Le ménage de printemps 1/2 – Des nouvelles d’Itras By 14

Avant-dernier épisode de cette formidable campagne surréaliste. Où l’on retrouve Cléanthe Bonheur mettant de l’ordre dans ses anciennes affaires, Monsieur Crane et Sœur Augusta à leur apogée mitigée, et Ida Jerricane toujours en recherche d’une carrière.  (pour retrouver l’épisode précédent, c’est par ici, et le tout premier épisode, c’est par là)

The attic - Guillaume Delebarre

Dramatis personae

Cléanthe Brumaire (joué par Epiphanie), Homme riche qui essaie de trouver un sens à la vanité de son existence.
Description : Un petit homme très sage, fin de quarantaine, ni beau, ni laid mais bien entretenu, l’air mélancolique. Un costume parfaitement entretenu, chaque jour une fleur différente à la boutonnière, une grosse chevalière (avec une pierre bleue) à l’index droit. Fume de longues et fines cigarettes avec un air légèrement efféminé, tics nerveux.
Qualités dramatiques : Notable bien installé dans la bonne société / Curieux, pour tuer l’ennui / Plus une connaissance est improbable, plus il est susceptible de savoir / Joueur (presque) professionnel.
Aimants à intrigues : Terriblement endetté (Jeff l’Usurier) / A la recherche de la femme magnifique / Convoite un pouvoir supérieur (Le Maître d’école)
Personnages connus : une femme, qu’il a épousé et qu’il a oublié quelque part dans sa grande maison / quelques souteneurs choisis dans la rue des Nymphes.

Ida Jerricane (jouée par Eugénie) cracheuse de feu au cabaret Le Lilith’s
Qualités dramatiques : se rêve en grande artiste
Aimants à intrigue : rend des services à tout le monde (logeur, voisine, Père Shade, Gorille)
Description physique : brunette, coupe à la garçonne et accroche-coeurs, tutu de danseuse et veste d’homme

Monsieur Crane (joué par Pierre), explorateur qui s’est perdu, d’où vient-il ? il ne s’en souvient plus…
Description : de taille moyenne et d’allure très passe-partout (brun, assez maigre), un peu dégingandé, il arbore en permanence l’air d’un homme dépassé par les évènements, mais qui tente de se donner une contenance. Après tout, son environnement immédiat n’est pas vraiment hostile, seulement incroyablement déroutant… n’est-ce pas? (face à l’étrangeté, il a le tic de se masser la main droite…).
Qualités dramatiques : halluciné (la logique d’Itras lui échappe, et il en est conscient) / curieux (sur Itras en particulier) / bravache désespéré
Aimants à intrigue : membre du club des explorateurs d’Itras (qu’il rencontre à La Part du diable / est lié à “la tempête”); (soeur Oselie) / enquête sur la secte des adorateurs de Nindra / cherche une sortie à la ville.

Soeur Augusta, (jouée par Clémence) religieuse / rebouteuse, s’y connaît en plantes + anatomie humaine.
Description : Une dame d’une quarantaine d’années, grande et maigre, à l’apparence quelconque. Elle porte le voile et la robe bleu sombre des soeurs de son ordre, ainsi que le médaillon de platine représentant Itras entourée de lumière.
Qualités dramatiques : Très pieuse, très curieuse (surtout en médecine), un peu illuminée
Aimants à intrigue : orpheline, ne sait pas qui sont ses parents / l’Entité Noire veut la détruire / à la recherche des “membres perdus” / procure des contraceptifs aux prostituées dans le plus grand secret, contre les ordres de sa supérieure
Personnages connus : le Gorille Prophétique, les filles de la rue des Nymphes, Soeur Vestine (la mère supérieure)

 

Quelque temps plus tard…

C’est à présent le printemps à Itras By. La ville est encore en bazar : des immeubles sont reconstruits, des palissades et des chantiers bourgeonnent un peu partout. Beaucoup de bâtiments sont en ruines, et beaucoup de gens sont à la rue, ou logeant chez leurs proches. Ida Jerricane, elle, loge dans le nouvel immeuble de Martin Poicreux ; comme il est à présent assisté de trois orphelins, et qu’Ida n’a pas encore trop de retard de loyer, elle n’a pas à autant aider qu’auparavant.

Un matin, en ouvrant sa porte, elle trouve un tableau contre sa porte, accompagné d’une enveloppe où il est écrit : « Pour Ida ». Elle contient un mot d’Amandine : « Le cœur d’une mère est un abîme, au fond duquel se trouve toujours le pardon. Amandine Bonheur ». Le tableau, lui, représente Ida sur la scène d’un cabaret, entourée des bananes. Autour, on voit la ville : monsieur Crane sur un escalier en apesanteur, en train d’endormir le Dieu Machine en arrière-plan ; la tour de la Lune, que Cléanthe, Jonas et l’Étranger gravissent, poursuivis par des bananes ; et tout au fond du tableau, sur les collines où habitent les notables de la ville, un homme bien mis, aux cheveux poivre et sel, sur son balcon, regarde directement la spectatrice.

Ida, en ce moment, cherche du travail ; elle assiège tous les établissements susceptibles de recevoir quelqu’un de sa qualité, c’est-à-dire pas beaucoup puisqu’ils ont presque tous été détruits pendant la tempête, mis à part La Part du Diable, peut-être…

Monsieur Crane, lui, flotte dans un état second depuis les événements de la tempête. Continuant son escalier, il s’est construit une tour, au sommet de laquelle il enfile les verres de whisky-qui-aurait-pu-être, repensant à la révélation que lui a faite Itras sur son origine. Au fond du verre lui viennent des visions d’une existence idéale, de plus en plus précises : une cité d’Itras moins absurde.

Plus rien n’a de sens : ni lui, ni la cité d’Itras, ni ses habitants… et puisque ses pouvoirs lui permettent de changer les choses, il ne se gêne pas, en commençant par les plus légers détails (pour s’échauffer). Et quand il sera prêt, il faudra s’occuper de l’Entité Noire, à présent qu’Itras n’est plus…

On sonne soudain en bas de sa tour, interrompant ses rêveries : passant la tête par les créneaux, il aperçoit une silhouette encapuchonnée à la façon des adorateurs de Nindra. Il descend les escaliers, et va ouvrir à Frère Matteo. Ce dernier a un mouvement de recul, autant parce que monsieur Crane empeste l’alcool qu’à cause de la vision de sa main ectoplasmique.

« Monsieur Crane ! Je venais prendre vos nouvelles, cela fait un moment que vous ne venez plus à nos réunions…
– Oui, excusez-moi, je… J’avais besoin de réfléchir un peu à tout ça… Alors, les sacrifices, ça se passe bien ?
– Je dois vous dire que de grandes choses se profilent pour nous autres. Vous avez dû entendre parler de ce qu’il s’était passé au couvent de la Très Sainte Lumière d’Itras ? Vous savez, depuis le départ d’Itras, il paraît que tout part à vau-l’eau au couvent… La Sœur Supérieure a bien du mal à tenir ses fidèles ! Et c’est pour cela que je viens vous voir : la rumeur de la ville nous a colporté votre… Enfin, vos… Euh, votre état actuel… Et on se disait que peut-être, vous pourriez…
– Mais oui, absolument ! Mais vous savez, mes pouvoirs marchent beaucoup mieux quand j’ai une vue dégagée.
– Vous voulez que je vous amène chez le coiffeur ?
– Non. Le mieux, c’est de me dire quand l’attaque se fait, et je m’en occuperai depuis ma tour. Ce que je vais envoyer dans la figure des nonnes, elles vont le sentir passer, je vous le dis.
– Vous… Vous êtes sûr de bien viser, monsieur Crane ?
– Absolument. Je ne rate jamais ma cible. Regardez ! »

Monsieur Crane fait un geste vers un immeuble non loin, qui s’écroule aussitôt.

