La Gigue à Léo – Ribbon Drive

Peut-on encore aimer à soixante ans ? Et vers quel avenir partons-nous alors que Léo, notre ami, est brutalement décédé. C’est pétris de doutes et d’incertitudes que Léopoldine, Tristan et Marisa prennent la route pour le savoir. Une errance sur les côtes normandes et bretonnes pour trouver comment continuer, ou s’il vaut mieux tout abandonner au bord de la route. C’est le thème peu conventionnel que nous avons choisi lors de cette partie  émouvante de Ribbon Drive.

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Road to nowhere

Ribbon Drive est un jeu court d’Avery McDaldno (Monsterheart) traduit en français par Khelren et publié par les soins de La Caravelle. On le trouve gratuitement en suivant ce lien.  Le jeu propose de raconter le road trip incertain de personnages en interrogation sur leur futur. La mécanique de construction du trip et des personnages repose sur la constitution de playlists. On extrait de la musique les éléments nécessaires à la création, on se laisse bercer, et on raconte… Autant dire que le choix de la musique est primordial et qu’il ne faudra pas passer rapidement sur cet élément qui demandera donc un peu de préparation.

Le principe de jeu est simple: on se laisse bercer par la musique et on raconte. Parfois on décide d’un obstacle et on essaie de le résoudre en utilisant l’un des trois traits du personnage. Le trait doit être préalablement activé (on doit montrer qu’il existe en roleplay) pour pouvoir être utilisé.
Chaque personnage a deux avenirs, un à court terme, un à long terme, qu’il peut accomplir ou abandonner. On arrête le jeu quand un joueur a abandonné les deux avenirs de son personnage.

Un jeu donc qui pourrait inciter à la contemplation, mais pas seulement. Les idées de déclinaisons sont nombreuses et nul doute qu’on en reparlera sur La Partie du Lundi !

A la table : Manuel Bedouet/Paradoks, Guylène et Epiphanie

 

Point technique

Nous avons joué par Discord, sur un canal audio. Gérer la musique n’a pas forcément été évident. Pour permettre de synchroniser les écoutes, nous avons eu recours à un bot nommé Rythm que l’on trouvera par ici. Il permet de gérer des playlists Youtube. C’est super pratique, mais la prise en main n’est pas forcément évidente. Attention toutefois, certains liens semblent mal passer et plus d’une fois, nous avons dû trouver en catastrophe une autre version de l’une des chansons pour pouvoir l’écouter dans le lecteur, ce qui nous a forcé à des interruptions désagréables. Donc ne pas hésiter, si vous passez par le bot à tester les  liens avant la partie.

 

Précision

On a souvent tendance, lorsque l’on rédige un compte-rendu, à enjoliver un peu. Celui-ci échappe à cette tendance. La partie a été extrêmement belle et intense, et les dialogues de grande qualité. Comme aucun enregistrement n’a été effectué, l’histoire a été recomposée de tête, et, à la relecture par les joueurs, il est apparu que plein de petits moments manquaient. On aura donc une idée de ce qui s’est passé autour de la table en lisant ce qui suit, mais force est de le dire, la partie était mieux que ça, et les dialogues aussi!

 

La Mémoire et la mer

Pour lancer la création, on entame l’écoute d’une des trois playlists créées par les joueurs. C’est celle de Manuel qui est lancée (déterminée aléatoirement) et l’écoute silencieuse de la première chanson doit nous inspirer le cadre. La playlist s’appelle Vagues à l’âme et se lance par un Léo Ferré plus mélancolique que jamais.

On décide assez aisément que notre road trip se passera le long de la mer du nord et de la Manche. Les personnages reviennent d’un enterrement, celui de Léo. Un voyage que nous, les proches du mort, devions réaliser avec lui. Le vague à l’âme consécutif à l’enterrement nous a poussé à ne pas rentrer tout de suite et à accomplir cette petite expédition tel un pèlerinage.

Décidant de sortir de nos habitudes, nous décidons ensuite que nos personnages seront des personnes plus âgées que ce que nous avons l’habitude de jouer. Léo avait presque soixante ans lorsque la mort l’a pris, nous serons de sa génération. Deux des personnages le connaissaient depuis la jeunesse. Le dernier, sa compagne, ne connaît pas les autres personnages, Léo n’avait pas encore eu l’occasion de les présenter.

