Chicanes de religion 2/2 – Des Nouvelles d’Itras By 9

Où l’on retrouve enfin nos héros surréalistes après une petite mise en pause de ce blog. Martin Poicreux, L’Etranger, Soeur Augusta et Monsieur Crane se débattent avec des nonnes agressives, une entité noire et leurs propres turpitudes dans un environnement de moins en moins certain. La guerre menace!

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Savez vous que Sœur Jacquie a inspiré directement Maëster. Néanmoins, trop perdu dans le nawak d’Itras By, il choisit de placer le spin off de notre campagne qu’il se chargea d’écrire en région parisienne

Quand les nonnes arrivent en ville, tout l’monde change de trottoir

[Clémence demande à tirer une carte « Résolution ». Pierre lit : « Non, et… Vous échouez, et un autre élément complique la situation, pour vous ou pour tout le monde ».]

Les nonnes arrivent du côté gauche ; au même moment, de l’autre côté de la place, les adorateurs de Nindra débarquent à leur tour, des barres de fer en main. Dans le ciel, les singes volants commencent à se rassembler. Le pantalon de l’Étranger sent très mauvais ; gêné, il l’enlève.

La scène se transforme aussitôt en bataille rangée ; tous se prennent des coups et sœur Augusta perd connaissance suite à un choc, tandis que Martin, bien impuissant, se fait voler son contrat par un des singes ; il attrape l’un de ses congénères, commence à s’élever dans les airs, puis se prend un excrément volant en pleine figure. Il tombe sur Monsieur Crane, qui lui était occupé à frapper les nonnes. Tous deux perdent connaissance à leur tour. L’Étranger voit les nonnes battre en retraite, et sœur Jacquie attraper Augusta au passage ; il les suit discrètement, ce qui n’est pas aisé à cause de son odeur.

[Je demande à mass de tirer une carte « Résolution ». Je lis : « Vous avez besoin d’aide. Vous réalisez que vous avez besoin de l’aide de quelqu’un qui n’est pas présent dans cette scène pour arriver à vos fins ».]

« Dégage, le faux ange », tonne sœur Jacquie, « sinon le prochain rituel qu’on fait c’est pour tes fesses ». Dépité, l’Étranger retourne voir monsieur Crane sur la place, qui pourrait peut-être l’aider.

Sœur Augusta fait un drôle de songe. Elle est dans la cellule d’Eusébie, dont le corps est allongé sur le lit. Eusébie se relève d’un seul coup, attrape une bouteille sur la table de chevet, la boit et est saisie de soubresauts. Son corps se transforme en celui d’un lion ; il n’y a plus de chambre mais une savane autour d’elles. Monsieur Crane arrive, habillé en explorateur colonial et vise sœur Eusébie de son fusil, mais celle-ci se jette sur lui et entreprend de lui dévorer la main. Les cris de souffrance de Crane la réveillent.

Martin et Crane reprennent connaissance au milieu d’une foule exaltée d’adorateurs de Nindra, célébrant leur victoire ; un musicien non loin (il s’agit de Jeannot) joue de l’orgue de barbarie et chante une chanson à leur gloire.

« Monsieur Crane, lui dit l’Étranger qui arrive sur place, il faut récupérer sœur Augusta.
– Bien sûr, mais s’introduire au couvent…
– Eh bien envoyez vos hommes se battre à nouveau ! Et nous, on se faufile pendant ce temps.
– Bon, je vais essayer d’arranger le coup. Mes frères, écoutez-moi ! Vous avez une occasion unique de faire un coup de comm’ monstrueux ! Sœur Augusta pourrait être un symbole, celui de l’oppression d’Itras. Si nous arrivons à la récupérer et à montrer au monde ce que le culte d’Itras fait, toutes ses ouailles se détourneront d’elles et reviendront dans le giron de Nindra ! Est-ce que vous êtes avec moi ?!
– Euh, lui répond un frère, je sais pas si on a vraiment le droit d’attaquer le couvent…
– Ouais, c’est quand même le couvent d’Itras…
– Et faire une opération clandestine ? Frère Matéo, vous étiez ninja avant d’entrer au culte, n’est-ce pas ?
– Oui, enfin dans la pièce de théâtre que j’ai jouée au collège…
– Ça fera l’affaire ! »

Les adorateurs ne sont pas très convaincus mais se dirigent d’un pas traînant vers le couvent. Monsieur Crane, l’Étranger et Martin (qui pleure la perte de son contrat et peste contre le gardien de zoo qui laisse sortir ses bêtes la nuit) les suivent.