« Euh, très bien…
– Ahah ! Vous avez vu comme il est tombé !
– Je… Je vais vous laisser, du coup… On vous enverra… quelqu’un…
– Très bien, et gloire à Nindra. Vous serez au sacrifice de ce midi ?
– Mais bien sûr, je n’en rate aucun !
– J’irai peut-être faire un saut…
– Oui… Ça vous ferait du bien de voir des gens…
– C’est que je suis occupé, avec la ville à reconstruire… à déconstruire… Enfin, c’est un peu pareil. »

C’est pas dangereux, ce qu’on s’apprête à faire ?

Au couvent, c’est en effet un peu le bazar : le bâtiment, bien qu’ayant souffert pendant la tempête, est toujours debout, mais en y revenant, sœur Augusta a retrouvé sœur Vestine, morte à côté de la caisse de la boutique de souvenirs. De plus, une rumeur court selon laquelle Itras serait revenue en ville, avant de décider de la quitter. Cela vaut-il alors encore la peine de l’adorer ? La ville va-t-elle continuer à exister ? Ne vaudrait-il pas mieux arrêter de prier, enlever ces robes de bure qui grattent, et profiter un peu de la vie ? Sœur Augusta fait bonne figure devant ses consœurs (« Si Itras est venue deux fois, elle peut revenir une troisième… »), mais tout cela lui pèse et elle aspire, elle aussi, à un peu de tranquillité… La seule chose qui l’aide à tenir, c’est qu’elle a rajeuni d’une vingtaine d’années depuis qu’elle a pris la charge.

Mais sœur Augusta trouve surtout un peu étrange la mort de sœur Vestine, et décide de décider d’invoquer son esprit en demandant de l’aide à sœur Noëlle, spécialisée en nécromancie et jusqu’à récemment interdite de pratique. Sœur Noëlle accepte avec joie de se mettre à l’ouvrage après le couvre-feu : elle est un peu rouillée, mais tout devrait bien se passer…

Le soir même, sœur Augusta retrouve sœur Noëlle dans sa cellule : le lit a été poussé contre le mur, il y a des signes étranges par terre écrits avec une substance douteuse, des bougies un peu partout, et le corps de sœur Vestine par terre.

« Sœur Augusta, dit sœur Noëlle d’une voix artificiellement solennelle. Je vous attendais. Prenez place dans le cercle. Votre esprit est apaisé ?
– Euh… Oui ? C’est pas dangereux, ce qu’on s’apprête à faire ?
– La nécromancie est toujours dangereuse. On ne dérange pas les esprits impunément. Bien, concentrons-nous… Pensez très fort à sœur Vestine. Pensez à un détail d’elle, en particulier. »

Sœur Augusta pense automatiquement à son odeur de cigare.

[Je demande à Clémence de tirer une carte « Résolution ». Pierre lit : « Oui, mais seulement si… Vous pouvez avoir ce que vous voulez, mais seulement si vous êtes prête à faire un sacrifice ».]

Avant, c’était la vitalité de sœur Noëlle qui servait à ramener les morts ; mais elle est un peu rouillée et sœur Augusta comprend qu’il va lui falloir de l’aide pour accomplir tout à fait le rituel. Sœur Noëlle commence à tourner de l’œil, ne parvenant plus à contrôler combien de sa propre force elle met dans le corps de sœur Vestine. Sœur Augusta s’interpose immédiatement et place ses mains sur celles de sœur Noëlle, qui tourne de l’œil : des rides y apparaissent et une chape de fatigue lui pèse soudain lourdement sur le dos. Sœur Vestine ouvre alors les yeux et se relève en reprenant son souffle.

« Sœur Vestine ? lui demande sœur Augusta. Vous vous rappelez de moi ?
– Sœur Augusta ? Mais c’est pas possible… Qui est devenue sœur supérieure ?
– Eh bien, c’est moi !
– Mais vous êtes vieille !
– Écoutez, ne vous tracassez pas pour ça. Pouvez-vous simplement me dire si vous vous souvenez de quelque chose, juste avant votre mort ?
– Oui !! C’est cette peste, cette saltimbanque ! La pire de toutes ! Cette orpheline… Nous n’aurions jamais dû la recueillir… Elle m’a dit… des choses que je ne peux pas répéter ! Elle m’a dit… d’aller me faire voir, moi et toutes les sœurs !
– Et c’est ça qui vous a tuée ?
– Elle ne l’a pas dit en ces termes ! Elle y est allée très fort… À mon âge, j’aimerais bien vous y voir… Cette Jerricane, si je la recroise… Et pourquoi je ne la recroiserais pas, d’ailleurs ?
– Sœur Vestine, restez assise ! Vous allez très vite vous rendormir, et…
– Mais pas du tout ! Je suis revenue à la vie, ce n’est pas pour me rendormir aussitôt ! Je veux en profiter ! Je n’en ai jamais eu l’occasion… Il est temps de vivre un peu !
– Sœur Noëlle, c’est temporaire ce rituel ? Sœur Noëlle, réveillez-vous ! Bon, euh… Sœur Vestine, vous ne voulez pas au moins passer la nuit ici, et on en reparle demain matin ?
– Certainement pas ! D’ailleurs, puisque je suis morte, je ne suis plus tenue par mon serment de sœur, et je quitte ce couvent ! »

Sœur Vestine sort de la chambre et se dirige vers l’entrée du couvent, accompagnée de cris d’épouvante à mesure que les autres sœurs l’aperçoivent. Sœur Augusta interpelle l’une des sœurs plaquée contre un mur du couloir, le visage blanc de peur : « Pouvez-vous me dire quel âge j’ai, ma sœur ?
– Sœur Augusta, c’est bien vous ? Que vous arrive-t-il ? Vous avez croisé le fantôme, vous aussi ?
– Euh, oui, je… Je l’ai vu…
– Vous avez vraiment mauvaise mine ! On dirait que vous avez vieilli de 60 ans au moins ! Vous ne voulez pas vous asseoir ? À votre âge, être debout en pleine nuit ?
– C’est vrai… Merci beaucoup… »

Plusieurs sœurs approchent, un air soucieux sur le visage, au petit soin pour leur supérieure à présent très âgée. Elles la ramènent au lit en lui parlant très fort, et sœur Augusta se laisse faire, effectivement très fatiguée.