 

Petit pays, je t’aime beaucoup

La deuxième chanson doit nous donner de quoi étoffer les personnages : on déterminera à partir de son écoute les trois aspects et les deux avenirs qui les caractérisent. Après l’avoir écoutée en silence, tour à tour, on donne un aspect ou un avenir possible. Nous nous sommes proposés beaucoup de choses et nous mettons la dernière touche aux raisons de notre voyage.

 

Guylène joue Tristan
Léo était mon cousin. Léopoldine est mon épouse. La mort de Léo m’a mis un sacré coup, et m’a rappelé qu’il y a plus important que le boulot. J’ai trop travaillé, trop trimballé ma famille au 4 coins du monde, et elle ne tient plus qu’à un fil. Mais contrairement à Léo, ma vie n’est pas finie. Je vais corriger le tir, et rattraper le temps perdu.

Trait :
– Éparpillé de par le monde
– Au travail, je les méprise tous, et moi-même plus que tout autre
– Très amoureux

Avenir :
– Je vais réparer ma famille
– Je vais profiter de ma retraite

 

Manuel joue Léopoldine
Léo était mon meilleur ami de fac. Tristan est mon mari, notre couple bat de l’aile. J’ai suivi mon mari pour sa carrière, abandonnant mes ambitions par la même occasion, et tout en regrettant ma vie en France.

Traits :
– Petit pays je t’aime beaucoup
– A eu une aventure avec Léo
– Violoniste

Avenirs :
– Je vais m’installer en Bretagne
– Je vais quitter Tristan

Quelques éléments qui sont apparus pendant le jeu sur ces deux personnages :
Léopoldine et Tristan ont deux enfants qu’ils ne voient presque plus : Timothée et Hélène, 34 et 31 an, les deux vivent dans le sud de la France. Ils ont une petite fille, Léa.

 

Epiphanie joue Marisa
Léo était mon compagnon. J’étais danseuse professionnelle. Une grave blessure a mis fin à ma carrière, mais je danse toujours pour mon plaisir, avec la nostalgie de ces moments. J’ai une propension à la saudade, que Léo avait su restreindre, sa mort change tout et me ramène à ce vague à l’âme aimé.

Traits:
– La saudade m’a prise
– Je danse, malgré la tristesse
– Mon corps me lâche

Avenir:
– Je vais rentrer au Brésil
– Je vais oublier Léo

 

Jour 1 – Vers la mer

La partie va vraiment commencer, il est donc temps de lancer la première playlist, directement au troisième morceau. Voici le lien vers la sélection de Manuel:

 

 

 

 

 

 

Léo est mort. Le bout-en-train s’est tu. L’artiste qui attendait la retraite pour vivre de nouvelles aventures est parti sous terre. Après l’enterrement, alors que tous se dispersaient, Marissa, Tristan et Léopoldine décident de tenir la dernière promesse qu’ils avaient faite à leur ami, à leur amant, un voyage du Nord à la Bretagne par les côtes afin de mieux se connaitre, et voir si la marée peut laver un peu du chagrin.

La voiture roule, Tristan au volant, et personne n’a encore ouvert la bouche. La pluie s’est arrêtée, la mer s’apprête à apparaître. Marissa ouvre la fenêtre arrière. Tristan et Léopoldine échangent des banalités. Il y a bien longtemps que leur communication se limite à de menus reproches et des remarques du quotidien. Mots tendres mécaniques, vexations qui laissent Marissa stoïque. L’odeur salée emplit l’habitacle

-Tiens regarde Marissa, voici la mer, montre Léopoldine, soucieuse de ramener un peu de joie chez l’autre passagère.

Une mer  étale, grise et triste en regard à celle qui borde la plage de Rio.

Tristan arrête la voiture. Marissa ouvre la porte, sans un regard, et s’avance sur la plage. Sa silhouette est frêle dans le vent. Sa robe s’agite un peu sur son corps encore vert pour son âge. On sent la danseuse en elle.