Sale temps pour Sœur Augusta

On prépare sœur Augusta à la question ; elle entre dans une petite pièce sombre, aux murs recouverts de torche, suivie par sœur Jacquie et sœur Vestine. Elles installent Augusta dans un fauteuil en cuir et serrent des sangles autour de ses poignets.

« Sœur Augusta, déclame Vestine, par le rituel de la question, tu vas devoir répondre de tes actes. Que chaque réponse qui portera le mensonge en son sceau te fasse perdre un de tes membres. Es-tu prête ?
– Non, pas du tout.
– Fort bien, je vois que tu as compris le principe. Bien, sœur Augusta : qu’est-il arrivé à sœur Eusébie ?
– Tout ce que je sais, c’est qu’elle arrivée chez cette Amandine Beaulieu ; elle était folle amoureuse de Cléanthe. De jalousie elle s’est jetée sur cette demoiselle et à la suite d’un accident, elle a cogné sa tête, et elle est morte. Je n’ai rien à voir avec ça, je vous jure ! »

Les sœurs se penchent vers Augusta et la regardent de haut en bas ; aucun membre ne disparaît, ce qui semble les décevoir un peu.
« Pourquoi n’as-tu pas appelé aussitôt le couvent ?
– Je ne savais pas quoi faire, j’étais paniquée… »

Augusta serre les dents après ce demi-mensonge ; elle ressent soudain une vive douleur à la main gauche et voit la première phalange de son index disparaître.
« Sœur Augusta, je repose ma question : pourquoi n’avez-vous pas prévenu le couvent aussitôt ?
– J’étais complètement paniquée, je pensais que vous alliez m’accuser, alors je me suis dit que j’allais me donner un peu de temps pour vous appeler… »

Un picotement naît dans son lobe d’oreille, puis s’éteint. Les sœurs regardent Augusta d’un drôle d’air.
« Réfléchissez à vos réponses, Augusta ! Nous… euh… nous revenons tout de suite. »

Ninjas en patinettes

Devant le couvent, monsieur Crane explique aux adorateurs que l’heure est venue de s’infiltrer.
« Frère Matéo, montrez-nous la voie.
– Attendez, dit Martin, j’ai mieux ! »

Il sort des patinettes d’une poche et les distribue à ses camarades.
« Ben, et nous ? demande Matéo.
– Ah, bah c’est que j’ai pas vos pointures…
– On va vous laisser y aller, alors. Et puis ça tombe bien, c’est l’heure de nos imprécations maléfiques. Comme le temps file… Monsieur Crane, on se voit à la prochaine réunion, hein ? Allez, gloire à Nindra et l’Entité noire, sa serviteuse suprême. »

Les adorateurs s’en vont, soulagés.
« Non mais vous verrez, se justifie Crane, ils ont un peu perdu la foi mais quand on aura récupéré sœur Augusta, ils seront convaincus. Et puis ce sont eux qui vous ont sauvé la mise tout à l’heure, ne l’oubliez pas.
– Si nous récupérons sœur Augusta, proteste l’Étranger, ce n’est absolument pas pour aller chez vos amis. J’ai bien compris qu’elle n’était pas très heureuse de venir ici, voilà tout.
– Ah, mais elle aura le choix… J’espère juste que ça lui fera voir notre culte sous un meilleur jour. »

La porte du couvent étant fermée, les trois entreprennent d’escalader l’enceinte. Elle n’est pas très haute, car il faut bien que les nonnes puissent faire le mur quand c’est nécessaire.

[Je demande aux trois de tirer une carte « Résolution » commune. Clémence lit : « Non, parce que… Un ou plusieurs facteur(s) imprévu(s) vous empêchent d’arriver à vos fins ».]

Pendant l’escalade, la main de monsieur Crane disparaît soudain ; il tombe et entraîne les autres dans sa chute. Il a mal, et n’a plus de whisky.