Le temps est magnifique, c’est parfait pour acquérir une âme

Depuis sa sortie de la tour de Nindra, Cléanthe a erré dans Itras, s’appliquant à sentir chaque bourgeon de fleur naissante et se disant qu’il finirait par tomber sur Amandine par hasard. Il lui annoncerait alors la bonne nouvelle : elle allait devenir sa promise, et aurait le droit de ne pas vivre dans un placard. Ce n’est pas encore chose faite ; Cléanthe a pour l’instant surtout croisé beaucoup de loubards, habillés de vêtements en lambeaux et maquillés avec de la suie, qui écrivent des slogans rageurs sur les murs de la cité, signés « Jonas ». Cela lui met à chaque fois du baume au cœur.

Après quelque temps, Cléanthe croise une silhouette qu’il lui semble connaître, même s’il ne l’a jamais vue : un grand homme, à l’air plutôt jovial, vêtu d’un pardessus visiblement trop petit pour lui, vient vers lui à grandes enjambées.

« Bonjour monsieur ! Vous ne sauriez pas où je pourrais acheter une âme, par hasard !
– Bonjour ! Il se trouve que j’en ai une sur moi !
– C’est merveilleux ! Vous comprenez, j’ai récemment perdu la mienne, et il me semble que je devrais quand même en avoir une !
– Monsieur, vous êtes arrivé au bon endroit, au bon moment. Regardez : le temps est magnifique, c’est parfait pour acquérir une âme. Voici le flacon !
– Mais… C’est la mienne ! Comment cela se fait-il ?
– Oh, le temps est à la coïncidence, c’est tout ! Ne vous posez pas de questions et prenez-la ! C’est gratuit, je ne vous demande rien en échange ! Sauf une chose : soyez heureux !
– Eh bien vous pouvez compter sur moi ! »

L’homme avale d’un trait le contenu du flacon, et ses traits s’affaissent brutalement. On dirait qu’il rétrécit, et qu’il devient plus maussade.

« Ça va beaucoup mieux… Merci, monsieur… C’était effroyable de ne pas avoir d’âme, d’être à la merci de mon bonheur… Depuis que mes reflets se sont enfuis avec ma bouteille, j’étais heureux tout le temps, c’était insupportable… Au moins, à présent, je peux être heureux quand je le décide.
– C’est une bonne chose.
– Vous n’en auriez pas croisé d’autres, par hasard ?
– Des gens un peu petits, avec des pardessus un peu trop grands ? J’en ai croisé un certain nombre, oui… Je crains que les âmes aient été disséminées aux quatre coins de la ville. Je peux déjà vous indiquer qu’il doit y en avoir plusieurs sur une étagère dans le bureau de Jeff l’Usurier. La nouvelle personne a l’air plus accommodant.
– Parfait, j’y trotte…
– Ah, en revanche, j’ai bien peur qu’une partie de votre âme soit tombée dans le puits de Nindra… Mais là aussi, je connais la bonne personne pour vous aider ! Prenez cette carte. Monsieur Crâne est un ami, allez le voir de ma part.
– Merci… Je ne vous retiens pas plus longtemps, d’autant plus qu’il semble que ce monsieur veuille vous parler.

– Francis ! Vous n’avez pas une arme blanche sur vous, hein ?
– Oh non, monsieur Brumaire ! C’est fini, tout ça. C’était une période de ma vie sur laquelle il n’est nul besoin de revenir.
– Fort bien. Alors, comment vous portez-vous ? Vous êtes toujours dans ma maison ?
– Oui, justement ! Vous avez encore beaucoup d’affaires dans le manoir… Et voilà, mon épouse et moi-même… Euh… Nous aimerions que… Enfin, j’ai mes propres affaires, vous voyez… Et donc, euh… Comment le dire avec diplomatie… Faudrait reprendre votre bordel, quoi. On n’en veut plus.
– Ah ! Euh, très bien. Je passerai demain matin pour débarrasser tout ça. Sinon, ça va ? Vous ne m’en voulez pas ? Je vous ai un peu volé votre femme et votre maison, quand même…
– Et vous en êtes satisfait ?
– Ah oui, tout à fait ! La maison n’est pas terrible, mais la femme est vraiment bien.
– Grand bien vous fasse ! C’est parfait !
– Et puis bon, comme vous n’avez plus d’existence légale, on s’est dit que ce n’était pas la peine de vous convoquer pour vous faire signer le transfert de propriété…
– Oh, je l’aurais signé de toute façon… Mais c’est très bien, vous avez pris les devants. C’est une nouvelle vie, Francis ! Vous êtes un homme d’initiative, à présent !
– Du coup, si vous passez devant la maison, ne vous étonnez pas : il y a une tombe à votre nom, mais légalement, on était obligés…
– Aucun problème. Elle est bien au nom de Cléanthe Brumaire ? Quelque part, ça reflète la réalité. Cléanthe Brumaire est mort en mer. Je suis désormais Cléanthe Bonheur : costume blanc, vous voyez ?
– Ah, d’accord ! Je me disais bien que vous aviez quelque chose d’effrayant. »

Vous fuyez votre foyer, monsieur Brumaire

En sortant de chez elle, l’adresse d’un imprésario sous le bras, Ida tombe sur un grand individu ressemblant à Cléanthe Brumaire, les cheveux un peu sales, habillé tout en blanc, en train de sentir des fleurs et de déclamer de la poésie.

« Cléanthe !! s’exclame-t-elle. Cléanthe Brumaire !
– Je vous connais, vous ! Mais oui, vous êtes cette artiste fabuleuse !
– Ah, enfin quelqu’un qui reconnaît mon talent !
– Mais bien sûr ! Vous êtes celle qu’Alfred a quittée ! Le malotru, il n’aurait jamais dû.
– De toute façon, Alfred est désormais décédé…
– Excusez-moi, j’avais oublié. Mais vous savez ce qu’on dit : “un de perdu, dix de retrouvés” !
– Mais vous allez pas faire comme Amandine et essayer de me caser avec tout ce qui passe, vous aussi !?
– Ah, je ne vais rien essayer du tout ! C’est à vous de faire un petit effort. Regardez ! Le monde est en fleur, il y a des gens plein la rue ! Regardez ces braves jeunes gens qui ne demandent qu’à vivre une histoire d’amour…
– Eeeeeeeeh, t’as pas un sou ?? beugle un mendiant crasseux un peu plus loin.
– Brave homme ! Je n’ai que ça, mais tenez.
– Mais c’est d’la merde, ça ! J’veux du fric ! Toi, là, t’as pas du fric ?
– Vous savez jouer de la guitare, monsieur ? lui demande Ida.
– Ouais, bien sûr, ouais…
– La chance frappe à votre porte… murmure Cléanthe.
– Eh bien donnez-moi votre carte, et je vous recontacte dès que j’ai un programme pour un numéro… Mais j’allais dire quelque chose à monsieur, vous permettez ? Monsieur Brumaire.
– Ida Jerricane, c’est ça ! Vous êtes la mère biologique de ces merveilleuses bananes !
– C’est ça. Figurez-vous que je me pose une question : vous étiez censé retrouver Amandine pour vous occuper ensemble d’elles, et je vous trouve tout seul dans la rue, baguenaudant le nez au vent. C’est comme ça que vous comptez entretenir une famille ?
– Mais c’est vrai que je baguenaude, ma foi ! Parce que mes pas me portent vers Amandine ! Présentement ! Dans les jours qui viennent ! Quand l’opportunité se présentera ! Si ça se trouve, elle est au coin de la rue !
– Vous fuyez votre foyer, monsieur Brumaire. Je vous connais, vous êtes tous pareils ! Ça dit que ça va chercher des clopes et ça revient jamais ! Elle n’est pas au coin de la rue, monsieur Brumaire, et vous le savez très bien ! Vous êtes en train de fuir !
– Certainement pas. Je cherche un foyer à mon foyer, plutôt.
– Ah, vous cherchez un appartement ? Tenez, entrez au 4bis, parlez de ma part au propriétaire, il a actuellement quelque chose à louer. Ce sera un peu petit pour tout le monde avec les bananes, mais je sais qu’Amandine saura s’épanouir et s’exprimer dans un tel logement !
– Ce sera parfait, ma foi. Je dirai que je viens de votre part.
– Tout à fait, et comme ça, je vous aurai à l’œil…
– Vous voyez, vous êtes la voie qui me mène à mon nouveau foyer. C’est merveilleux.
– Mais je vous préviens ! Si je vous trouve avec une autre radasse à l’étage d’en dessous, ça va très mal se mettre, monsieur Brumaire ! Parce qu’Amandine, elle a l’air bien accrochée, et il est hors de question que vous lui fassiez du mal. Vous avez compris ?
– Madame Jerricane.
– Mademoiselle.
– Mademoiselle Jerricane, je suis parfaitement heureux avec Amandine, et…
– Manifestement non, puisque vous n’êtes pas avec elle !!
– Mais que vous êtes possessive, ma foi ! Comme si le bonheur ne pouvait pas se vivre aussi à distance !
– Le coup du bonheur à distance, on me l’a fait plusieurs fois, monsieur Brumaire. Et je vous assure que quand vous êtes la distance, ce n’est pas du bonheur.
– Ma chère, vous avez dû vivre de sales épreuves…
– Ah non, pas le coup de la compassion, en plus !
– Tenez, prenez un peu de ce flacon de violette !
– C’est vrai que ça sent bon… Bref : 4bis, monsieur Poicreux, de la part de Jerricane, au 3e.