Tristan et Léopoldine s’interrogent sur la conduite à suivre. Sur une impulsion, Léopoldine sort son violon et, courant après Marissa, arrêtée les pieds dans l’eau, elle entame une valse bretonne. La brésilienne n’y prend pas garde, toute occupée avec ses fantômes. Tristan a retroussé ses pantalons et trempe un doigt de pied timide dans l’eau glacée de la Manche en Mars. Chacun a un mot pour la compagne de leur ami. Personne ne se connait, le malaise vient parfois des meilleures intentions. Le vent se lève, il faut repartir.

 

Marées matrimoniales

Léopoldine a pris le volant. Le soleil s’est couché, le paysage sombre entre chien et loup ; Le silence s’est fait dans l’habitacle. Personne n’a rien à se dire. « Ils sont gentils, se dit Marissa. Tristes mais gentils. Il faut qu’ils m’apprécient, pour Léo ». La voiture pile violemment alors qu’un autre véhicule grille la priorité à Léopoldine, manquant d’envoyer la voiture dans le fossé. Tristan s’emporte après sa femme et lui reproche son manque d’attention. Au bord des larmes, Léopoldine s’enfuit par la portière pour échapper aux remontrances de son mari. Mais Tristan n’en a pas fini avec son épouse et sort à son tour pour poursuivre la dispute. Derrière l’incident banal, des années de frustration et de malentendus réapparaissent. Tous deux remontent dans la voiture. Marissa se tourne vers Tristan, qui vient de s’installer au volant, encore contrarié. « C’est surtout l’autre conducteur qui a fait n’importe quoi, fait-elle doucement remarquer. Au moins, personne n’est mort, ce n’est pas si grave… peut-être ». Silence dans la voiture. Tristan rougit légèrement, gêné par un esclandre ridicule. Il s’en veut d’avoir crié sur Léopoldine, constatant amèrement l’impossibilité de communiquer qui s’est installée entre eux.

 

Halte nocturne, le long des golfes clairs

La nuit est là, et Dieppe se profile. L’incident a mis tout le monde mal à l’aise. Tristan gare la voiture devant un petit hôtel miteux et file demander s’ils ont des places pour la nuit. Marissa, s’extrait enfin de son mutisme.

« Votre histoire d’amour dure depuis longtemps ? demande-t-elle à Léopoldine ».

Léopoldine raconte, mais rapidement le sujet revient sur Léo plus que Tristan. Un sourire éclaire le visage de Léopoldine, plus marqué que celui de Marissa.

« C’est en 1968 que je l’ai rencontré, j’étais avec Tristan depuis quelques mois. On jouait de la musique ensemble. On avait même prévu de créer un groupe. Léo aurait chanté et moi j’aurais joué du violon.
– Et tu as continué à jouer du violon ? Tu en as fait ton métier ?
– Euh.. oui, mais tu sais, avec les nombreux voyages de Tristan, je n’ai pas pu aller bien loin. Quelques remplacements, pour des orchestres ou en studio. Mais je n’ai jamais eu de groupe à moi ou de place fixe.

Ses yeux se baissent.

« Je comprends, répond Marissa. J’ai eu une vie comme celle de Tristan, et maintenant, je ne sais pas si je ne voudrais pas rentrer chez moi. Il n’y a plus rien qui me retient ici, maintenant que Léo…
Je n’ai pas bien entendu ce que tu jouais cet après-midi. Tu accepterai de rejouer pour que je puisse t’entendre ?
– Mais oui, avec plaisir, dès que nous serons à l’hôtel, je jouerai un morceau pour toi. »

Tristan revient à la voiture, satisfait
« Je nous ai pris deux chambres, et il y a même un petit resto, j’ai réservé une table ».

Les deux femmes tournent leur regard vers la façade laide de l’hôtel, s’attendant au pire
« Non, non, mais c’est beaucoup mieux à l’intérieur ! ».

Tout le monde entre et les femmes s’installent à table pendant que Tristan s’occupe des bagages.