Par la grâce d’Itras

Sœur Jacquie et sœur Vestine reviennent dans la pièce.

« Sœur Augusta, nous avons une question importante à te poser. Je te rappelle que selon le degré d’importance de la question, ton âme peut être vouée aux flammes de l’enfer ! Oui, voilà, c’est ça. Euh… As-tu été touchée par la grâce d’Itras ?
– Oui. »

Les deux sœurs tombent à genoux devant Augusta.
« Itras, pardon ! Pardon d’avoir douté ! Mais comment cela est-il arrivé ? demandent-elles à Augusta en la détachant. Attendez ! Je vais chercher le livre des rencontres ! »

Sœur Vestine va chercher le grand livre d’Itras, conservé précieusement en haut d’un piédestal de nacre, et Augusta y écrit sa rencontre avec la déesse au marché.
« Béni soit ce vendeur de pommes ! s’écrie Vestine après la lecture. Et maudite soit cette Entité noire ! N’empêche, continue-t-elle à demi-mot, je prie Itras depuis mes 9 ans, moi, c’est pas juste…
– L’Entité noire est maléfique, prévient Augusta. Elle peut transformer les anges en anges noirs, et je sens qu’elle est encore en ville.
– Ne vous préoccupez pas des anges ; nous avons fait un exorcisme qui les a tous bannis hors de la ville, surtout les anges noirs. Mais nous devons à présent repousser cette Entité. Où se trouve-t-elle ?
– Je connais quelqu’un qui sait où elle est.
– Ah oui ? Qui donc ?
– Un concierge. Il voulait me livrer à elle.
– Oui ; c’est le logeur du bâtiment où elle se trouve. Là où sœur Eusébie est morte, c’est dire si l’endroit est maudit.
– Je vois. Jacquie ! Rassemble les nonnes ! Nous allons faire une expédition punitive ! »

La rédemption de Martin Poicreux

« Monsieur Crane, vous êtes un incapable ! Même pas capable de garder votre main pendant que nous escaladons, franchement…
– Désolé, j’ai un petit problème de dispersion métaphysique, en ce moment. J’ai plus de whisky, aussi !
– On pourrait retenter, suggère Martin. Vous faites la base, vous n’aurez pas besoin de vos mains. »

Les trois compères retentent le coup et alors qu’ils sont en train de gravir le mur, la porte du couvent s’ouvre à la volée, laissant sortir les nonnes, armées de torches d’encens. L’une d’entre elles, guillerette, s’adresse à sa voisine : « Je dois dire que ça ne me déplaît pas que ce genre d’expéditions devienne une habitude… ». Sœur Augusta est perdue dans la masse, en tête de cortège.
« Elle est là ! crie Martin.
– Elle ne semble pas malheureuse…
– Voilà, c’est lui qui connaît l’Entité noire.
– Sœur Augusta, il faut qu’on reparle de ma rédemption, et…
– C’est toi ? le coupe sœur Vestine. C’est toi le maître de cette entité ?
– Alors non, rougit Martin, ce n’est pas exactement comme ça que ça s’est passé… Elle était déjà là quand j’ai acheté l’immeuble, et elle m’a fait le genre de propositions qu’on ne refuse pas… Mais j’arrête, tout ça, c’est fini ! Je suis avec sœur Augusta ! Enfin je veux dire, euh, rien de… Je lui ai demandé conseil et j’ai été éclairé par Itras, et je me demandais si je pouvais avoir une forme de rédemption, et…
– Mets-toi à genoux, mon fils. »

Sœur Vestine sort sa médaille d’Itras de son corsage.
« Je t’accepte comme apprenti. »