C’est la violette, ça fait ce genre de choses

– Vous ! crie quelqu’un. Ida ! Enfin je vous retrouve ! »

Un homme entre deux âges, extrêmement bien mis, s’approche d’Ida et de Cléanthe. Ida reconnaît en lui l’homme qui était au fond du tableau.

« Oui, c’est moi ! dit-elle. J’ai eu un petit accident de carrière, vous devez être au courant… Ma loge a brûlé au Lilith, ça a été très désagréable…
– Oui, je…
– … et puis j’ai perdu mon partenaire de numéro qui était un guitariste de grand talent, mais…
– Mais oui, c’est…
– … et ensuite, j’ai été au phare, où j’ai fait un numéro éphémère mais assez ébouriffant…
– Oui, et…
– … et il se trouve que j’ai ensuite pris un peu de temps de retrait, pour me ressourcer un petit peu…
– Mais oui, mais…
– … pour revenir sur mon enfance, et j’ai quelque part fait la paix avec moi-même. Je peux à nouveau reprendre pied dans la scène artistique d’Itras.
– Mais oui, justement ! Si vous saviez l’argent que j’ai dépensé pour vous retrouver ! Depuis que je vous ai vue sauter de cette fenêtre d’un air si gracieux, je me suis dit : “Il me faut cette artiste !”. Et le spectacle que vous aviez donné à la nuit de Murlon, c’était, je me permets de vous le dire, bouleversant !
– J’en étais assez fière moi-même, sourit Ida.
– Mais je ne me suis pas présenté ! »

L’homme sort une carte embossée en argent, sur laquelle est écrite en lettres cursives « Jeremy Finkelton, noble ».

« Jeremy Finkelton ?
– Oui, c’est moi. Et je suis à la recherche d’une femme comme vous, madame Jerricane. J’ai besoin de monter un spectacle, et je pense que vous êtes la personne idéale pour tenir le premier rôle.
– Magnifique ! Monsieur Finkelton, je suis à vous !
– Mais c’est parfait ! Bonjour, monsieur, dit Finkelton à Cléanthe.
– Bonjour. Vous êtes extrêmement élégant, monsieur.
– Merci. Bien, écoutez, je vois que vous êtes… avec des… gens… Passez chez moi, l’adresse est sur la carte, et nous parlerons de tout cela tranquillement. Mais faites vite : ce désir brûle en moi depuis longtemps, et maintenant que je le touche du doigt, c’est… Ah, c’est merveilleux !
– Avec plaisir. Vous ne le regretterez pas, monsieur…
– Finkelton. J’en suis persuadé. Excellente journée à vous ! »

Finkelton lève la main et un cocher arrive aussitôt au galop ; il monte dans une magnifique calèche, tirée par de somptueux chevaux sur lesquels le soleil étincelle, et disparaît.

« Alors moi c’est Jeannot, reprend le petit homme sale qui attend toujours à côté d’Ida. J’ai mis mon adresse.
– Merci Jeannot… Nous vous rappellerons…
– OK… Sinon, t’as pas une p’tite pièce ?
– Non, désolée…
– Toi non plus ?
– Non…
– Bourgeois ! »

Il crache un vieux mollard aux pieds de Cléanthe et s’éloigne jusqu’au bout de la rue : il grimpe dans une poubelle et remet le couvercle par-dessus sa tête.

« C’est la violette, dit Cléanthe, ça fait ce genre de choses !
– C’est vrai ? Vous m’impressionnez, monsieur Brumaire !
– Je suis content qu’on vous témoigne la reconnaissance que l’on vous doit en tant que grande artiste. Vous avez fait beaucoup de sacrifices : vous vous êtes séparée de votre famille, vous avez fait une grande carrière, et maintenant que la renaissance d’Itras arrive, enfin on vous reconnaît à votre juste valeur !
– La renaissance d’Itras ?
– Le printemps, quoi.
– Ah oui, ça ! Comme tous les ans, en somme !
– Oui ! C’est ça qui est formidable ! Bon. 4bis, c’est ça ? Je connais monsieur Poicreux, je m’en vais le saluer avant de… Mais Ida ! Avant toute chose, accepteriez-vous de me rendre un service, à moi et à Amandine ?
– Elle a besoin d’un service ? Dites toujours…
– Voilà, il faut que je vide ma maison. Maintenant que Francis est installé avec mon épouse, il veut installer ses affaires, et je dois débarrasser les miennes… Et j’en ai vraiment beaucoup…
– Vous cherchez un garde-meuble ?
– Pas du tout ! Je n’ai besoin de rien, tant que j’ai Amandine ! Je cherche quelqu’un pour m’aider à organiser une brocante !
– Oh, j’adore ça !! C’est magnifique, je prends tout en charge ! Ne vous inquiétez pas, je m’en occupe !
– Parfait ! Je vais voir monsieur Poicreux ; avec un peu de chance, je dors dans l’appartement ce soir ; je vais pouvoir prendre un bain ; et demain nous allons à ma maison faire ma brocante !
– Magnifique !
– Parfait ! »

Et si on disait que maintenant pour être adorateur de Nindra il faudrait avoir huit membres ?