Marissa a retrouvé le sourire, mais ses yeux sont tristes. Autour de la table néanmoins, la conversation est un peu plus enjouée. Tristan raconte quelques anecdotes de travail, que de toute évidence il déteste, même s’il s’y sent irrémédiablement lié.  Chacun retrouve un semblant de vie et le poisson est bon. Puis chacun rejoint sa chambre.

 

Jour 2- Everybody’s got to learn sometimes

[La playlist de Manuel arrive à sa fin, on entame la playlist d’Épiphanie. Pour l’instant, aucun obstacle n’a été joué lors des scènes. Spoiler : on ne jouera aucun obstacle sur cette partie]

 

Marissa a pleuré toute la nuit, mais le lendemain, alors que la voiture roule le long d’une côte magnifique, le sourire s’est encore un peu affermi sur son visage, malgré l’ambiance dans la voiture, toujours tendue. Léopoldine a cédé sa place à Marissa pour s’installer à l’arrière.

Marissa finit par se retourner pour demander à Léopoldine l’histoire qu’elle n’a pas pu avoir la veille, celle de sa rencontre avec Tristan. C’est ce dernier qui raconte, sur un ton mi goguenard, mi nostalgique.

« Oh ben c’était en 67, on était descendu avec des copains au camping de Loquirec, et Léopoldine travaillait là bas pour l’été. On en a passé des soirées sur la plage, avec ses amis qui jouaient de la musique. Et le soir, on se trempait les pieds dans l’eau.
– Seulement les pieds ? »

Le vieux couple s’anime enfin.
« Boh non, pas que les pieds ! Des fois plus, et tard, on allait derrière les rochers ». Un mélange de vulgarité et de tendresse, ce Tristan.

« Et Léo, il était là lui aussi ? Il était comment à l’époque ?dit Marissa en se tournant vers Léopoldine. Sa position inconfortable empêche Tristan de manœuvrer la voiture correctement et d’accéder au frein, mais il préfère ne rien dire.
– Il avait les cheveux longs !
– oui, et même qu’il avait un bouc !
– Attends, j’ai une photo ! »

Regard circonspect de Tristan sur sa femme, dans le rétroviseur.

Léopoldine fouille dans son sac et constate qu’ils ont oublié leur carte bleue à l’hôtel le matin.

Contre toute attente, Tristan ne prend pas trop mal la nouvelle et demande à sa femme de la faire envoyer à Locquirec. Marissa insiste pour payer les frais du voyage entre temps. La voiture arrive à Etretat.
– Qu’est-ce que c’est gris, constate Marissa.

 

La plage de galets

A peine la voiture garée, Marissa s’échappe une fois de plus en direction de la mer.

Léopoldine et Tristan s’inquiètent des choses matérielles. Marissa a proposé de payer, mais elle s’en est allée sans les attendre et Tristan consent à payer le déjeuner. Il part à la recherche de sandwiches.

Léopoldine retrouve Marissa adossée à la digue de béton qui protège la ville des vagues intempestives. Les goélands volent en groupe, certains piquent pour ramasser les ordures que la mer de mars charrie.

« La mer a changé de couleur. Elle est grise elle aussi.
– Mais il y a du beau dans le gris, dit Léopoldine. Chez moi la mer est belle même quand le ciel est gris lui-aussi.
– Mais qu’elle est triste, dit Marissa, les yeux dans le vague. »

Le silence s’installe, puis Marissa reprend.
«  La mer était triste aussi au Brésil, même avec le ciel bleu et les reflets profonds à la surface. Cette mer grise, elle me rappelle le sentiment d’attente qui m’envahissait petite fille, de l’autre côté de l’océan. Tu connais ce sentiment, la Saudade ? Lorsque la nostalgie et l’attente se transforment en une sorte de satisfaction ? C’est un peu ça. C’est comme si Léo était parti mais que j’allais le retrouver bientôt. Son absence m’attriste et me réjouit. »

Léopoldine sort un petit carnet et commence à notre des éléments de la discussion.
« – Qu’est-ce que tu fais ?
– Je note ce que l’on dit. C’est beau. On pourrait en faire les paroles d’une chanson pour Léo. Tu m’aiderais ?
– Mais… oui, bien sûr que je t’aiderai
– Les filles ! J’ai rapporté les sandwiches ! »

 