Elle pose la médaille sur le front de Martin, qui ressent immédiatement une insupportable brûlure. Il hurle.
« Ah, je vois que c’est plus grave que ce que je ne pensais. Mon fils, tant que tu n’es pas libéré du joug de cette entité, je ne peux rien pour toi.
– Alors justement…
– Oh non, encore lui ? Qu’est-ce que vous faites encore là, vous ?! demande Vestine à l’Étranger. C’est bien la preuve que vous n’êtes pas un vrai ange…
– Hein ? Pourquoi je serais un vrai ange ? Pourquoi je serais un ange, d’ailleurs ? C’est quoi, un ange ?
– Vous n’en êtes pas un, puisque vous n’avez pas été banni !
– Banni de quoi ?
– De la ville !
– Mais pourquoi ?
– Parce que nous avons banni les anges, et… Oh, c’est toujours compliqué avec vous !
– Je suis venu chercher sœur Augusta. Elle n’était pas heureuse de venir avec vous, et je n’aime pas quand les gens ne sont pas heureux.
– Le couvent a toujours été ma maison, explique Augusta, mais j’avoue que d’être soumise à la question…
– Elle avait peur, et je n’aime pas la peur. La peur, ça ne rend pas heureux.
– Je comprends, c’est un processus désagréable…
– Oui, perdre ses membres, c’est assez désagréable.
– Je ne comprends pas. Vous êtes passé à la question, monsieur Crâne ?
– Non, mais j’ai entendu ce qu’ils font. Vous voyez, elle était terrifiée ! Venez plutôt chez nous ! Moi j’ai perdu ma main, mais euh, c’est différent. J’ai ce problème depuis longtemps, et en repartant d’Itras, je pourrai peut-être me guérir.
– Bon, on parlera de tout ça en route, coupe Vestine. Monsieur Poicreux, amenez-nous à votre immeuble. »

Tragédie immobilière

Martin prend la tête de la file, tout en se frottant la marque de la médaille qu’il a à présent sur le front, et les mène vers l’immeuble.
« Et sinon, mon fils, en catéchisme, vous êtes à jour ?
– Oh, ben, depuis l’école ça fait loin…
– Je veux dire, vous avez fait toutes vos injections ? Un rappel tous les deux ans, mon fils, c’est important. Et puis vous, mettez un pantalon, tout de même ! On voit votre… votre… on voit tout, quoi !
– Mais je n’en ai pas… Je n’ai que mon manteau…
– Enfilez cette robe de bure en attendant.
– Mais ça gratte ! C’est très désagréable ! Ça gratte jusqu’au sang !
– C’est normal, c’est pour l’expiation, mon fils.
– Chez nous, à Nindra, on porte ce qu’on veut… On peut même être tous nus si on veut… »

L’immeuble n’est plus qu’un tas de gravats fumants. Il ne reste plus que quelques murs du rez-de-chaussée, et le bureau noirci de Martin. Des policiers (dont le requin croisé plus tôt) entourent les lieux.
« Encore vous ? rugit le requin.
– Mais qu’est-ce qui s’est passé ?!
– Vous voyez bien. L’immeuble a brûlé de pied en cap. Apparemment, une bataille de Futuristes dans les étages a mal tourné.
– Au 4e B, j’imagine ?
– Oui, comment le savez-vous ?
– C’est mon immeuble… sanglote Martin sur l’épaule du requin.
– Allons mon vieux… Je suis sûr qu’il n’a pas souffert…
– Mais que sont devenus tous mes locataires ?
– Ne vous inquiétez pas, a priori, aucune perte humaine n’est à déplorer. Les Futuristes ont réussi à s’enfuir à tire-d’aile, quelques hommes-ciseaux ont péri dans la bataille, mais on ne peut pas vraiment dire qu’ils sont humains, et le reste des appartements étant inoccupés… On a retrouvé des restes de fraisiers un peu partout, en revanche.
– Pas de banane, j’espère ?
– Non. Par contre, monsieur, on a retrouvé des choses bizarres dans votre cave.
– Ah ? Euh ? Ah ? Comment ça ? Ah ?
– Vous saviez que vous avez une sacrée infestation dans votre cave ! C’était pourri d’entité maléfique et de malédiction…
– Oui, intervient Vestine, c’est une Entité noire ! Où est-elle ? Nous allons la combattre !
– À tous les coups, elle a fui dans les égouts, dit le requin. En tout cas, monsieur, passez au commissariat demain pour répondre à quelques questions. Et je vous conseille de contacter votre assurance au plus vite. Vous étiez assuré, n’est-ce pas ?
– Oh, oui… Oui oui, tout à fait, euh…
– Ah, on a trouvé ça, aussi. Une béquille. C’est à une de vos locataires ?
– Oui, elles avaient emménagé il n’y a pas longtemps… »