Monsieur Crane regarde dans la direction du couvent, décidé à en fragiliser les fondations, ainsi que le point d’entrée que choisirait une armée pour y frapper. Ainsi, il pourrait à la fois se débarrasser des sœurs et des adorateurs… Au loin, il voit une sœur qui sort en gesticulant et essaye d’attraper des passants dans la rue pour les embrasser. Des gardes gris finissent par approcher et l’emporter au poste. Il voit aussi Cléanthe et Ida discuter en pleine rue, ce qui l’émeut : ils croient encore en la vie et le bonheur, s’ils savaient…

Une fois les fissures créées où il le souhaite, monsieur Crane se rend au sacrifice du midi dont son confrère lui avait parlé plus tôt. Les caveaux des adorateurs de Nindra sont plongés dans la pénombre, comme à chaque sacrifice, et des murmures circulent, jusqu’à ce que quelqu’un lance : « Ça y est, il est arrivé ! ». Des bougies s’allument alors partout et tous les adorateurs de Nindra font un demi-cercle autour de monsieur Crane, derrière qui la porte se ferme. Le comptable des adorateurs s’avance.

« Monsieur Crane, enfin vous êtes venu !
– Oui, j’étais très occupé à lutter contre nos ennemis.
– Oui oui, nos ennemis… Bon, je dois vous avouer quelque chose : il n’y a pas de sacrifice aujourd’hui. Nous sommes tous ici réunis pour votre bien, monsieur Crane. »

Pour toute réponse, monsieur Crane liquéfie une araignée non loin.

« Calmez-vous ! Nous sommes tous vos amis, et…
– Je dois vous avouer que c’est pas vraiment l’impression que ça me fait.
– Bien. On s’était dit que vous pourriez vous asseoir dans ce fauteuil…
– Je préfère rester debout.
– Bon… Nous avons… Nous sommes plusieurs à nous préoccuper de votre état… On tient beaucoup à vous, monsieur Crane, et si vous le permettez, j’ai préparé un petit mot… Je vais vous le lire, et ensuite ce sera à frère Mattéo…
– Vous voulez finir comme cette araignée, mon bon ami ? Vous êtes pressé de rejoindre Nindra ?
– Vous me posez des questions difficiles, monsieur Crane, car selon notre crédo, nous souhaitons tous ressembler à l’araignée, et rejoindre Nindra est ce que nous désirons le plus chèrement au monde, mais d’un autre côté… »
Monsieur Crane lui liquéfie une main pour le faire taire.

[Je demande à Pierre de tirer une carte « Résolution ». Clémence lit : « Le conflit empire ! La tension monte alors que le conflit, le problème ou les enjeux montent d’un cran ».]

Ignorant les cris de douleur de son collègue, monsieur Crane remarque soudain que l’araignée dont il s’était occupée est réapparue, et qu’il y en a à présent deux. De même, deux mains repoussent au poignet du comptable. Les frères se regardent et commencent à chuchoter entre eux.

« Mais oui ! finit par s’exclamer frère Mattéo. Bien sûr ! Il faut que vous nous liquéfiez tous ! Comme ça, on sera deux fois plus pour attaquer le couvent !
– Vous voudriez pas plutôt ressembler à des araignées pour vous rapprocher de Nindra ?
– Oui… Si vous voulez…
– Et si on disait que maintenant, propose un frère, pour être adorateur de Nindra il faudrait avoir huit membres ?
– Ouais, c’est une bonne idée ! renchérit un autre.
– Bon, reprend le comptable, ne nous emballons pas. Nous allons faire la queue. Je suis sûr que frère Crane saura s’occuper de nous tous ! Vous êtes sûr, frère Crane ? Ça va pas trop vous fatiguer ?
– Écoutez, ce genre de transformation est un peu fatiguant… Qui sont les meilleurs guerriers ici ? Les plus forts ?
– Forts physiquement ? Parce que sinon, je suis très fort aux mots croisés, et…
– Je veux dire dans des domaines qui vont vous servir contre le couvent d’Itras !
– Bin, si on leur propose une compétition de mots croisés… C’est des sœurs, elles s’ennuient beaucoup dans leur couvent… Ou alors on pourrait les défier à l’aviron !
– Pas mal… Une course depuis le port et vers le large, alors…
– Euh, mais… Jusqu’où ?
– Justement ! répond mystérieusement monsieur Crane. C’est une compétition de courage ! Les premiers qui feront demi-tour auront perdu.
– Je sais pas pourquoi, mais ça me paraît une bonne idée. Monsieur Crane, vous allez nous multiplier les bras, et puis comme vous connaissez du monde, vous allez vous charger de l’organisation !
– Très bien », accepte monsieur Crane en reprenant un peu de whisky.

Monsieur Crane se met à l’ouvrage : tout ne se passe pas comme prévu, puisque les adorateurs n’avaient pas prévu que le processus ferait atrocement mal, mais les choses sont en route.

Souvenez-vous, sœur Augusta, c’est la foi qui compte, pas les muscles

Le lendemain matin, sœur Augusta se réveille un peu plus en forme.

« Sœur supérieure, un adorateur de Nindra est à notre porte ! » lui annonce une consœur en la secouant. « Il demande à vous parler ! Un certain Crane, je crois. »

Sœur Augusta se lève, percluse de courbatures, enfile sa robe et fait sa toilette avec difficulté, puis se rend jusqu’à l’entrée en s’appuyant sur un bâton appartenant autrefois à sœur Vestine. Tout cela prend bien une demi-heure.

« Bonjour, monsieur Crane ! C’est pour quoi ?
– Sœur Augusta ! Comment allez-vous ?
– Oh, je me suis sentie mieux… J’ai pris un petit coup de vieux…
– Bon… Vous savez, cette histoire de guerre de religion… J’ai trouvé une idée pour régler ça définitivement. Vous verrez que le mot est bien choisi. Puisque la religion est avant tout une question de foi, nous allons pouvoir mesurer qui de nous deux a la plus grande conviction. Ça vous paraît censé, n’est-ce pas ?
– Oui, à peu près… Mais je ne vois pas comment vous allez faire cela…
– Grâce à une compétition d’aviron. J’ai eu l’idée d’un dispositif révolutionnaire. »

Monsieur Crane a l’air complètement ivre, mais sa proposition semble sérieuse. Sœur Augusta jubile intérieurement : elles vont les écrabouiller.

« Vous avez une grande salle dans votre couvent ?
– Oui, bien sûr !
– J’ai inventé un dispositif de retransmission en direct des images. J’ai appelé ça la Panavision. C’est un don de Nindra. Mais vous, comme vous êtes la sœur supérieure, je vous convierai à regarder cela depuis ma tour. Et toutes les sœurs et disciples qui ne participeront pas à la compétition assisteront à la retransmission depuis la salle de votre presbytère. La compétition aura lieu dans le port : le premier équipage qui fait demi-tour démontrera son manque de foi !
– D’accord, mais… Y aura-t-il des gardes-cotes pour accompagner la course ? Parce que ça peut aller loin, sinon…
– La foi suffit, non ?
– Oui, certes… Bon, j’accepte, à condition que la Panavision soit aussi retransmise au poste de police voisin.
– Super ! Vous allez rencontrer mon équipe de huit champions ! Venez les gars ! »

Huit adorateurs baraqués, dotés chacun de quatre bras et quatre jambes, s’approchent maladroitement (ils ont encore un peu de mal avec la coordination).

