour une personne présente ».]

« L’Étranger ! L’Étranger ! Ma sœur a disparu… lui dit Géraldine en sanglotant.
– Comment ça ?
– Mais qu’est-ce que vous faites avec sœur Augusta sur l’épaule ?
– Je suivais cet homme qui m’a dit que je pouvais aller donner du bonheur à sœur Augusta, et…
– Monsieur Poicreux ? Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
– Mais je ne sais pas, il a parlé d’un pacte avec une force du mal, et monsieur Crâne a commencé à dire des choses auxquelles je n’ai rien compris, et…
– Oh là, je donne juste un conseil juridique, moi…
– Et mon mal de ventre… »

L’Étranger vomit ses tripes sur le pavé ; de la bile noire se répand sur ses chaussures.
« Bon, souffle Géraldine. Vous, monsieur l’Étranger, de toute évidence il faut que vous mangiez quelque chose. Avalez ce sandwich, ça vous fera du bien. Vous, monsieur Poicreux, il va falloir m’expliquer ce que vous voulez faire en enlevant cette nonne. Tout ça m’a l’air particulièrement douteux.
– Il a parlé d’une entité maléfique, et… OH ! Mais c’est bon !! C’est excellent !!
– Quant à vous, monsieur Crâne…
– Monsieur Crane.
– Qu’est-ce que c’est que ces histoires de rituel maléfique, ou je ne sais quoi ?
– Moi, on me demande mon avis juridique en tant qu’ad… en tant que personne qui connaît ce genre de choses, je donne mon avis, c’est tout.
– Mon bon monsieur, au lieu de donner votre avis sur tout et n’importe quoi, vous feriez mieux de soigner cette main qui est en train de disparaître.
– Ma main va très bien ! »

D’un rêve, d’une reconnaissance et d’une paire de questions embrouillées

Monsieur Crane reprend une lampée de whisky ; sœur Augusta le regarde avec attention, et le reconnaît soudain, c’est lui qu’elle avait vu en rêve il y a bien longtemps, en train de ramer en pleine tempête.
« Monsieur, quel métier faites-vous ?
– Je suis explorateur, et… Euh non, je suis explorateur seulement. Je n’exerce aucune autre activité.
– Et ça fait longtemps ?
– Depuis mon arrivée à Itras… C’était il y a, euh… quelques temps…
– Mais vous étiez pas aussi un adorateur de Nindra ? intervient l’Étranger entre deux bouchées. Vous aviez fait un échange avec Cléanthe Brumaire… Il s’était passé des choses avec sœur Eusébie…
– Vous connaissez sœur Eusébie ?
– Euh, non… Enfin si, dans ma société d’explorateurs !
– Oui, pleurniche l’Étranger, on a essayé de lui donner du bonheur… Mais ça n’a pas du tout marché…
– En tout cas, dit Martin, toutes mes excuses, sœur Augusta. Je pense que je ne vous livrerai pas à l’Entité noire, c’est trop mal.
– Vous vouliez faire quoi ?
– Euh, rien. Maintenant qu’il y a une solution juridique…
– Est-ce que sœur Eusébie va bien ? demande l’Étranger à Augusta.
– … d’un autre côté, si j’étais pas tombé sur cette espèce de grande andouille qui obéit à tout ce qu’on lui dit…
– Sœur Eusébie a malheureusement eu quelques petits ennuis, et n’est plus des nôtres. Folle amoureuse de Cléanthe, elle est arrivée chez Amandine Beaulieu, et puis une bagarre s’en est suivie, et elle en est morte.
– Attendez, intervient Géraldine, vous savez où est partie Amandine ?
– Oui, elle est partie en bateau…
– Sœur Eusébie est morte ?
– Amandine est partie en bateau ?
– Oui, avec Cléanthe et les bananes.
– Mais son âme a quitté son corps ?
– Oui… Vous comprenez ce que ça veut dire, mourir ? C’est ça. C’est quand votre corps ne bouge plus.
– Mais son corps, vous l’avez encore ?
– Oui, il va y avoir un service funéraire.
– Car j’ai une bouteille avec une âme dedans, on peut la mettre dans sœur Eusébie !
– Mais vous n’y pensez pas ! Ce serait abominable ! Ça ne se fait pas d’échanger des âmes, c’est très très peu hygiénique, et puis on ne sait jamais si ça va rentrer dans le corps, ça peut donner des choses bizarres…
– On peut essayer !
– Elle est là, je la vois ! »