Une nouvelle vie au milieu des ruines

Le requin prend le nom des locataires de l’immeuble ; il trouve ça étrange que personne n’ait habité en-dessous du quatrième, mais ne fait pas de commentaire. Martin se dirige ensuite d’un air triste vers son bureau ; il y trouve une copie de son contrat complètement calcinée, sur laquelle on peut seulement lire : « …entre le dénommé Martin Poicreux, ci-après “l’esclave”, et l’Entité noire, ci-après “la déesse toute puissante”, décrète que l’esclave s’engage à servir… ».
« Tout est parti en fumée…
– Mais non Martin, le console l’Étranger, ne dites pas ça ! On reconstruira un autre lieu !
– Et puis vu ce qu’il y avait dans votre immeuble, ajoute Augusta, vous devriez être content de pouvoir commencer une nouvelle vie…
– Oui, mais au milieu des ruines…
– Il y a plein d’endroits où loger, à Itras By ! Vous qui vouliez la rédemption, essayez de changer !
– Oui, mais moi j’aimais bien dire aux gens de faire attention de bien essuyer leurs pieds, bande de salopiauds… Ça illuminait un petit peu ma vie…
– Voyez ça comme un signe d’Itras pour vous inciter à vivre une vie meilleure.
– Oui, peut-être…
– Bon, dit sœur Vestine, allons dans les égouts combattre cette entité !
– Euh… dit Augusta. Tout de suite ? Nous ne sommes pas très préparées…
– Augusta, tu préfères que l’Entité noire te traque nuit et jour, toi l’Envoyée ? Nous avons fait face à elle une fois, nous pouvons recommencer !
– Si elle vous dit qu’il ne faut pas y aller, dit l’Étranger, il ne faut pas y aller.
– Mais c’est pas possible, ça ! Quand on veut s’amuser, on peut pas !
– Je suis absolument d’accord avec vous, dit monsieur Crane. L’Entité est affaiblie, il faut aller la chasser dès maintenant !
– Mais envoyer tout un escadron de sœurs, proteste Augusta, ne serait-ce pas trop dangereux pour elles ?
– Mais non, pas du tout… Ce ne sont que des égouts, qu’est-ce qui pourrait arriver ?
– Je ne sais pas si je vous fais tout à fait confiance… »

Monsieur Crane tente de siffloter d’un air innocent.
« Sœur Augusta, tant que j’y pense… dit Martin. J’ai besoin d’un petit conseil éthique… D’après vous, si je mets une petite annonce : “Vends immeuble à rafraîchir, prix et emplacement à débattre”, c’est autorisé ?
– Oui, écoutez…
– Si elle vous dit que c’est possible, c’est possible.
– Bon, dit Vestine, vous avez entendu ? Retour à la maison. Sœur Augusta, vous venez ?
– Non. C’est une chose que je dois accomplir seule. Je dois accomplir la mission que m’a donnée Itras.
– Ton courage t’honore. Nous t’aiderons par nos prières.
– Bon, Crane, nous vous suivons.
– Euh, je leur proposais d’y aller, mais à présent qu’elles sont parties… Et pourquoi j’irais dans les égouts, moi ?
– Ah d’accord, vous ne voulez pas nous aider…
– Bon, bon… Allons-y.
– En échange, je vous aiderai à lever le mystère des âmes en bouteille. »

Monsieur Crane se frotte les mains, tandis que sœur Augusta choisit de garder pour elle son expertise au sujet de la tempête.