« Mais qu’est-ce que c’est que cette horreur ?!
– Ils ont été touchés par la grâce de Nindra !
– Voilà qui ne va pas nous faciliter la tâche… Mais j’ai quand même confiance en mes sœurs.
– Souvenez-vous, sœur Augusta, c’est la foi qui compte, pas les muscles.

Ma chère, nous allons organiser une réconciliation lors de cette brocante

Cléanthe, après avoir réussi à faire croire à Martin Poicreux qu’il avait assez d’argent pour lui payer un loyer, sort de l’immeuble et constate avec un sourire satisfait qu’Ida a employé les orphelins du logeur pour distribuer des prospectus dans tout le quartier et faire la réclame de la brocante. En échange, les orphelins lui remettent d’autres tracts, que leur ont donné « des gens avec plusieurs bras », qui font la réclame d’une grande course d’aviron entre les adorateurs de Nindra et le couvent de la Très Sainte Lumière d’Itras.

« Regardez ça, Ida !
– On gagnerait sans doute à déplacer la brocante sur le port…
– C’est une excellente idée ! Si jamais sœur Augusta concourt, on pourra l’encourager.
– Ah, il y aura sœur Augusta ? Euh… On devrait peut-être organiser la brocante à votre domicile, alors…
– Ida, vous avez eu une idée géniale, pourquoi revenir dessus ? Vous n’avez pas encore confiance en vous, ma petite…
– C’est pas ça… C’est plus que j’avais pas tout le contexte…
– Vous avez un problème avec sœur Augusta ?
– Non. Pas du tout. Enfin… Je sais pas si Amandine vous l’a dit, mais… Quand j’étais plus jeune, j’étais orpheline au couvent d’Itras. Et vous savez, c’était pas la joie tous les jours, monsieur Brumaire.
– Oui, j’ai eu l’occasion de rencontrer quelques enfants qui en sortaient… Néanmoins, je puis vous assurer une chose : c’est que sœur Augusta est une bonne personne. Je l’ai rencontrée plusieurs fois et je peux vous assurer qu’il n’y aura pas de problème avec elle. D’ailleurs, ma chère, nous allons organiser une réconciliation lors de cette brocante.
– Mais pourquoi tout le monde veut me réconcilier avec mon passé…
– Je ne vous réconcilie pas avec une période ! Je vous réconcilie avec une personne qui en vaut la peine. La période qui m’importe, c’est le présent. Vous n’êtes pas de cet avis ?
– Si…
– Allez ! Avec les gains de la brocante, on fera un grand repas, et on mangera tous ensemble, et ce sera magnifique ! »

Ida finit par accepter. Elle donne aux orphelins les directives sur comment organiser les lots, comment mélanger un truc pourri avec un truc qui en vaut la peine pour que les gens n’achètent pas que ce dont ils ont besoin, comment tout ça va être transporté au port, et elle part voir Jeremy Finkelton.

Un fiacre l’attend justement en bas de son immeuble, conduit par un magnifique alezan noir et un cocher en livrée avec des gants blancs. Sur la porte du fiacre, les lettres « JF » sont entremêlées. Alors que les rues d’Itras sont plutôt cahoteuses, le voyage est parfaitement lisse, et le fiacre glisse jusqu’aux beaux quartiers, à la périphérie de la ville, là où il n’y a que de beaux manoirs.

Un immense jardin parsemé de centaines de fleurs surplombe la plus grande demeure de toutes, celle de Finkelton. Un deuxième majordome ouvre la porte du fiacre, un troisième celui de la maison, un quatrième lui offre à boire : ils ont tous la même tête.

Ida Jerricane ne peut pas être autre chose qu’Ida Jerricane

Ida est à peine assise depuis une minute, en train de regarder les immenses bibliothèques du salon où elle se trouve et les tableaux de maître accrochés aux murs (ainsi qu’un daguerréotype de son spectacle de la nuit de Murlon) ; ou plutôt, au bout d’une minute pendant laquelle elle essaye toutes les positions assises, sans trouver celle qui la mettrait le plus à son avantage, Jeremy Finkelton jaillit dans la pièce et lui fait immédiatement un baise-main.

« Quel plaisir, mademoiselle ! Je suis ravi. Ça va, vous avez trouvé facilement ? Vous voulez quelque chose à boire ? À manger ? Une chanson ? Ah, vous voulez peut-être que des jongleurs nous distraient pendant notre conversation ?
– Si vous voulez… »

Finkelton tape dans ses mains : aussitôt, deux jongleurs, l’air exténué, se traînent dans le salon et commencent à jongler.

« Qu’est-ce que vous en pensez ? C’est pas terrible, je sais… Mais bon, c’est tout ce que j’ai trouvé… Allez, allez vous-en ! Vous nous gênez ! Bien. Mademoiselle Jerricane. Voilà, pour le spectacle…
– Oui ! Vous avez parlé de premier rôle ?
– Oui ! Il faut que vous ayez le premier rôle, c’est indispensable ! Dites-moi, au niveau projection de flammes, vous atteignez quelle distance en moyenne ?
– Écoutez, j’ai souvent été en espace clos, donc je n’ai pas vraiment de notion de mes propres limites…
– Dans ce cas, passons au jardin ! Nestor, vous nous apporterez une bouteille de… kérosène ?
– De Père Shade, plutôt.
– De Père Shade, très bien ! Prenez la bonbonne à la cave. »

Finkelton saisit délicatement le poignet d’Ida et l’entraîne dans le jardin de derrière, encore plus grand que celui de devant.

« Nestor ? Vous installerez des cibles, s’il vous plaît. Et la bonbonne ici, pour mademoiselle Jerricane. Avec une paille. Et la jarre avec les torches, là. Mademoiselle, vous êtes prête ? »

Ida sort son briquet fétiche, fait claquer une ou deux fois le capot, et fait cramer la première cible à quinze mètres sans problèmes. La deuxième, à trente, lui pose un peu plus de difficultés ; la troisième, à soixante, est simplement effleurée. Elle ne tente pas la quatrième.