La nuit de noces de Francis

Un groupe de nonnes arrive en courant vers eux.
« Écoutez, j’ai des problèmes avec ces nonnes, elles veulent me soumettre à la question… Je ne sais pas si vous savez ce que ça veut dire, mais c’est très peu agréable.
– Mais mademoiselle, dit monsieur Crane, si votre culte ne vous satisfait plus, il y a d’autres opportunités à considérer… Tenez, prenez ce dépliant.
– C’est très gentil, mais je suis fidèle à Itras, maintenant et pour toujours. Surtout depuis que…
– Eh vous, là-bas ! Lâchez cette nonne ! »

Tous se mettent à courir.
« Mais alors… dans le cas d’un bail… de mille ans », s’essouffle Martin qui explique son cas à monsieur Crane pendant la course. « Il y a… moyen de…
– Alors, de deux choses l’une… Soit vous renégociez… Soit vous trouvez… dans le droit des contrats démoniaques… une procédure non respectée…
– Il faut que je… consulte mon contrat… Vous m’aideriez ?
– Vous pouvez… me procurer de l’essence… bénéfique ? Pure… puissante.
– Oui, j’ai plein d’idées pour ça… »

Des marins pompiers passent en trombe à vélo à côté d’eux. D’instinct, l’Étranger, qui mène le groupe, se dirige vers la maison de Cléanthe Brumaire. Il y a de la lumière et des rires à l’intérieur ; l’Étranger rentre et tombe en plein milieu d’une réception.
« L’Étranger, qu’est-ce que vous faites là ? lui dit Francis.
– J’amène cette sœur ici, elle a besoin de se protéger du malheur !
– C’est très bien, mais je vous avais dit de plus revenir… Et puis vous me dérangez en pleine nuit de noces, là.
– Faites comme si on n’était pas là ! Sœur Augusta, asseyez-vous sur ce canapé. »

L’orchestre s’arrête de jouer et tous le monde regarde les nouveaux arrivants. « Madame Gownes, on dirait que des gens sont en train d’envahir votre mariage », chuchote une femme à une autre, vêtue d’une robe de mariée.
« Alors, sœur Augusta, dit l’Étranger en sortant une bouteille, dans cette bouteille il y a une âme. Et si je la mets dans sœur Eusébie, elle reviendra !
– Mais pourquoi voudriez-vous la faire revenir ? Comment la connaissez-vous ?
– Parce que la mort, à vous entendre, ça ne fait pas plaisir.
– D’accord, mais ça fait partie de la condition humaine, qu’est-ce que vous voulez… Je sais que les âmes en bouteille sont très utiles, mais faire revivre quelqu’un… Et puis comment pourriez-vous retrouver son corps ?
– Eh bin vous allez m’aider.
– J’ai déjà assez d’ennuis comme ça. Je n’ai aucune envie de retourner au couvent, puisque c’est clairement là où elle est. Non, je n’ai d’autre choix que de me cacher et de changer d’identité. »

Tout en parlant, l’Étranger goûte quelques-uns des petits fours proposés aux invités, qu’il dévore à pleines dents. Sentant sa bouche un peu sèche, il attrape la flasque de whisky-qui-aurait-pu-être tendue par monsieur Crane et la vide aussitôt. Il se voit alors, personne non angélique, en train de se promener dans les rues d’une ville qui ressemble à Itras By. Tout le monde a l’air heureux, rien ne le gêne. Et puis, aussi rapidement que cette vision est arrivée, l’Étranger est à nouveau dans le salon, secoué par un petit bonhomme d’un mètre 30 qui le harangue avec rage.
« Monsieur l’Étranger ? lui demande Augusta. Vous allez bien ? Vous avez eu un moment d’absence…
– Où sont-ils…
– Je compte jusqu’à trois, et après je tape !
– Ils étaient là, tous… Ils étaient heureux… C’était magnifique…
– Ne pleurez pas, c’est pas grave… C’était juste un rêve…
– Non, je ne rêve jamais…
– Ah, c’est pas une boisson de p’tit gars, observe monsieur Crane.
– Mon gaillard, maintenant tu dégages ! »