Où l’Étranger recommence avec ses lubies

« Sœur Augusta, lui demande l’Étranger, puis-je vous parler seul à seule ?
– Je vous écoute.
– J’ai comme une impression bizarre, depuis que je suis avec vous… Une sorte de bien-être… N’avez-vous pas rencontré quelqu’un de particulier, dernièrement ? Quelqu’un de lumineux ? de beau ? d’exceptionnel ?
– Vous voulez parler de cette femme…
– Oui !
– Cette femme pleine de lumière…
– Oui !!
– Vous la connaissez ?
– Non. Mais je l’ai vue, dans la gare…
– Et vous la cherchez, c’est ça ? Je vous comprends, elle est si magnifique…
– Je crois qu’elle a déposé quelque chose sur vous…
– Oui, nous avons parlé, elle m’a complimenté, et j’ai juré que toute ma vie, je suivrais ce qu’elle m’avait dit.
– Donc c’est vous qu’il faut que je suive, alors ? Dorénavant, je ne vous lâcherai pas.
– Euh… merci beaucoup…
– Vous avez une idée de comment donner le bonheur aux gens ?
– Alors moi, personnellement, je prie. Ça marche plutôt pas mal. Et quelquefois, je leur prépare des petites potions.
– Ça veut dire quoi prier ? Et comment on fait une potion ?
– Bon, je vais vous expliquer en route. Martin, vous venez ?
– Euh, ça a l’air dangereux quand même…
– C’est quand même vous qui connaissez le mieux l’Entité noire… En même temps, si vous avez brisé le contrat que vous aviez avec elle…
– Pas encore, les singes sont partis avec. Mais bon, c’est vrai que s’il n’y a plus d’Entité, il n’y a plus de contrat… Et puis je pourrais être béni, ensuite… Bon, d’accord, je vous suis. Mes chaussons vont être tout crottés… Et ma belle blouse en nylon, oh là là… »

Où tout le monde retourne dans les égouts

Monsieur Crane guide le groupe dans les égouts, en passant, sans qu’ils le sachent, par le parcours « intrus pas trop dangereux », qui ne contient que des pièges non létaux. Assez rapidement, Augusta, Martin et l’Étranger s’engluent dans les divers pièges à colle des couloirs, et se retrouvent piégés par les cages qui tombent du plafond. Monsieur Crane feint d’être étonné par cette capture et leur déclare qu’il va chercher du secours ; en réalité, il décide d’aller parlementer avec l’Entité noire.

[Mass demande à tirer une carte « Chance ». Il lit : « L’ombre. Le temps s’arrête et vous entrez en conversation avec votre ombre. Elle a les mêmes qualités et capacités que vous, mais peut aussi entrer dans des endroits hors de votre atteinte. Demandez-vous de l’aide ou un conseil à votre ombre ? Le joueur ou la joueuse qui vous ressemble le plus incarne votre ombre ». Mass décide que c’est Kobal qui joue l’ombre dans la scène qui suit.]

« Salut ! Ça va ? Tu veux que je te donne du bonheur ? Tu m’as l’air bien malheureux…
– Oh, une ombre qui parle ! C’est génial ! Je sens quelque chose de maléfique… Toi aussi, hein ? Ça vient de cet homme qui s’en va…
– Tu veux que je le suive ?
– Oui ! Et empêche-le de nuire à sœur Augusta, car sur elle s’est posé le regard de la femme magnifique…
– Je sais. »

Monsieur Crane est suivi par l’ombre de l’Étranger, sans la remarquer puisqu’il n’y a aucune lumière dans les couloirs. Il arrive au temple des adorateurs de Nindra, et demande au concierge où se trouve la salle de communion avec l’Entité noire.
– Bon, vous voyez la salle avec l’immense guillotine, celle qui descend très lentement… En sortant de cette salle, vous prenez la première à gauche, vous dépassez les murs aux hurlements, et c’est juste après les geôles. Vous ne pouvez pas le manquer, il y a un crâne qui vomit du sang à l’entrée. »

Après être allé chercher une fiole de whisky dans son casier, monsieur Crane suit les indications ; il ignore les supplications du prisonnier sous la guillotine, fait mine de ne pas entendre les malédictions des murs aux hurlements, passe devant les geôles et leurs prisonniers suppliants sans rien dire, et arrive au bout d’un long couloir où se trouve un crâne qui vomit du sang, et un puits.
« Bonsoir, ami crâne. Pourrais-je parler à la Sombre Entité ? C’est assez urgent.
– Hin hin hin ! Tu t’appelles monsieur Crane, et moi je suis un crâne ! J’avais jamais remarqué !
– Oui, c’est pour ça que nous nous entendons si bien.
– L’Entité noire est dans son puits, tu peux lui parler.
– Je te remercie, monsieur crâne. »

Le crâne pouffe sans pouvoir s’arrêter.