« Bravo, bravo ! C’est fantastique, s’écrie Finkelton, c’est beaucoup plus que ce que j’imaginais ! Vous dépassez toutes mes espérances !
– Mais pourquoi vous aviez mis une quatrième cible, alors ?
– Quelles sont vos vues… Je vais me permettre d’être direct. Qu’est-ce que vous pensez de Nindra ?
– Personnellement, vous voulez dire ? Je… Oh, pfff… Ça dépend des jours ?
– Par exemple, imaginons de manière totalement hypothétique… Exercice de pensée… Imaginons que Nindra venait à disparaître, qu’est-ce que vous en penseriez ? Est-ce que… Non, je ne veux pas vous influencer.
– Écoutez, dans la mesure où ça ne bouleversera pas mon quotidien, et ça fera plaisir à un grand ami à moi…
– Oh oui !
– … je pense que j’en serai plutôt satisfaite. Ne serait-ce que parce qu’il ne va pas bien en ce moment. Je lui ai rendu visite plusieurs fois… Ah pardon, je pensais à deux grand amis à moi…
– Ah oui !
– … dont l’un ne va pas bien, et je pense que vraiment, ça serait lui rendre service.
– Vous avez un ami qui n’aime pas Nindra ?
– C’est pas une question d’aimer, c’est quand même son futur mari…
– Tiens donc.
– … mais la passion, comment dire, se dissout au bout d’un moment. Et on a envie de vivre sa vie aussi… Parfois, le mariage peut être un peu trop définitif.
– Et comment s’appelle cet ami ?
– Monsieur Crane !
– Nestor. Sortez tout ce qu’on a sur monsieur Crane. Je vois, je vois, je vois… Bon écoutez, très bien. On va repasser au salon, je vais vous montrer les croquis que j’avais en tête pour le spectacle. »

Sur le bureau du salon, Finkelton étale des dizaines de croquis et explique : « Pour commencer, j’avais pensé à une sarabande de danseurs, comme ça, tout autour de la scène… Pour l’accompagnement musical, je ne suis pas sûr : j’avais éventuellement pensé à demander à Tom, le chanteur, quelque chose comme… Ça me vient comme ça… “Mort à Nindra ! À bas Nindra !” Vous voyez, quelque chose de joyeux. Et puis ensuite, il y aurait un spectacle en ombres chinoises, et puis vous. Sur scène, au centre. Des tambours pour marquer le coup…
– Ça me paraît indispensable, sur un air comme ça…
– … et là, Nindra… Je veux dire une réplique en papier mâché de Nindra, n’est-ce pas, serait sur scène…
– Vous voulez que je fasse Nindra ? Vous savez, je sais pas si je pourrai être à la hauteur, parce que ça m’est arrivé au grand opéra de jouer un ange…
– Ah, mais…
– … mais j’ai raté la descente avec les ailes en fausses plumes, ça a été froissé…
– C’est-à-dire que…
– … du coup, j’ai pas pu terminer, alors que j’étais pourtant première figurante.
– En fait, non…
– Moi, ce qui me gêne, c’est le côté ”plusieurs membres”, vous voyez ?
– Oui, mais en fait, je pense que… Ida Jerricane ne peut pas être autre chose qu’Ida Jerricane. Vous êtes, au plus profond de vous, une Jerricane. Et ce que je vous propose, ce n’est pas d’être Nindra, mais plutôt de sublimer Nindra, en quelque sorte, en l’incendiant.
– Ah, ça !
– Oui, c’est un… euh… »

Il sort une petite carte de sa manche et la lit.

« C’est une déclaration artistique sur le non-sens de la vie, n’est-ce pas, et comment nous sommes nos propres limites. Voilà, c’est ça.
– C’est passionnant. Il faudra envoyer ce laïus aux critiques.
– Oui, oui, on fera ça… Ils seront nombreux dans la salle… Qu’est-ce que vous en pensez, alors ? Et puis donc ensuite, bien sûr, grand feu de joie, nous dansons tous autour en chantant quelque chose du style “Nous sommes libres ! Vive la vie !”, et puis c’est la fête. Qu’est-ce que vous en pensez ? Soyez franche. Je suis ouvert à toute critique.
– Alors sur certains détails, ça peut encore paraître légèrement vulgaire ou convenu, mais on peut travailler là-dessus. C’est un premier jet. Mais sur le fond, l’idée de base m’emballe complètement.
– Vous m’en voyez ravi, mademoiselle Jerricane. Alors évidemment, nous n’avons pas parlé du salaire, mais votre prix sera le mien. D’ailleurs, je le double immédiatement.
– C’est parfait.
– Je ne vous sens pas convaincue… Je vais le tripler.
– Magnifique, monsieur…
– Finkelton. Fort bien ! Bon, j’imagine que vous devez un peu vous entraîner… Je vais mettre tout ça en place, et je pense que d’ici… demain ? Après-demain ? Ça vous irait ?
– Pour une représentation finale ou pour un filage ?
– Alors, pour tout vous avouer, je pensais à une représentation unique… Ça créera l’événement.
– Sans filet ? J’ai toujours rêvé de faire ça !
– Demain 16h, alors ! Ça vous va ?
– C’est parfait ! J’ai une brocante dans l’après-midi, mais à quatre heures ce sera plié.
– Eh bien, je suis ravi ! Je vois que je ne me suis pas trompé. Surtout, mademoiselle Jerricane, économisez votre souffle, entraînez-vous, si vous pouviez aller jusqu’à 60 ce serait parfait, mais sinon, pour l’instant, c’est très bien. Je pense qu’on va faire de grandes choses ensemble.
– Merci beaucoup pour votre confiance, monsieur…
– Finkelton. Nestor va vous raccompagner. »

Un premier domestique raccompagne Ida jusqu’à la porte ; un deuxième jusqu’à l’entrée du jardin ; un troisième conduit le fiacre jusqu’au port, où Ida demande à être déposée.

« Quel gentleman, ce monsieur… Ah oui, Finkelton ! déclare Ida au cocher pendant le trajet. C’est quand même quelqu’un de goût, ça se voit tout de suite !
– Oui.
– C’est incroyable, je savais que ça m’arriverait, mais c’est incroyable que ça m’arrive maintenant, après tout ce que j’ai vécu ces derniers temps…
– Bien sûr, madame.
– … vous savez, la vie a pas toujours été facile…
– Oui, madame. Tout à fait, madame. »

Pourquoi brûler alors qu’on peut donner ?

Quand Cléanthe arrive devant son ancien chez lui, toutes ses affaires sont déjà devant la maison. « Quel brave homme que ce Francis ! » pense-t-il. « Il m’a déjà simplifié la tâche ! ». Francis l’observe justement par la fenêtre et ouvre la porte dès que Cléanthe approche.

« Ah, Cléanthe, j’ai pris la liberté de…
– Vous avez bien fait ! Vous m’avez économisé au moins une heure de travail.
– Oui oui, tout à fait… Vous prenez tout, donc ? Parce que si vous voulez, on peut brûler des choses…
– Pourquoi brûler alors qu’on peut donner ? Cela fera le bonheur d’autres familles !
– Oui oui, sans doute… Par contre, je vais pas vous aider, hein.
– Je comprends, aucun problème ! Vous avez déjà votre propre emménagement à faire !
– Voilà, c’est ça ! »

À l’étage, l’ex-femme de Cléanthe observe la scène par la fenêtre ; elle tire le rideau dès qu’elle croise le regard de son ancien mari.

« Bon, reprend Francis, mais vous êtes venu tout seul pour tout ce bazar ?
– Non, j’ai trois orphelins avec moi qui vont m’aider !
– Ah, oui. Très bien. Bon… Et bien… Voilà… voilà voilà… Et bien, bonne suite, comme on dit.
– Francis, merci pour tout. Vous avez admirablement tenu la maison en mon absence. Tellement que vous vous y êtes installé, et c’est tout à votre honneur. Je vous ferai parvenir un cadeau…
– Non non ! Non !! C’est euh, c’est vraiment pas la peine !
– Si si, j’insiste ! Quelque part, vous savez, vous avez changé ma vie !
– Si vous pouviez adresser votre cadeau au zoo, alors, plutôt qu’ici…
– Tout ce qui vous fera plaisir, Francis !
– Bon, et bien… voilà, hein… Je vous souhaite… Hein, comme on dit…
– Tout à fait. Je n’aurais pas mieux dit. Francis ? »

Cléanthe sort sa fiole de violette.