il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves…

Le petit homme attrape l’Étranger en larmes par le col et le traîne, avec une force surprenante, vers la sortie. Il le lance dans l’étang boueux qui se trouve devant le manoir (ex-manoir Brumaire, mais quelqu’un a remplacé le nom sur la grille). Les autres partent également pour ne pas créer d’esclandre ; cependant, Martin Poicreux, le cœur serré par ce type qui pleure dans la boue, tente d’aller réconforter l’Étranger.
« Tu sais, il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves…
– Il a raison, acquiesce monsieur Crane. Vous savez, il y a des gens dans cette ville qui peuvent vous permettre de prendre un nouveau départ. Tenez, lisez ce dépliant.
– Monsieur Crane, je trouve vos méthodes d’évangélisation très agressives.
– Pas du tout ! Ce malheureux souffre, je lui offre une opportunité d’aller mieux.
– Mais non ! Je ne souffre jamais, moi ! Ce sont les autres !
– Justement, venez nous aider à répandre la bonne parole de Nindra !
– Et c’est quoi la bonne parole de Nindra, hein ? demande Augusta.
– L’adoration dans les bras de la déesse… Dans son saint cocon…
– Ça me paraît bien blasphématoire, tout ça.
– Vous voulez qu’on parle de votre culte qui essaye de vous découper en morceaux alors que vous n’avez rien fait ? On n’est pas en train de fuir vos collègues ?
– Ça n’a rien à voir avec Itras elle-même !
– Vous avez la réponse à ma question ? demande l’Étranger. Comment rendre heureux les gens ?
– Ah, vous savez, dit monsieur Crane, c’est la condition humaine qui les rend malheureux. La seule façon de les rendre heureux, c’est de les délivrer de cette condition humaine, voyez-vous.
– Que leur âme quitte leur corps ? Qu’en pensez-vous, sœur Augusta, il dit vrai ?
– Quand même, ronchonne Martin, c’est un peu beaucoup, là.
– Je ne suis pas forcément d’accord ; tuer tout le monde pour éviter le malheur, c’est un peu radical… Si j’étais vous, je ne signerais rien avant de m’être renseigné plus avant.
– Je comprends ce que vous dites.
– Très bien ! Venez assister à nos cérémonies, et…
– Non, j’ai une meilleure idée. »

Troubles à l’ordre public

L’Étranger avise un passant et va vers lui ; l’homme, à chapeau melon et moustache, le salue aimablement, juste avant que l’Étranger ne lui saute dessus et ne l’étrangle. Martin essaye de s’interposer.

[Je demande à mass de tirer une carte « Résolution ». Clémence lit : « Oui, mais… Le personnage réussit son action, mais quelque chose qui n’a rien à voir se passe mal, pour lui ou quelqu’un à qui il tient ».]

Un énorme poisson-chat, à la musculature imposante surgit soudain de l’étang et s’avance vers l’Étranger d’un pas pataud. À sa suite, une créature portant un pantalon mais ayant le torse d’un requin, qui crie : « Police ! Arrêtez-vous ! ». Le poisson-chat attrape l’Étranger d’un bras et le prend en otage. Monsieur Crane s’interpose : « Une minute ! Cette arrestation me paraît tout à fait illégale ! Puis-je voir votre mandat ?
– Écarte-toi, mon gars, rugit le requin en sortant une anguille électrique de sa poche, et il ne te sera fait aucun mal !
– M’sieur l’agent, dit monsieur Crane en agitant sa flasque vide, si vous faites ça, ça peut faire foirer tout’ votre procédure, mais j’vous attaquerai en plus ! On peut pas… »

Le requin tape monsieur Crane avec son anguille ; l’explorateur tombe au sol, saisi de spasmes. Il se retourne ensuite vers le poisson-chat. « Allons, personne n’a besoin d’être mangé. Dépose ce type inoffensif tranquillement, et tout se passera bien.
– Mais je ne fais rien de mal ! C’est pour le rendre heureux ! » proteste l’Étranger.