Audience avec l’Entité noire

« Entité Noire ? Je souhaite m’adresser à vous dans le plus grand des respects… »

Un grondement provient du fond du puits, et une voix gargouillante lui répond de loin : « Hmmm, qu’est-ce que tu veux ?
– Je souhaiterais m’entretenir avec vous de votre demande que vous avez faite à un de mes amis de vous ramener une nonne. Sœur Augusta.
– Hmmm, la nonne, la nonne, OÙ EST-ELLE ? »

La voix se rapproche brusquement, et monsieur Crane voit l’Entité noire remonter le long du puits. Il boit une grande rasade de son whisky.
« La nonne, hmmm, elle est proche, je le sens ! Enfin ! Donne-la nous, tu seras récompensé, hmmm !
– Mais pourquoi souhaitez-vous la posséder ?
– Pour la détruire, oui, la détruire ! C’est elle qui provoquera, hmmm, le retour, oui, le retour d’Itras ! Non, ne voulons pas !
– Et ce retour ne peut être provoqué que par une nonne ?
– Que par cette nonne ! Sœur Augusta, hmmm, c’est elle l’envoyée !
– Eh bien, que diriez-vous si, plutôt que de la détruire, nous la retournions de notre côté ?
– Quel côté ? Non, hmmm, il faut la détruire ! NON !
– Mais si elle adore Nindra, elle provoquerait sa libération…
– Nous préférons la détruire !
– Soyez raisonnable, voyons… Ne suis-je pas le futur consort de… »

L’Entité saisit Crane par ses pseudopodes et commence à l’enserrer.
« Misérable ! Hmmm, nous ne sommes pas raisonnables, nous sommes l’Entité ! Qui es-tu pour nous défier, qui ! »

Crane sent quelque chose fouiller dans son esprit, puis le relâcher.
« Hmm, tu as de la chance que Nindra t’aime bien… Maintenant va me chercher cette nonne.
– Écoutez, si ça ne vous embête pas, je souhaiterais que nous retardions un peu cette affaire de destruction de sœur Augusta… J’aimerais essayer de la convertir à notre cause. Si ça ne marche pas, nous reconsidérerons la question de sa destruction… Un petit délai, qu’en pensez-vous ?
– Hmm… J’ai faim ! Il me faut une nonne !
– Ah, mais ça je peux vous le trouver !
– Une nonne contre une nonne ! Voilà le marché !
– Eh bien il y a justement une cargaison de nonnes qui ne devrait pas tarder à passer… J’ai ouï-dire que les sœurs d’Itras avaient pour projet de venir vous chercher dans les égouts. Vous pourrez leur tendre un piège…
– Hmmm, oui, un piège pour les nonnes, très bien… Amène les nonnes !
– Je vais arranger ça. »

Monsieur Crane, traitre ou opportuniste?

Pendant que monsieur Crane est sur le chemin du retour, l’ombre de l’Étranger file et rapporte à l’Étranger tout ce qu’il vient de se dire.
« Je crois que des gens comme ça, sœur Augusta, on les appelle des traîtres, c’est bien ça ?
– Oui, on peut dire ça…
– Je sais que l’Entité noire c’est le mal, et je suis contre le mal. Il faut la détruire. Le mal ne peut pas donner le bonheur.
– Vous commencez à comprendre un peu mieux la nature humaine…
– Tout est arrangé, s’exclame monsieur Crane ! J’ai eu une conversation avec l’Entité noire, et comme je suis un fin négociateur, et il se trouve que j’ai négocié une trêve par rapport à votre cas. L’Entité noire ne vous poursuivra plus.
– Et… et mon contrat ? demande Martin.
– Eh bien, votre contrat… Il est nul et non avenu si vous ne lui amenez pas Augusta, n’est-ce pas ?
– Mais qu’est-ce que vous lui avez donné en échange ?
– Eh bien, euh… Disons que les choses suivront leur cours sur d’autres lieux.
– Sœur Augusta, lui chuchote l’Étranger, il n’y a que de la bile et de la mauvaise influence qui sort de sa bouche…
– Écoutez, je joue cartes sur table. Vous préférez que ce soit vous qui soyez mangée par l’Entité noire, ou une des sœurs qui ont essayé de vous découper en morceaux ?
– C’est sûr que dit comme ça…
– Vous voyez ! Vous commencez à accepter Nindra dans votre cœur, vous aussi…
– Monsieur l’Étranger, pour votre gouverne, je ne dirais pas que monsieur Crane est un traître ; un opportuniste, plutôt.
– Je n’ai pas l’impression que les opportunistes donnent beaucoup de bonheur…
– À eux-mêmes, si.
– Qu’est-ce que je retire de cette situation ? demande Crane.
– Plus de noirceur ?
– Pas du tout ! Je prends soin de mes amis, c’est tout.
– Et dans votre négociation, il était question qu’on sorte des pièges ? »