« Non, merci, vraiment… proteste Francis.
– C’est indispensable. Ça va avec la maison, et ça ne fait pas partie de mes affaires. Je n’en ai plus besoin.
– Bon, bah merci… Je… Je vais y aller. »

La porte se referme et un bruit d’éclat de verre se fait presque aussitôt sentir.

Cléanthe ramasse un chapeau de paille parmi ses affaires et le chausse, pour se donner un air champêtre, tandis que les orphelins commencent très péniblement à déplacer le barda jusqu’au port.

« Les enfants, leur dit Cléanthe alors qu’il finissent de cracher leurs poumons, quelques heures plus tard, choisissez ce que vous voulez, puis je m’occupe du reste.
– Bah moi, je vais prendre… Ah non, tout est moche… Merci monsieur, mais j’ai pas envie…
– Comme vous êtes généreux, les enfants… »

Le vent tourne

Avant de retourner à la tour, monsieur Crane avertit l’un des adorateurs de Nindra : « Quand tout le monde est installé dans la salle avec la Panavision, viens me voir ». Puis il poste en bas de chez lui deux gros mastards, avec instruction de rester cachés jusqu’à son appel ; il ne faudrait pas effrayer sœur Augusta qui s’en vient justement.

« Ça va aller, sœur Augusta ? lui crie très fort dans l’oreille son accompagnatrice, en surarticulant. Vous avez besoin que je vous accompagne ?
– Non, ça ira, merci… Allez plutôt voir les festivités…
– Oui, qu’est-ce qu’on va s’amuser !! Allez, je reviens tout à l’heure. Pas tout de suite, hein, tout à l’heure !
– Pff, qu’est-ce que ça me saoule… »

Sœur Augusta soupire ; entre ces attentions inutiles et les murmures qu’elle entend derrière son dos au couvent, ce ne serait pas étonnant qu’on cherche à la remplacer bientôt… Elle emprunte l’ascenseur nouvellement installé et arrive au dernier étage, où se trouve une sorte de grande véranda avec vue sur toute la ville, en particulier le port. Enfin, il y a une longue-vue, mais il faut y insérer des pièces. « Je l’ai créé comme ça, je ne sais pas pourquoi… » s’excuse monsieur Crane.

[Épiphanie demande à tirer une carte « Chance ». Il lit : « Le vent tourne. La température, les sons et les odeurs changent. Chaque joueur décrit un élément qui est bouleversé. Si quelqu’un faisait une drôle de tête pendant cette scène, il est changé en Grimasque ».]

La brise souffle depuis la mer : alors que les adorateurs de Nindra posent leur bateau sur la surface de l’eau, une affreuse odeur de charnier s’élève, envahissant le port puis l’ensemble de la ville. Sœur Augusta, qui avait senti l’orage avant les bouleversements précédents de la ville, devine des nuages noirs gorgés de pluie à l’horizon, très loin ; mais personne ne semble rien remarquer… Les nuages s’étendent vers la gauche, puis vers la droite, et finissent par encercler la ville, toujours ensoleillée pour le moment. L’air se met à crépiter légèrement : il suffirait de claquer des doigts pour provoquer une étincelle. Dès que les gens ou les gens se cognent, on frôle le début d’incendie… Au loin, très faiblement, on entend un léger gémissement mécanique, comme si une machine était en train de lentement se remettre en marche…

Toujours est-il que la course est en train de se préparer, et la brocante aussi. Cléanthe est derrière son stand, qui fait plusieurs centaines de mètres de long ; il est tout seul mais affiche un sourire radieux, malgré l’odeur de mort qui a fait déserter tous les badauds. Ida descend de son fiacre sur ces entrefaites.

« Monsieur Brumaire ! Vous ne savez pas ? Je vais avoir un premier rôle dans un show monstrueux !
– C’est magnifique, Ida ! Et je suis sûr, à sentir l’air autour de moi, que cette brocante va marcher du feu d’Itras !
– On me confie le rôle de la terrasseuse de Nindra !
– C’est formidable ! Mais qu’allez-vous faire après, une fois que vous aurez terrassé Nindra ? Vous allez reprendre la ville à votre compte ? Monter à la tour de la Lune ? Cracher des flammes à la face des nuages ?
– Mais enfin, monsieur Brumaire… Quand on terrasse Nindra, les gens applaudissent, on salue une première fois, on se retire, ils se lèvent, on revient, ils saluent, ils envoient des fleurs, on se retire, on attend un petit peu, ils ovationnent, on revient, on salue… Ça occupe, vous savez !
– Ah oui, je n’avais pas vu les choses comme ça.
– Il faut absolument que je prévienne monsieur Crane ! Je pense que c’est le genre de spectacle qui pourrait le revigorer un peu.
– Ça fait bien longtemps que je n’ai pas vu monsieur Crâne, je ne pourrais vous donner plus de nouvelles que vous n’en avez déjà eues…
– Mais je sais où il habite ! Il est dans la tour, là-bas… Vous savez, à l’emplacement de notre ancien immeuble avec Amandine.
– Aaah ! Ah oui, je n’avais pas fait le rapport…
– Tout va bien, monsieur Brumaire ?
– Les gens ne sont pas très nombreux, quand même… »

Un homme arrive, un mouchoir sur le nez et la bouche.

« Excusez-moi, vous vendez un désodorisant, ou quelque chose pour se protéger le visage ?
– Ah oui, même ça Francis l’a mis sur le trottoir… C’était pour les toilettes, mais ça pourrait…
– Oui oui oui, très bien ! Combien ?
– C’est-à-dire que je n’ai pas fixé de prix… Euh, prenez-le !
– MAIS NON ! s’écrie Ida. Monsieur Brumaire, ce n’est pas comme ça que nous faisons une brocante !
– Ah, il l’a dit, il l’a dit ! proteste le passant.
– Non, il voulait dire “prenez-le, en échange de…” Une strophe de quatre vers, ça ira.
– Euh, bon…
– En hexamètre, renchérit Cléanthe.
– Oh non, c’est trop cher… En alexandrins.
– D’accord, mais c’est bien parce que je n’avais rien demandé au début !
– Très bien. Bon, alors… Ce beau brumisateur me sera fort utile, / Car vu la puanteur qui règne sur la ville / J’en vaporiserai à tort et à travers / Et peu importe, au fond, si ça me fait voir vert. Voilà ! Ça vous va ?
– À ce prix-là, dit Ida, je pense que monsieur peut prendre aussi un mouchoir.
– Ah oui ! Vous êtes notre premier acheteur, vous avez droit à la boîte de mouchoirs. »

Le passant s’éloigne en pulvérisant autour de lui.

« Une bonne journée ! lui crie Cléanthe. Et si vous rencontrez quelqu’un sur votre passage, n’oubliez pas : brocante Bonheur ! Euh, Brumaire !
– Vous aurez pas grand monde, à mon avis…
– Le temps est magnifique ! Je suis sûr du contraire. »

A suivre

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