Pour toute réponse, le poisson-chat clapote quelques sons incompréhensibles pour les humains présents.
« Non, je crois que vous vous trompez ! dit l’Étranger. Je ne suis pas d’accord, ça le rend vraiment heureux ! Regardez, il a presque un sourire sur le visage !
– Euh, dit Martin, il a la langue qui pend mais j’appellerais pas ça un sourire… »

Le requin sort discrètement des oursins de sa poche arrière et prévient le poisson-chat à nouveau : « Dernière sommation. Rends-toi, Marco, la mare est cernée ». Des poissons-scies sortent en effet de la mare. Le poisson-chat lance l’Étranger vers le requin et s’enfuit, les poissons-scies à sa poursuite ; l’Étranger tombe sur les oursins, et dans les bras du requin, qui le laisse tomber et part également en courant.
« Que cela vous serve de leçon ! dit Augusta à l’Étranger.
– Il y a un problème à votre proposition, dit l’Étranger à monsieur Crane, sans écouter la nonne.
– C’est que vous n’avez pas procédé dans les formes…
– Comment savoir s’il est heureux ou pas, maintenant ?
– Si vous suivez le rituel de Nindra, il sera heureux. A-t-il l’air de souffrir ?
– Je n’en sais rien.
– Je vous le dis : il ne souffre pas. Donc il est heureux.
– Enfin tuer c’est tuer, proteste Augusta. Maintenant qu’il est mort, qu’est-ce que ça change qu’il soit heureux.
– Je ne comprends rien ! crie l’Étranger. Je ne sais pas comment faire ! C’est trop compliqué !
– Bon, on ferait mieux de ne pas rester ici, dit la nonne.
– J’ai bien une suggestion pour un refuge… commence monsieur Crane.
– Mais sœur Augusta, répond Martin Poicreux, rappelez-vous que l’Entité noire est à vos trousses. Nous planquer ne changera rien, je pense.
– Comment ça ?
– Bin… J’aurais dû vous ramener, mais j’l’ai pas fait, voilà, dit Martin d’un air penaud.
– Je sais vraiment pas ce que j’ai pu vous trouver, dit Géraldine à l’Étranger. Vous êtes comme les autres, un psychopathe ! Adieu, monsieur l’Étranger !
– Vous aussi, vous êtes malheureuse, encore ?
– Ah non, proteste Martin, ça suffit !
– Ma sœur, continue Géraldine, je ne sais pas pourquoi vous traînez avec une engeance pareille, mais vraiment, ça n’est pas digne de vous.
– Regardez, je répare ce que je viens de faire ! »

Des tas d’âmes et des états d’âmes

L’Étranger est assis dans la boue, en train de bercer le cadavre qu’il tient entre ses bras, et lui verse la bouteille dans la bouche. Le corps se redresse et change d’apparence : l’Étranger tient à présent dans ses bras un petit homme avec un pardessus trop grand pour lui, un air triste sur le visage. Martin reconnaît l’homme dont Jeannot lui avait montré la photo.
« Qu’est-ce que je fais là ? murmure-t-il.
– Tu viens de revenir à la vie ! lui dit l’Étranger d’un air extatique. Tu es heureux ? Tu étais heureux dans cette bouteille ?
– Non, j’étais triste…
– Et tu es plus heureux dans un corps ou à l’extérieur d’un corps ?
– Je crois que je ne sais pas ce qu’être heureux veut dire…
– Oui, mais je…
– Ça ne change rien, de toute façon. Ce n’est pas le corps, le problème ; c’est l’âme. Elle a été souillée par la vie.
– Donc la mort, c’est mieux ?
– J’imagine que oui, en quelque sorte… Ou alors… »