Monsieur Crane désamorce les pièges ; il dissout la colle à l’aide d’un liquide approprié et fait remonter les cages au plafond d’un tour de manivelle.
« Sœur Augusta, pensez-vous que sa noirceur changera si je lui fais sortir l’âme de son corps ?
– Je ne ferais pas ça si j’étais vous. C’est quand même un péché de retirer la vie à quelqu’un. Si vous ne devez apprendre qu’une seule chose de notre mésaventure, retenez cela.
– C’est quoi un péché ?
– C’est le malheur. Vous savez, monsieur l’Étranger, je vous trouve plutôt sympathique, au fond…
– Sœur Augusta, il ne faut pas envoyer vos consœurs ici ! L’Entité noire les prendra !
– On n’a pas le choix. Quelqu’un sera forcément malheureux dans cette affaire.
– Et pourquoi nous ne détruisons pas l’Entité ?
– Nous n’en avons pas les moyens, pour le moment.
– Mais nous sommes là ! Nous sommes la lumière ! La lumière est toujours plus forte que la noirceur !
– Il n’y a qu’une lumière assez puissante pour combattre l’Entité noire, et nous n’en disposons pas à l’heure actuelle.
– Eh bien trouvons-la, cette femme magnifique !
– En effet, c’est notre but à présent… »

Festin de nonnes!

Tous les quatre sortent enfin des égouts. Monsieur Crane propose à Martin Poicreux, à présent sans emploi, un job de cuistot pour les adorateurs ; Martin préfère décliner, car il aurait plutôt envie d’ouvrir une guinguette sur les ruines de son immeuble… Il connaît justement un jeune joueur d’orgue de barbarie qui pourrait l’aider.

Augusta, elle, décide de rentrer au couvent et d’y cacher l’Étranger, qui doit l’aider à retrouver la femme magnifique. Une fois entré, l’Étranger se promène dans les couloirs, en ouvrant des portes au hasard, et finit par se retrouver dans une cellule dont le sol est couvert de bougies. Sur le lit, le corps d’Eusébie est étendu. L’Étranger pense à la bouteille dans son veston, mais ce n’est pas une bonne idée… Après tout, en tant qu’ange, ne peut-il pas ramener les gens à la vie ? Il se penche sur Eusébie et l’embrasse. Elle est soudain prise de soubresauts, se relève et ouvre les yeux. Seule une lumière rouge émane de ses pupilles, et elle pousse un rugissement.

Monsieur Crane se poste non loin du couvent, et à sa grande satisfaction, finit par voir une demi-douzaine de sœurs, menées par sœur Jacquie, sortir discrètement du couvent et se diriger vers les égouts. En prenant les raccourcis, Crane prend de l’avance et va activer les pièges pour les livrer à l’Entité noire.
« Des nonnes, hmmm, je vais me régaler ! Des nonnes en attendant la nonne !
– C’est donc entendu, vous laissez sœur Augusta tranquille maintenant ?
– Oui, elle attendra, hmmm… »

Martin retourne sur les ruines de son immeuble. Il installe des bâches, quelques lampions, et appelle Jeannot qui accourt avec joie.
« Bon, je joue pas très bien pour le moment, mais je vais m’améliorer !
– Justement, je compte sur toi pour mettre une bonne ambiance !
– Et on pourrait faire un spectacle ! De la musique, du cirque, des cracheurs de feu !
– Oulà, on va se calmer un peu tout de même. Ah, oui : si tu aperçois des singes volants, tu m’appelles immédiatement. »

Martin installe des tables et des gobelets en chantonnant. Derrière lui, une voix lui demande timidement : « Monsieur Poicreux, vous êtes déjà ouvert ? ». Géraldine le regarde d’un air éploré.
« Allez, entrez ! »

La suite au prochain épisode!

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