Je t’aime

Marissa essaie de se relever, mais la douleur envahit ses traits. Ses genoux tremblent alors qu’elle ne parvient pas à décroiser ses jambes en tailleur. Sa main s’agrippe au béton alors qu’elle demande à Léopoldine de l’aider. Les larmes montent et malgré la poigne de Léopoldine, Marissa semble souffrir très fort. Tristan, alarmé, accourt à son tour. Les ongles de Marissa s’enfoncent dans le bras de Léopoldine alors qu’elle gémit. Son corps, qui semblait hier encore si souple, est brisé. Tout grince en elle alors que péniblement , ils l’installent sur un banc. Tristan s’agite sur ses pieds, propose d’aller chercher un médecin, mais Marissa leur promet que la crise va passer s’ils lui laissent cinq minutes pour récupérer.

– Je voulais rentrer au Brésil, mais avec ça, pas possible, ça fait trop mal et je ne pourrai jamais prendre l’avion. Je resterai coincé ici avec le fantôme de Léo ! » se lamente-t-elle.

Ils s’écartent.
– Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire pour elle ? s’inquiète Tristan. Elle a l’air tellement mal…
– On va la laisser récupérer. On n’est plus tous jeunes, Marissa non plus. Et elle vient de perdre Léo.

En arrière-fond, Marissa ne parvient pas à réfréner les larmes qui lui montent aux yeux.
« – Pauvre Marissa. Pauvre Léo. Dire qu’on n’a que deux mois d’écart. Comme tout peut aller vite.
– Tristan… »

Léopoldine lève les yeux vers son mari.
– Quand on arrivera à Locquirec, je resterai là-bas. Avec toi si tu veux rester.
– Quoi ? Didine, qu’est ce que tu es en train de me demander ?
– Quand on arrivera là-bas, ma mère vit toute seule dans sa grande maison. Je m’y installerai. Et toi… tu peux décider d’y rester avec moi… Ou tu peux repartir… Mais… dans ce cas… je ne te suivrai plus. »

Une montagne s’abat sur les épaules de Tristan qui repasse dans sa tête les derniers jours, de plus en plus loin. Les absences, les oublis, les voyages permanents et Léopoldine qui, depuis presque quarante ans, le suit partout
– Comment en est-on arrivés là. Je me suis laissé emporter. Par ma carrière, par la vie, et j’ai oublié de te regarder. Et là maintenant, on sait que tout peut basculer… à n’importe quel moment… »

Leurs regards se croisent. Léopoldine attend
– J’appellerai le travail demain. Je leur dirai que je ne reviendrai pas. Que j’en ai assez fait pour eux. Et puis en plus, c’est vraiment tous des cons… Et je retournerai à Paris pour un temps, pour vendre la maison. Et après je te rejoindrai…Et puis les enfants pourront venir nous voir à Locquirec… Léa doit avoir bien grandi maintenant .

Je suis désolé de ce que tu as dû subir toutes ces années, mettre de côté ta vie pour me suivre alors que l’on s’oubliait…Je suis désolé, je ne veux pas te perdre.
– Je t’aime Tristan
– Oh moi aussi je t’aime Léopoldine. »

 

Jour 3- Danse sur la plage

[A ce moment nous nous rendons compte que Guylène et Manuel ont tous les deux réalisé au moins un de leurs avenirs et barré l’autre. Selon les règles du jeu, celui-ci s’arrête lorsque l’on connaît le Protagoniste, à savoir le personnage dont son joueur a abandonné ses deux avenirs. Problème, si j’ai bien un avenir abandonné (retourner au Brésil), mon deuxième avenir inscrit était « Je veux que les amis de Léo m’aiment », et il est en passe de se réaliser. Le jeu ne prévoit pas de solution pour ce cas particulier. Je décide donc de remplacer cet avenir par un autre, que je ne serai pas certain de réaliser. Je change donc pour la proposition suivante : « Je vais oublier Léo »]

[La playlist précédente n’est pas terminée, mais la résolution de la scène précédente nous encourage à passer à la dernière, plus légère, pour retranscrire l’ambiance générale]

 

Le ciel est bleu, complètement bleu et à l’arrière, Marissa regarde Tristan et Léopoldine retrouver les témoignages d’affection qu’ils n’avaient pas vraiment oublié. L’air frais entre par la fenêtre ouverte. La conversation est légère entre eux, enfin. Tristan raconte leur dernière visite du Mont Saint Michel en famille, quand leur fils alors âgé de 8 ans avait caché un crabe dans la voiture. Et justement le voici qui apparaît, le Mont Saint Michel. Une fois de plus, Tristan arrête la voiture. Une fois de plus, Marissa file seule en direction de l’estran. Son corps a retrouvé de la légèreté.