L’Étranger commence à l’étrangler, puis se ravise.
« Ou alors la vie sans âme…
– Et comment on fait ça ?
– Eh bien, il faut mettre l’âme dans une bouteille, et remettre la bouteille à quelqu’un… Je crois…
– Peut-on extraire seulement une partie de l’âme ? demande Augusta.
– Mais, c’est vous ! s’écrie soudain Martin. La police m’a montré votre visage… C’est vous qui vous multipliez en ville ?
– Pardon ?
– Mais alors, ces bouteilles ne sont que différentes parties de votre âme ! Ou alors vous trempez dans la reproduction d’âmes ?
– Sœur Augusta, nous ne pouvons pas laisser faire ça, proteste monsieur Crane. Nous sommes en charge, chacun de notre manière, du bien-être des âmes d’Itras ; faisons une alliance pour empêcher ce crime.
– Je suis d’accord, mais que suggérez-vous ? Je reste dubitative face à votre morale, mais pourquoi pas…
– Trouvons qui met ces âmes en bouteille, et bottons-lui le derrière.
– Mais moi j’ai déjà commencé tellement d’aventures, et je suis déjà dans le pétrin… En échange, aidez-moi à m’en sortir.
– Très bien, je peux vous débarrasser de vos sœurs…
– Monsieur, chuchote le petit homme à l’Étranger, vous ne voudriez pas m’aider à mettre mon âme en bouteille ?
– Si tu veux… La bouteille est là, rentre.
– C’est comme ça qu’on fait ? Je me mets là-dedans ? »

L’homme prend la bouteille et souffle dedans ; son âme sort de sa bouche et une sorte de flegme emplit la bouteille. L’âme était plutôt incolore tout à l’heure, elle est à présent d’un noir crasseux.
« Voilà, je crois que j’ai tout mis.
– Eh bien non, vous êtes encore là !
– Vous vous sentez mieux ? demande monsieur Crane.
– Vous êtes heureux ?
– J’ai juste l’impression d’être soulagé d’un poids… Non, je ne sais pas si je peux être heureux…
– Allez, mon vieux, on va boire ensemble, lui dit Crane. Vous nous suivez, vous autres ?
– C’est-à-dire, commence Augusta, qu’il faudrait peut-être que je change d’identité…
– Je pourrais vous aider, suggère Martin. Tant qu’à trahir une entité maléfique… Il y a des idées de rédemption par chez vous ? Prenons un exemple au hasard : quelqu’un qui nourrirait depuis assez longtemps une entité maléfique avec des humains. Si un jour il décidait d’arrêter et de passer de l’autre côté, est-ce que ce serait plutôt bien vu chez vous ?
– Oui, absolument ! La rédemption est prévue dans le code pénal. Monsieur Crane vous le confirmera.
– Oui, enfin c’est difficile à plaider… Je tenterais plutôt ma chance chez Nindra, à votre place.
– C’est vrai que vos brochures sont attrayantes… Écoutez, je vous aide tous les deux, et je ferai mon choix plus tard. »

Pendant que tous quittent lentement la villa Gownes, l’Étranger se sent saisi d’une nouvelle sensation étrange dans son estomac. Il demande conseil à ses camarades, qui lui expliquent d’un air gêné la procédure à suivre. Martin lui donne deux petits cachets et l’Étranger se laisse aussitôt aller, au même moment où les nonnes du couvent apparaissent de nouveau à l’horizon.

A suivre !

 

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3 réflexions sur “Chicanes de religion 1/2 – Des Nouvelles d’Itras By 9

  1. Ping : Retour à la boite à chapeaux 2/2- Des nouvelles d’Itras By 8 – La Partie du lundi

  2. Les maux de ventre de l’Étranger, bon, c’est sans doute l’idée que j’assume le moins, a posteriori. Le joueur de l’Étranger n’a pas trop aimé que je tente d’amener son perso vers un aspect plus humain, et c’est bien normal vu que je ne lui avais pas demandé son avis (tout comme, on le verra, pour ce qui arrive à Martin Poicreux un peu plus tard).
    Avec le recul, j’aurais dû mieux préparer le terrain ou voir avec le joueur si c’était OK.

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