Léopoldine a sorti son violon, désireuse de tenir sa promesse envers la brésilienne. Elle n’avait pas le cœur de jouer à l’hôtel. Elle entame un air entraînant par-dessus lequel elle chante un air beau. Le vent emporte les paroles. Tristan s’avance et saisit sa femme par la taille. Marissa se met à danser. Les oiseaux s’égayent, le sable retrouve un peu de chaleur et même la mer se retire pour les laisser tous les trois à leur moment de légèreté.

– C’est quoi cette musique, demande Marissa ?
– Tu sais hier, quand je parlais d’écrire une chanson pour Léo. J’ai trouvé l’air. Et ça s’appellera La gigue à Léo.
– Tu chantes bien toi aussi ! Tu pourrais chanter en t’accompagnant.

Tristan s’approche de Marissa et lui dit à son tour quelques mots réconfortants.
– Tu es gentil Tristan », lui répond Marissa en déposant un baiser sur sa joue

Tout le monde repart vers la voiture, léger, léger.

Out of the game

Les chaos de la route ont fait revenir les douleurs de Marissa. Ses genoux tremblent à nouveau, s’enfonçant avec violence dans le siège et dans le dos de Léopoldine.
– Tout va bien ? tu veux qu’on s’arrête ? Demande Tristan
– Non, non, je veux voir la plage sur laquelle vous vous êtes rencontrés. On peut y arriver si l’on ne s’arrête pas.
– Oui, renchérit Léopoldine. Tu verras, cette côte est l’une des plus belles de France. »

Marissa ouvre son sac et avale deux comprimés.

« – Tu sais à quoi sont dues ces douleurs Marissa ?
– C’est un accident. Il y a cinq ans, je travaillais avec un chorégraphe très exigeant. Et je ne voulais pas accepter que j’avais vieilli. Même si j’ai bien vieilli. Je suis tombé en pleine représentation, et l’un des autres membres de la troupe m’a écrasé. Et voilà comment j’ai arrêté le monde du spectacle.
– Mais on ne peut pas te soigner ?
– C’est un nerf qui est pincé à un endroit délicat. Le médecin qui m’a examiné m’a dit que l’on pouvait m’opérer. Mais les chances pour que je reste paralysé sont importante. Je n’ai pas voulu prendre le risque. Je veux pouvoir continuer à danser, même si ce n’est pas sur une scène. Pour moi. Garder la légèreté. Mais je dois vivre avec ces douleurs…

La compassion est palpable entre eux, qui sont devenus proches en quelques jours.
– J’ai hâte qu’on arrive. J’ai envie de voir où est née votre histoire. Et je suis sûr que Léo nous y attendra, sur cette plage.

Epilogue : somewhere only we know

Sur la belle plage de Locquirec, tout est parfait. Le soleil est même plus chaud qu’il ne devrait pour le mois de mars. Sortant de la voiture, Tristan appelle ses enfants pour leur annoncer la nouvelle direction que Léopoldine et lui ont décidé de donner à leur vie. La conversation, joyeuse et surprenante, se perd dans le vent alors que les femmes s’éloignent. Toujours, on revient à la mer.

Et Marissa sent que Léo est là. Léopoldine revient une fois de plus à ses souvenirs et les lieux s’animent aux lumières de sa mémoire. Et Marissa le sent, Léo est là, il est bien là. Et elle restera, peut-être un temps avec eux, mais là, avec Léo. Mais son fantôme ne sera pas triste. Non. Car ce qui finit ici n’est pas La Fin, mais juste une nouvelle étape de leur vie à tous qui commence.

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